Imprimer
Catégorie : Spectacles

Une rareté ressuscitée : Armida de Vivaldi à Pleyel L'histoire de la magicienne Armida qui doit son origine au poème épique La Jérusalem délivrée du Tasse, a inspiré nombre de compositeurs.  Dont Haendel, Haydn et Gluck.  Ceux-ci se sont essentiellement intéressés à la partie du récit relatant les amours tumultueuses d'Armida et du chevalier Renaud.  Antonio Vivaldi et son librettiste Giovanni Palazzi ont choisi de traiter d'autres péripéties.  Armida al campo d'Egitto narre l'épisode de la quête de soutien de la vengeresse/héroïne auprès du roi d'Égypte, dont les troupes sont cantonnées à Gaza en vue d'une prise à revers des chrétiens assiégeant Jérusalem.  On y voit les manigances de celle-ci auprès de ses fort nombreux adorateurs

, séduits par ses charmes pervers.  La partition est parvenue incomplète puisque manque intégralement le deuxième acte.  Reconstruite par les spécialistes que sont Rinaldo Alessandrini et Frédéric Delaméa, elle vient d'être exhumée avec panache.  Un seul exemple : l'aria de ténor qui conclut cet acte médian, sur un accompagnement de basson concertant, est d'une étonnante inventivité.  La partition renferme bien des originalités, dont des airs en répons et de petits chœurs - en particulier au début du IIe acte. Les prouesses vocales y abondent, telle une magistrale aria du contre-ténor, assortie de moult vocalises sur accompagnement de violon et de clavecin, ou ceux, fort divers dans leur facture, dévolus à la belle Armida.  Vraies ou feintes, les relations amoureuses qui unissent la plupart des personnages sont prétexte à un constant déploiement de faste vocal qui traduit tout autant le souci, chez Vivaldi, de peindre la vitalité de leurs sentiments. On ne pouvait rêver meilleure interprétation que celle offerte par le Concerto Italiano et son chef Rinaldo Alessandrini [notre photo].  Dirigeant du clavecin et tout en souplesse, celui-ci s'attache à exprimer le cantabile expressif dont ce dramma per musica est largement empreint, tant à l'orchestre que dans les parties chantées. Aucune concession à la brillance ou à quelque rythmique véhémente, mais une constante recherche de pureté de la ligne musicale. D'éminents représentants actuels du chant baroque composent un vrai festival de chant orné. On citera, en particulier, Sara Mingardo qui prête à Armida de vrais accents tragiques, Romina Basso, une voix grave d'une rare richesse, et le contre-ténor Martin Oro, qui déchaînent justement l'enthousiasme d'une salle conquise. Un enregistrement est prévu chez Naïve, dans le cadre de l'Édition Vivaldi.