Lulu à La Scala.

Alban BERG : Lulu.  Opéra en trois actes (IIIe acte dans la version de Friedrich Cehra).  Laura Aikin, Franz Mazura, Stephen West, Robert Wörle, Thomas Piffka, Natascha Petrinsky, Roman Sadnik.  Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Daniele Gatti.  Mise en scène : Peter Stein.

Curieusement, Lulu n'en est, à La Scala, qu'à la troisième production de son histoire.  Avec flair, le « sovrintendente » Stéphane Lissner a choisi de présenter la production conçue par Peter Stein pour l'Opéra de Lyon.  Point de spectaculaire, mais une approche presque intimiste, car Stein travaille sur les volumes aussi bien que sur les caractères.  Au lumineux studio Art Déco du peintre qui croque Lulu, fait écho l'attique grisâtre et rapetissé où elle sombrera sous la lame de Jack l’Éventreur. 

Épurée, la mise en scène focalise sur les effets de symétrie et les raccourcis troublants que recèle une pièce parfaitement construite en arche et dont le film - qui retrace l'arrestation, le procès et le temps de la prison - forme la clé de voûte.  Les divers amants de Lulu réapparaissent au IIIe acte comme autant de clients de celle qui désormais est conduite à faire commerce de ses charmes.  Stein les saisit chacun férocement, gravitant autour de cette femme qui, tel un aimant, attire tout mâle alentour.  De ses multiples métamorphoses vestimentaires émane, de la femme en pleine gloire à l'ange déchu, une irrésistible et folle séduction.  Une perversité sournoise aussi dans le détachement qu'elle affiche envers tout événement morbide.  C'est que la dépravation reste plus suggérée que soulignée, comme le chemin de déchéance qui est le sien.  Avec son profil de danseuse, Laura Aikin lui prête des accents d'une rare sincérité ; et d'une grande sûreté vocale, même si conduite à se ménager en raison d'une légère indisposition.  Parmi la galerie des soupirants, on citera un solide Dr Schön, Stephen West, un Alwa impressionnant, Thomas Piffka, une saisissante comtesse Geschwitz, Natascha Petrinsky.  Daniele Gatti galvanise un orchestre d'élite, quoique un brin hyper présent vis à vis des chanteurs.  Mais comment résister à pareil luxe sonore !