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Catégorie : Opéras

Dramma giocoso per musica en deux actes. Livret de Giuseppe Petrosellini. Topi Lehtippu, Piero Spagnoli, Mari Eriksmoen, Andrè Schuen, Fulvio Bettini, Christoph Seidl, Erik Arman. Freiburger Barockorchester

 

C'est en 1786, à Vienne, qu'était créée la partition pour orchestre des Sept paroles de Notre Sauveur sur la croix, suite à une commande passée, trois ans plus tôt, par un chanoine de la ville de Cadix pour la liturgie du Vendredi saint. Cette version, Joseph Haydn devait dès 1787, en effectuer une réduction pour quatuor à cordes et une autre pour piano. Mais le compositeur devait encore revenir à cette œuvre pour l'adapter sous forme d'oratorio cette fois, lequel sera donné en 1796, également à Vienne.

 

C'est le baron van Swieten, protecteur de Mozart, qui retravaillera le texte allemand d'un auteur inconnu. On sait qu'il fournira ensuite les livrets de La Création puis Des Saisons. D'une œuvre uniquement constituée de mouvements lents, Haydn va faire une oratorio structuré, en variant les tonalités originales et en contrastant les couleurs. L'orchestre est renforcé de cuivres et de bois par deux. Les sept versets sont précédés d'une introduction orchestrale sombre et recueillie, et chacun est introduit par un bref prélude du chœur a capella, à l'exception  du cinquième, qui l'est par un intermède purement instrumental. L'oratorio se conclut par une autre pièce orchestrale, « Il terremoto » (le tremblement de terre), sur les mots « Il n'est plus », évocation fiévreuse contrastant avec les moments précédents d'affliction et de ferveur. La première partie, savoir les trois premières paroles, «  Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font », «  Aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis » et « Femme, voici  ton fils, et toi, voici ta mère » laissent paraître un sentiment de douceur et de compassion. La quatrième «  Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné »  est plus agité, dont un bref solo du premier violon. Après l'Introduzione très dramatique, uniquement confiée aux vents, bois et cuivres, bien sonores, la cinquième parole « J'ai soif », morceau charnière, est sans doute la plus originale musicalement : sur des pizzicatos des cordes et une flûte concertante, le ténor prononce la terrible exclamation. Le tempo soutenu adopté ici par le chef, contraste magnifiquement un chœur déclamatoire et un orchestre presque violent. Les deux dernières paroles, « Tout est consommé » et « Père, je remets mon esprit entre tes mains » conduisent l'oratorio à un achèvement qu'on pourrait croire de piété fervente. Mais le «  Terremoto » final livre par ses étonnantes dissonances, les abimes d'un cri de désespoir de la disparition du Christ et aussi l'annonce de sa résurrection. Les quatre solistes interviennent ensemble la plupart du temps. Et les chœurs se voient confier un rôle essentiel, comme ce sera le cas dans les oratorios à venir. Leonardo García Alarcon, qui remarque justement que cette œuvre se situe à la charnière de deux époques, de par son esthétique néoclassique et la préservation des codes du baroque, livre une exécution puissante et emplie de ferveur. L'Orchestre de chambre de Paris en est l'instrument de choix. On admire, outre un quatuor de solistes émérites, la clarté d'élocution de la Maîtrise de Notre Dame de Paris, tous chœurs confondus, préparés par Henri Cholet. Ils donneront ensuite une belle interprétation du Psaume 42 de Felix Mendelssohn, « Wie der Hirsch schreit » (ainsi qu'on oit le cerf bruire), une des pages majeures de sa production vocale, cadeau de noces de Felix à sa femme.