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Catégorie : Opéras

Gioacchino ROSSINI : Le Voyage à Reims ou l'Hôtel du Lys d'or.  Opéra en un acte. Livret de Luigi Balocchi. Élèves du département des disciplines  vocales du CNSMDP.

Une fois par an, le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMD) propose, en collaboration avec la Philharmonie, une grande production lyrique qui permet aux élèves, chanteurs, danseurs et musiciens, de parfaire leur apprentissage de la scène en se confrontant aux conditions réelles qu'ils rencontreront à la fin de leurs études. Cette année, c'est le Voyage à Reims de Gioacchino Rossini qui a été choisi.

Un opéra créé en 1825 au Théâtre Italien à Paris, appartenant au genre peu fréquent de l'opéra prétexte que caractérise une succession de morceaux de bravoure où chaque protagoniste peut étaler ses dons vocaux et de comédiens, les numéros individuels alternant avec de nombreux ensembles vocaux. Une œuvre idéale pour ce type de représentation, du fait du caractère pléthorique de la distribution, pas moins de dix huit personnages, la musique exigeant des performances vocales spectaculaires, bel canto oblige, et le livret de Luigi Balocchi, inspiré librement du roman Corinne de Madame de Staël, offrant une grande liberté d'interprétation, ce dont ne se privera pas Emmanuelle Cordoliani, chargée de la mise en scène. Force est de reconnaitre que le public curieux qui assista à cette représentation ne regretta pas sa soirée tant l'enchantement fut grand…On fut d'emblée frappé par le professionnalisme étonnant et le talent des ces jeunes interprètes, sur la scène comme dans la fosse, où l'orchestre du Conservatoire dirigé par Marco Guidarini fit des merveilles (des vents superbes…). La mise en scène intelligente, utilisant habilement un deuxième niveau de lecture en intégrant le roman, ne fut pas en reste, parvenant à maintenir l'intérêt du spectateur de bout en bout malgré l'insignifiance du livret, modifiant le cours de l'opéra pour y intégrer de façon tout à fait pertinente des pièces de Luciano Berio, comme un magnifique duo mezzo-violoncelle, des citations de Cabaret, ou encore des airs de Bel Canto, des mélodies françaises, des chants espagnols et le « God Save The Queen ». Sur scène tout fut prétexte à la musique et à la farce, une scénographie agréable, un jeu d'acteur totalement décomplexé, une distribution vocale homogène en qualité, avec un coup de cœur pour l'exceptionnelle  prestation de la mezzo soprano Eva Zaïcik dans le rôle de la marquise Mélibée, tessiture étendue, timbre chaud, aigus solaires, graves profonds, souplesse de la ligne de chant, puissance, diction claire, absence de vibrato… sans oublier le reste de la distribution, Pauline Texier (Corinne) YouMi Kim (Contesse de Folleville) Axel Fanyo (Mme Cortese) Fabien Hyon (Belfiore) Benjamin Woh (Liebenskof) Florian Hille (Don Profondo) Romain Dayez (Trombonok) Aurélien Gasse (Alvaro) Igor Bouin (Dr Prudenzio) et Arnaud Guillou (Lord Nelvil) déjà confirmé depuis quelques années. Bref, une soirée ébouriffante de joie, enthousiasmante et rassurante pour l'avenir, intelligente et originale dans sa réalisation. Bravo  à tous!

 

 


©Ferrante Ferranti / CNSMDP