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Catégorie : Festivals

L’Ircam était ‘officiellement’ à Darmstadt cette année, pour la première fois depuis 2002, et présentait ses technologies aux étudiants, sous forme d’ateliers. Demo Schwartz y expliquait CatArt, une application de synthèse concaténative par corpus. Thor Magnusson proposait un atelier de "live coding". Norbert Schnell, Fred Bevilacqua et Benjamin Matuszewski présentaient SoundWorks, un environnement consistant à transformer les téléphones portables des participants en instruments de musique, samplers et autres synthétiseurs granulaires.

Le projet de recherche ANR CoSiMa (Collaborative Situated Media), qui a permis le développement de SoundWorks, pose plusieurs questions importantes, sur la définition d’un instrument de musique en premier lieu, préfigurant ce que pourrait signifier, dans un futur proche, faire de la musique ensemble. L’un des atouts de ce dispositif est qu’il repose entièrement sur des technologies web. Les participants, connectés sur la même page html en WIFI, peuvent interagir musicalement, au moyen des multiples capteurs (audio, tactiles, gyroscopique, accélérométrique,

géolocalisation...) que possèdent aujourd’hui la grande majorité de nos smartphones.

Dans la culture populaire, disons depuis Jimmy Hendrix, l’électricité, puis l’électronique, ont été conçues comme un moyen de transformer le son du musicien, afin d’en accroître ses possibilités, par le biais de l’interaction homme-machine. Mais, comme nous l'explique Norbert Schnell, l’enjeu de CoSiMa introduit ici un problème différent, plus spécifique à notre époque contemporaine: celui de l’interaction entre êtres humains médiatisée par l’outil technologique. Dans une telle performance collective (qu'on appelle « jam » en musiques improvisées), l’idée même de composition musicale nécessite d’être repensée: en effet, l'acte créateur relève ici essentiellement du design sonore, ou encore du game design, une situation dans laquelle l’artiste doit inventer un environnement sonore ainsi que les règles d’interactions sonores/gestuelles entre les participants.

Les résultats de l’équipe CoSiMa, comme par exemple ceux de SmartFaust du Grame, à Lyon, ou encore du MoPhO (Stanford Mobile Phone Orchestra), nous montrent que, si ces instruments sont encore loin de pouvoir remplacer un piano ou une guitare, ils exercent une véritable fascination chez les plus jeunes, une nouvelle compréhension du rapport son/geste, et donc une nouvelle écoute, dont le potentiel pédagogique reste à exploiter. Quelques exemples sont disponible en tapant l'adresse suivante dans le navigateur web d'un smartphone: https://apps.cosima.ircam.fr/

Jonathan Bell

 

© L'ÉDUCATION MUSICALE 2018

 
 

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