Paul-Alexandre Dubois, Christophe Crapez, Edwige Bourdy, Eléonore Pancrazi. Ensemble 2e2m, dir. Philippe Roullier. Mise en scène : Mireille Larroche. Vingtième Théâtre.  

La Péniche Opéra se donne congé du bassin de la Villette pour aller jouer hors les murs au Vingtième Théâtre sur la colline de Ménilmontant. Pour ses adieux, sa fondatrice, Mireille Larroche, a commandé une nouvelle œuvre au dramaturge Philippe Minyana et au compositeur Bruno Gillet. Ces 100 Miniatures sont autant de brèves, non pas de comptoir, mais tout simplement de vie.

De la vie de tous les jours, où se côtoient des personnages banaux, anodins, improbables héros, qui peuvent être poètes à leurs heures et offrir quelques perles bien senties. « Des dialogues entendus qui rendent compte de la vie quotidienne des gens » dit simplement Mireille Larroche. La pièce qui procède autant du théâtre que de l'œuvre lyrique, se présente telle une enfilade de « micro-nouvelles, disposées comme des stances » précise Philippe Minyana, qui cultive ce sens de l'écart qui lui est cher, autrement dit quelque chose de vierge qui cultive le bruit des mots. Elle prend la forme d'un mélodrame : le texte, conservé dans son entièreté, est assorti de commentaires musicaux discrets qui ne cherchent pas à coller au mot de manière pléonastique. Ils constituent plutôt un fond sonore, un contrepoint, qui permet « d'étirer le temps » (Bruno Gillet). En référence au titre même, ce sont des miniatures musicales aussi. Quatre instrumentistes se les partagent : pianiste, violoniste, guitariste et accordéoniste. Autrement dit des timbres familiers. Les sonorités le sont également et portent le texte parlé ou chanté. La mise en scène de Mireille Larroche est astucieuse et fluide. Qu'elles soient fort courtes, quelques phrases, ou plus développées, les séquences se succédant sans solution de continuité. Elle détache des personnages apparemment sans envergure, mais dont les faits et gestes prennent l'allure de véritables faits d'arme. Ainsi de la miniatures N° 88 : « Rue Winston Churchill - à cinq heures j'ai bécoté le cou d'Annie ». Quelques morceaux de même type reviennent en boucle, comme « la recette de cuisine d'Annette », réunissant les quatre voisins autour du fourneau pour une amusante antienne. Des répliques attendues de l'une des quatre, veuve pas trop esseulée, font office de piquants Leitmotive. Le pianiste donne un bref tour de crécelle pour signifier le passage d'une miniature à l'autre. Cela progresse soit paresseusement, soit prend un subit coup d'accélérateur. Les gens se croisent, s'interpellent, se répondent, se retrouvent. Ils disent leurs soucis du moment, leurs agacements récurrents devant telle situation « qui dysfonctionne », ou contemplent leur bonheur de savourer la vie, de gloser sur ces sentiments enfouis qu'on hésite à révéler, mais avoue bien aimer divulguer. Les quatre acteurs-chanteurs et le quatuor de musiciens issus de l'ensemble 2e2m forment une fort sympathique troupe. Merci Mireille!

 

© Mathilde Michel