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Catégorie : Opéras

Charles Mackerras dirige La Petite Renarde rusée au Royal Opera.

Leoš JANÁČEK : La Petite Renarde rusée. Opéra en trois actes. Livret de l'auteur, d'après Rudolf Tesnohlidek.  Emma Matthews, Christopher Maltman, Elisabeth Meister, Robin Leggate, Matthew Rose, Jeremy White, Elisabeth Sikora.  Orchestra of the Royal Opera House, dir. Sir Charles Mackerras.  Mise en scène : Bill Bryden.

 Avec La Petite renarde rusée, l’un de ses opéras les plus singuliers, Leoš Janáček mêle mythe, folklore et anecdote.  Au-delà de la fable des animaux aux prises avec les humains, où les premiers tiennent le langage des seconds, tandis que les hommes fantasment au contact du monde animal, voilà un bel hymne à la liberté et à l'éternel recommencement du cycle de la nature.  Évoluant entre comédie et tragédie, la pièce invite à une réflexion sur le sens de la vie et la relativité de toute chose : ces humains si faibles dans leurs sentiments, comparés au volontarisme aventureux des animaux.

D'une formidable concision, le récit est aussi l'occasion d'une fine galerie de portraits dont Fine-Oreille, la renarde espiègle qui n'hésite pas à semer le vent de la révolte chez ses pairs, amoureuse d'un goupil, et si téméraire au prix même de sa vie.  La production du Royal Opera combine habilement réalisme et symbolisme en un compromis que traverse une intense poésie.  Il règne une joyeuse exubérance dans la succession rapide des tableaux souvent joliment chorégraphiés.  Un parfum de légèreté naïve habite la décoration (William Dudley) qui se souvient sans doute de ces délicieuses vignettes dont s'est inspiré l'auteur.  Une amusante machinerie emplit l'espace enchanté de la forêt, son mystère, sa magie : évolution gracile des insectes dans les airs, façon trapèze volant, difficile progression des hommes sur un chemin en forme de roue, pas toujours hospitalier, celui-même de la vie.  Qui mieux que Charles Mackerras, spécialiste de l'idiome de Janáček, peut traduire la fugacité d'une musique si concise et la mélancolie subtile qui l'imprègne ! Son orchestre est une merveille de raffinement. Tout comme est exemplaire la distribution, dominée par le sobre garde forestier de Christopher Maltman et la preste et futée renarde d’Emma Matthews.