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Catégorie : Opéras

Événement à La Scala : Quand le ténor Placido Domingo se fait baryton.

Giuseppe VERDI : Simone Boccanegra.  Mélodrame en un prologue & trois actes.  Livret de Francesco Maria Piave.  Placido Domingo, Ferruccio Furlanetto, Anja Harteros, Fabio Sartori, Massimo Cavalletti.  Orchestra del Teatro Alla Scala, dir. Daniel.Barenboim.  Mise en scène : Federico Tiezzi.

Le célébrissime ténor Placido Domingo qu'aucun challenge n'arrête, a décidé d'ajouter à son immense répertoire Simon Boccanegra, rôle écrit pour une voix de baryton.  Mais Verdi n'a-t-il pas porté l'accent sur la partie héroïque de cette tessiture, ce que le timbre mordoré de l'interprète en son glorieux automne permet de couvrir avec emphase.  Et puis est-il personnage plus passionnant que cet ex-corsaire devenu doge, aux prises avec les factions rivales dans une Gênes vouée aux luttes fratricides, et caractérisé par une déclamation lyrique somptueuse !  Sous les ors de La Scala, Placido Domingo, dans une forme insolente, lui prête des accents majestueux et un formidable relief. 

On ira jusqu'à percevoir des intonations dignes de la stature d'Otello dans le vaste ensemble qui clôt le tableau du conseil, d'appel à la paix puis de malédiction lancée à l'endroit du traître Paolo.  Au point que l'interprète semble driver une mise en scène pseudo-historiciste qui ne brille pas par son inventivité.  Mais peut-être la star de la soirée a-t-elle préféré une régie sage à quelque réinterprétation moderne du substrat politique irriguant l'intrigue.

 Une décoration plus clinquante qu'évocatrice des embruns marins qui baignent la pièce ne rachète pas une direction d'acteurs convenue.  On est loin de la puissante vision imaginée par Giorgio Strehler naguère sur ce même plateau.  Qu'importe ! le spectacle vaut avant tout par son volet musical. Et là la réussite est quasi totale.  Car, outre le grandiose ténorissime Doge, on y apprécie la basse moelleuse de Ferruccio Furlanetto, noble Fiesco, la sûre vocalité verdienne de l'Amélia de Anja Harteros ou la vilénie assumée d'un Paolo remarquable, Iago avant la lettre, Massimo Cavaletti.  L'Orchestre de La Scala qui connaît mieux que tout autre son Verdi, livre une interprétation incandescente sous la baguette fièvreuse de Daniel Barenboim, aussi à l'aise que dans l'idiome wagnérien.  Sonorités envoûtantes, lyrisme éperdu ponctué d'accents dramatiques d'une rare intensité, voilà bien une lecture engagée qui prend au cœur et au corps.