Treemonischa, entre opéra et romance américaine.

Scott JOPLIN : Treemonisha.  Opéra en trois actes.  Livret du compositeur.  Orchestration de Gunther Schuller.  Adina Aaron, Stephen Salters, Willard White, Grace Bumbry, Loïc Félix.  Ensemble orchestral de Paris, dir. Kazem Abdullah.  Mise en scène : Bianca Li.

 L'initiative était certes intéressante de présenter Treemonisha de Scott Joplin, une pièce quasiment inconnue en France.  Terminée en 1911, elle attendra même un quart de siècle pour voir les honneurs d'une production professionnelle (en 1975 au Houston Grand Opera).  Scott Joplin, connu pour être « le roi du ragtime », a voulu composer avant tout quelque chose de sérieux, un opéra afro-américain par son sujet, sur le modèle européen par sa facture.

  À défaut d'action structurée, la pièce livre un message, lui-même multiple : un conte moral où il ne sert à rien de rendre le mal pour le mal ; l'intérêt de l'intégration des minorités, en l'occurrence une petite communauté noire de l'Arkansas ; la victoire de l'éducation sur la superstition, à l'aune du destin de cette enfant trouvée au pied d'un arbre, élevée par des parents adoptifs, qui sera appelée, du fait de son niveau d'instruction, à guider un groupe en mal de reconnaissance, encore bien proche des croyances de sorciers habitant la forêt.  Reste qu'il s'agit de trouver quelque unité à ce qui est disparate, un patchwork mêlant sermons, débordements emphatiques, danses rituelles.  Musicalement, la partition ne manque pas d'intérêt avec son mélange de styles et ses grands passages choraux, même si l'inspiration souvent retombe.  En tout cas, le chef Kazem Abdullah fait au mieux pour lui donner vie et l'Ensemble orchestral de Paris réussit à donner une belle saveur à la soirée.  La couleur, on la trouve à profusion dans la décoration de Roland Roure qui stylise avec fantaisie un univers onirique.  La mise en scène de la chorégraphe Bianca Li mise sur le premier degré naïf, et les protagonistes sont dirigés minima.  Les choses ne s'enflamment que lors des passages dansés où l'on retrouve l'entrain communicatif de mouvements décalés, sans cependant atteindre la fulgurance à laquelle on s'attendait.  La distribution qui aligne vedettes opératiques - voire même vétérans (Grace Bumbry) - et jeunes recrues, pèche par son manque de relief et quelques fâcheries avec la justesse.  Seul Willard White se tire d'affaire grâce à l'aura et au métier qu'on lui connaît.