Une œuvre  bâtie sur un support psychologique et fantastique qui contient en germe les futures productions du Verdi de la maturité revenant vers Shakespeare avec Otello et Falstaff. Un opéra porté par des forces démoniaques, un opéra qui garde l'odeur du sang humain, un opéra de la mort, de l'ambition et de la trahison où la dramaturgie tient le devant de la scène, où la musique est constamment au service du drame. Et c'est bien cette gageure qu'a  parfaitement réussie Daniele Gatti en parvenant à maintenir de bout en bout la tension dramatique qui fait le cœur de l'opéra. Une tension, une inquiétude, une angoisse palpable dès l'ouverture orchestrale où la musique semble rester en suspens…Dans l'attente… Une direction claire, précise, attentive aux moindres inflexions du texte, soucieuse de servir l'œuvre et les chanteurs, riche de nuances et de couleurs car Gatti est, ici, bien loin de la caricature outrancière de certains. Sa direction ciselée sait faire ressortir le détail d'importance, favorisant le galbe ou à l'inverse durcissant la ligne, de façon constamment juste. Un « National » au mieux de sa forme, réactif, précis et engagé. Un Chœur de Radio France d'une remarquable souplesse et d'une grande cohésion. Une distribution vocale de haut niveau, homogène, où l'engagement scénique compense souvent quelques faiblesses vocales. Roberto Frontali, Macbeth, quoique vieillissant fait honneur au baryton Verdi, Susanna Branchini, Lady Macbeth, utilise son vibrato et son timbre agressif pour distiller la haine ; les notes pointées de la scène de somnambulisme sont un modèle du genre. Andrea Mastroni, Banquo, est une basse ample et pudique d'une belle stature. Jean François Borras, Macduff, remporte légitimement les faveurs du public dans son air unique « Paterna Mano » du dernier acte tandis que Sophie Pondjiclis, la Dame d'honneur, habituée des lieux, confirme tout le bien qu'on pensait d'elle.

 

 

 


III ème acte ©Vincent Pontet

 

 

La mise en scène de Mario Martone, sobre et efficace, voire intimiste, s'attachant plus au sens qu'à la forme, n'apporte pas d'ombre au tableau. Reposant sur une scénographie dépouillée, valorisée par de superbes éclairages et l'utilisation pertinente de la vidéo, elle sait  laisser la primeur à la musique, à l'intériorité et au jeu d'acteur. En bref, une belle et honorable production digne de cette œuvre incontournable du répertoire opératique.