Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.  Comedia lirica en trois actes (1893) de Giuseppe Verdi (1813-1901), sur un livret de Arrigo Boito d’après The Merry Wives of Windsor et Henry IV de William Shakespeare.  Orchestre national de France, Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, dir. Daniele Gatti.  Mario Martone (mise en scène). Anthony Michaels-Moore (Falstaff), Jean-François Lapointe (Ford), Paolo Fanale (Fenton), Raul Giménez (Cajus), Anna Caterina Antonacci (Alice Ford), Chen Reiss (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly), Caitlin Hulcup (Meg Page).

 Les opéras se suivent et ne se ressemblent pas au Théâtre des Champs-Élysées, mais la joie persiste.  Après la joyeuse Cenerentola de Rossini tout dernièrement, voici à présent, pour quatre représentations exceptionnelles, le retour du jubilatoire Falstaff, donné, en ces lieux, en 2008, dans la même production avec toutefois une distribution sensiblement différente, à commencer par le rôle-titre, tenu aujourd’hui par Anthony Michaels-Moore, remplaçant avec bonheur Alessandro Corbelli.  Dernier opéra de Verdi, composé à quatre-vingts ans, sur un livret comique, créé le 9 février 1893 à La Scala de Milan, qui sonne comme un clin d’œil du vieux Maestro, mais aussi comme une interrogation sur le sens de la vie et le temps qui passe.

 Cette reprise, comme la production initiale de 2008, est une indiscutable réussite musicale et théâtrale avec une remarquable homogénéité dans la qualité des voix, qui n’a d’égal que la qualité du jeu des acteurs : Anthony Michaels-Moore campe un Falstaff drôle et plein d’une tendresse qui le fait échapper à la caricature, Anna-Caterina Antonacci est une Alice pétillante, Marie-Nicole Lemieux irrésistible de drôlerie, Jean-François Lapointe élégant, Chen Reiss admirable dans la reine des fées avec sa voix limpide et éthérée, et dans son duo avec Paolo Fanale, au très beau timbre bien qu’un peu limité en puissance.  La mise en scène de Mario Martone, qui transpose l’action au XIXe siècle, ce qui lui confère un surplus de modernité, fonctionne parfaitement en maintenant le rythme de l’intrigue où l’action progresse à grandes enjambées avec un jeu d’acteur précis et foisonnant dans une scénographie assez réussie esthétiquement.  En revanche, la direction musicale de Daniele Gatti, fut plus contestable, semblant plate et sans allant, alors qu’on l’aurait souhaitée pétillante et enjouée.