La Donna del Lago à l'Opéra Garnier.

Gioacchino ROSSINI : La Dame du lac.  Melodramma en deux actes. Livret d'Andrea Leone Tottola, d'après le poème de Walter Scott The Lady of the Lake. Joyce DiDonato, Juan Diego Florez, Simon Orfila, Colin Lee, Daniela Barcellona, Diana Axentii. Orchestre et choeurs de l'Opéra national de Paris, dir. Roberto Abbado. Mise en scène : Lluis Pasqual.

Dans ses Notes d'un dilettante, Stendhal écrit à propos de La Dame du lac : « La musique de cet opéra est plutôt épique que dramatique ; elle produit souvent l'effet d'une romance, mais elle n'émeut guère ». Cette assertion vaut à propos de l'entrée de l'opéra au répertoire du Palais Garnier.  Créé en 1819, il appartient à la période napolitaine du Cygne de Pesaro.  Il développe une musique souvent brillante et délicatement descriptive (effets de cor dans le lointain, de banda pour nouer les dialogues guerriers, mais aussi sonorités aériennes de la harpe). 

Tout cela ouvre la voie à la veine romantique.  Le sujet est chevaleresque sur fond de luttes entre factions rebelles, puisque le roi Jacques V d'Écosse, frappé par la beauté d'une mystérieuse jeune fille méditant au bord d'un lac, renoncera à la conquérir pour lui donner la main de celui qui l'aime.  L'opéra vaut pour ses ensembles, fort développés, et quelques numéros saisissants de bel canto.  Tel le terzetto du second acte qui unit deux ténors di grazia à l'héroïne, morceau d'une rare bravoure.  De même, le rôle assigné à l'ensemble choral est-il fort développé.

 La couleur locale qui baigne la pièce est quelque peu absente de la conception scénique de Luis Pasqual.  Il lui préfère une présentation au classicisme empesé, symbolisée par une colonnade sévère en hémicycle qui se fait et se défait au fil de l'action, alors que des apparitions du dessous - qui d'un rocher, qui d'une lyre, ou encore d'une sellette - sont d'une bien grande banalité.  Les brumes écossaises des bords du Loch Katrine, célébrées par Walter Scott, sont éludées ou reléguées dans un arrière-plan peu évocateur.  La direction d'acteurs est réduite à sa plus simple expression, basée sur une gestuelle convenue.  Quelque mouvements chorégraphiques aussi bizarres qu'impromptus n'arrivent pas à l'animer ; de même que les prosaïques entrées et sorties du chœur en habits et robes du soir.  On est bien près du concert en costumes.

 Si la soirée reste gravée dans la mémoire, c'est au plateau vocal qu'elle le doit.  Car il est étincelant.  À commencer par les deux ténors.  On sait que Juan Diego Florez est chez lui dans la belle faconde rossinienne.  On vérifie encore une fois avec délectation une ligne de chant d'une grande distinction comme la pureté d'aigus lancés avec aplomb.  Presque aussi exemplaire est la prestation de Colin Lee, un « second ténor » qui ne pâlit pas auprès de son illustre confrère.  Simon Orfila prête sa belle voix de basse chantante à la figure du père gardien de la morale.  Daniela Barcellona offre un timbre de mezzo dramatique d'un riche métal, tandis que Joyce DiDonato confirme, s'il en était besoin, son affinité avec le répertoire belcantiste et plus précisément celui défendu par Isabella Colbran, créatrice du rôle d'Elena.  Le rondo final, florilège de colorature et de chant orné, est mené avec un goût sûr et un brio remarquable.  Le chef l'adorne de pianissimos merveilleux ; enfin, car sa direction ne brille pas jusque là par sa subtilité.  Grandiose conclusion d'une soirée aux sentiments mêlés.