La série consacrée aux « Pollini Perspectives », version actualisée du Progetto Pollini, initié naguère à Salzbourg, présentait, le 7 mars, une combinaison inhabituelle, puisque rapprochant Stockhausen, Schönberg et Brahms.  Dans cet ordre.  Ce programme en forme de chronologie à l'envers est aussi audacieux qu'astucieux car il offre l'avantage de ne pas voir la salle se vider en cours de route ! L'accueil fait par le public à l'enfant terrible de la musique allemande qu'était Stockhausen dans les années 50, est plus que policé, intéressé.  Pourtant, rien de plus ésotérique que cette exploration de formes, de rythmes, de timbres. Les KlavierstückeVII, VIII et IX, pour piano, ne semblent aisées ni pour l'interprète ni pour l'auditeur.  Grappes de notes suspendues en

l'air, ostinato d'accords du fortissimo au ppp. Quelques calculs abstraits président à la composition des trois pièces chambristes données ensuite : Kreuzspiel associe six instruments dont trois percussions, le piano, une clarinette basse et un hautbois. Cela évolue comme une longue plainte où le solo de hautbois se détache çà et là sur une pédale de percussions.  Zeitmasse est un quintette à vents dans le ton plutôt pépiant, quoique un peu long, même selon les standards de l'auteur.  Et Kontra-Punkte regroupe dix instrumentistes dont la harpe et un piano fort sollicité.  Il s'agit d'un assemblage d'éléments hétérogènes, de l'ordre plus d'une constellation de phrases que d'un récit construit. Musiques de l'instant sans doute, qui ne visent pas à la mémorisation.  C'est Peter Eötvös qui dirige ces pièces, bel hommage du compositeur hongrois au pianiste italien.

En seconde partie, les Drei Klavierstücke de Schönberg sonnent comme un baume ; l'impression de se retrouver en terrain connu.  Pollini est ici chez lui : du grand pianisme pour traduire cet univers où tout est réduit à l'épure.  L'ostinato du morceau médian est plus que sombre, tandis que le troisième est, par contraste, d'une animation presque excessive. Le défenseur des mélodies chopiniennes manie ce concentré de musique comme personne. Vient alors, pour encore donner une autre dimension à ce concert à géométrie variable, Brahms et son fameux Quintette pour piano et quatuor à cordes, avec le Quatuor Hagen.  Interprétation d'une force et d'une beauté sonore inouïes. Si le piano mène la danse, on admire la fusion idéale entre clavier et cordes, cette intime union qui fait que les traits du piano s'inscrivent naturellement dans le discours du quatuor. Le ton de l'allegro initial, plutôt retenu, délivre une vraie intensité. Avec l'andante, on est au cœur du romantisme, quoique nullement exacerbé. Le scherzo est bondissant sans excès, merveille d'équilibre. Et le finale d'abord sostenuto, explosera dans son développement. Exécution mémorable. En écoutant ces merveilleux artistes, on ne pouvait s'empêcher un rapprochement : l'exécution de cette même œuvre par un légendaire quatuor à cordes, le Quartetto Italiano – pour leur dernier concert parisien – et un jeune pianiste italien : Maurizio Pollini.  C'était dans les années 1980 !

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