Mazeppa ou Tchaïkovski l'épique à l'Opéra de Lyon.

Piotr Illitch TCHAÏKOVSKI : MazeppaOpéra en trois actes.  Livret du compositeur & de Victor Bourenine d'après Poltava de Pouchkine.  Nikolai Putilin, Anatoli Kotscherga, Olga Guryakova, Marianna Tarasova, Misha Dydik.  Orchestre de l'Opéra de Lyon, dir. Kirill Petrenko.  Mise en scène : Peter Stein.

Moins prisé qu’Eugène Onéguine ou La Dame de Pique - entre lesquels il se situe (1884) - l'opéra Mazeppa partage avec eux de s'inspirer d'une œuvre de Pouchkine.  En l'occurrence, du poème épique Poltava, mettant en scène un personnage historique.  Le vaillant héros romantique Mazeppa, évoqué par Victor Hugo dans ses Orientales, y est représenté comme un chef de guerre vieillissant, en rebellion contre le tsar Pierre le Grand, pour la libération de son Ukraine natale, et animé d'une passion démesurée pour la fille d'un grand propriétaire terrien, Kotchoubeï.  Le tableau de mœurs qui fait le charme d'Onéguine, laisse place à une vaste fresque historique où le thème du fatum est omniprésent.

  Tchaïkovski la façonne par une musique au ton plutôt sombre, émaillée d'éléments empruntés au folklore russe.  L'Opéra de Lyon reprend la mise en scène créée en 2006 par Peter Stein.  Ne cherchant pas à éluder la composante conventionnelle, elle la magnifie au contraire et fait du réalisme un atout avec une étonnante économie de moyens : lande cosaque aride baignée de soleil ou enneigée, que deux ou trois tapis d'Orient suffisent à habiter de couleur locale vraie.  Tels des tableaux vivants, les scènes d'ensemble ont un réel impact dans leur simplicité évocatrice.  Stein surtout inculque à ses caractères une force singulière, tel le vieux Kotchoubeï, chef de clan soucieux de ses prérogatives, auquel un solide briscard comme Anatoli Kotscherga apporte une imposante conviction et une voix de stentor.  Mazeppa, personnage ambigu, tourmenté et calculateur, mais aussi capable d'humanité, est, sous les traits de Nikolai Putilin, souvent bouleversant.  D'autant que le registre héroïque du timbre de baryton renforce une présence grandiose.  Olga Guryakova prête à l'infortunée Maria des accents sincères et une ample vocalité dans un rôle exigeant.  L'Orchestre de l'Opéra de Lyon sonne fièrement sous la direction impulsive de Kirill Petrenko qui ne laisse dans l'ombre aucune des aspérités de ces pages colorées où les vents apportent une tonalité tragique, tel l'interlude symphonique animé entre les deuxième et troisième actes évoquant la bataille de Poltava, et galvanise des chœurs qui sont loin d'avoir une fonction secondaire.