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Catégorie : Spectacles

Reprise de Wozzeck à l'Opéra Bastille La vision qu'apporte de Wozzeck Christoph Marthaler, à Bastille, ne saurait être plus à l'opposé de la manière de mettre en scène l'opéra de Gounod.  Nicolas Joel, en sa qualité de directeur, serait-il tout autant ouvert à l'expérimentation que son décrié prédécesseur ? Tout ici est transposition radicale dans un univers d'exclusion où les personnages apparaissent dépassés, noyés qu'ils sont dans leur quotidien instable et pesant.  S'il est intéressant de jouer l'œuvre sans coupure - l'enchaînement des trois actes renforçant encore son potentiel dramatique - l'idée d'en circonscrire l'action dans un lieu unique paraît plus contestable.  Elle ne facilite pas la lisibilité. La vaste salle impersonnelle imaginée par

Anna Viebrock, envahie de chaises et de tables qu'un fébrile Wozzeck, ostensiblement obsessionnel, débarrasse ou essuie, donne l'impression que tout est déballé en bloc et qu'il appartient au spectateur de s'y retrouver.  La chose n'est pas aisée alors que les protagonistes sont souvent conduits à demeurer sur le plateau après leur intervention et que le fondu enchaîné des interludes tisse un continuum que rien ne vient différencier.  Les diverses scènes perdent toute individualité, telles celles, cursives, qui confrontent Wozzeck au Capitaine ou au Docteur, privées d'impact au milieu de ce vaste espace, de plus parcouru de l'incessante agitation d'un groupe d'enfants courant en tous sens.  Et, paradoxe, la dernière scène qui doit représenter le jeu insouciant des enfants, les découvre immobiles, attablés comme derrière des pupitres. Pis, la scène de la noyade de Wozzeck en arrive à être anecdotique.  L'exécution musicale prend heureusement un tout autre relief.  Harmut Haenchen sait tirer la quintessence d'un orchestre qui n'attend qu'un grand chef pour donner le meilleur. Les interludes ont une force singulière et l'ultime intermède symphonique délivre une force tellurique. Un des attraits de cette reprise résidait dans la distribution du couple principal. Waltraud Meier, malgré sa formidable présence, paraît désormais gênée par les aigus du rôle de Marie.  Vincent Le Texier propose du soldat Wozzeck un portrait admirable, à l'aune de la direction qui lui est imposée, même si moins à l'aise vocalement que dans le Saint François de Messiaen. N'était la difficulté souvent à saisir le mot à mot de leur chant, les compositions de Kurt Rydl, un Docteur doté d'une carrure de géant, et de Stefan Margita, un Tambour-major décomplexé, fagoté façon punk, sont de classe.