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Catégorie : Opéras

À La Monnaie : Don Quichotte pour un adieu.

Jules MASSENET : Don QuichotteComédie héroïque en cinq actes.  Livret de Henri Cain d'après Jacques Le Lorrain & Miguel de Cervantès.  José van Dam, Silvia Tro Santafé, Werner Van Mechelen, Julie Mossay, Camille Merckx, Gijs Van der Linden, Vincent Delhoume.  Orchestre symphonique et Chœurs de La Monnaie, dir. Marc Minkowski.  Mise en scène : Laurent Pelly.

Massenet a sous-titré son Don Quichotte : comédie héroïque.  Sans doute la veine héroïque trouve-t-elle son origine dans l'épopée de Cervantès, dont l'opéra s'inspire, de loin d'ailleurs.  L'appelation de comédie est plus paradoxale, car le truculent qui se mélange à l'épique vire plutôt à l'humour, et sombre dans le tragique. 

En tout cas, c'est ainsi que le conçoit Laurent Pelly dans sa mise en scène à La Monnaie.  Nul doute aussi que cette production, montée pour marquer les adieux à la scène de sa ville natale de José van Dam, en est influencée dans sa couleur générale.  Une certaine mélancolie s'en dégage, installée dès la première scène où Don Quichotte assiste rêveur à l'animation alentour, plongé dans ses lectures.  Même les moments de franche gaieté paraissent écrêtés au profit du trait distancé.  Y est pour beaucoup l'étonnant décor (Barbara de Limburg) en amoncellement de papier mâché, comme si étaient réunies là toutes les lettres et billets doux empilés au cours d'une vie de fantasmes rimeurs et de doux rèves éveillés.

 L'émotion affleure souvent.  Ainsi lors de la scène des moulins, alors que notre héros charge l'illusion d'une énorme aile tournoyant au premier plan ; plus encore au cours de la traque des bandits où, figé sur sa propre lance, Don Quichotte acquiert à sa juste cause ses poursuivants.  Il y a là quelque vision christique.  Si José van Dam n'a bien sûr plus la vigueur vocale d'antan, le magnétisme dont il habite ce « fou sublime » reste phénoménal et, à l'heure de l'ultime adieu, déchirant.  Alors qu'il faut finir en « héros admirable », une page se tourne.  Et l'on se prend à penser que cette Île des Rêves léguée à l'ami Sancho, c'est celle que le chanteur nous a livrée soir après soir.  À ses côtés, Sancho qui, comme Leporello vis à vis de Don Giovanni, en vient presque à s'identifier à son grand héros, a belle stature.  Marc Minkowski joue à fond les contrastes d'une musique séduisante dans sa verve presque trop énergique et ses climats poétiques on ne peut plus galbés.