Ferdinand HEROLD : Le Pré aux clercs. Opéra-comique en trois actes. Livret d'Eugène de Planard d'après Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée. Marie Lenormand, Marie-Eve Munger, Jaël Azzaretti, Michael Spyres, Emiliano Gonzales Toro, Éric Huchet, Christian Helmer. Accentus. Orchestre Gulbenkian, dir. Paul McCreesh. Mise en scène : Éric Ruf. Opéra Comique.

 

 

Chronique du règne de Charles IX est le premier ouvrage de Prosper Mérimée à avoir été porté sur la scène d'opéra, en 1832, bien avant sa Carmen. Il l'a été successivement par Meyerbeer, avec Les Huguenots et Ferdinand Hérold pour son Pré aux clercs. Deux œuvres aussi dissemblables que les différencient les genres auxquels elles appartiennent : le grand opéra pour la première, l'opéra-comique pour la seconde. Pour faire simple on dira que le Prè aux Clers est la version soft de cette histoire qui se trame à l'époque de la Saint Barthélémy, et qui a pour théâtre ce lieu illustre sur les bords de la Seine, juste en face du Louvre.

On y venait se divertir car cette promenade était agréablement boisée, et aussi pour vider quelque querelle ou duel mortifère. La proximité du fleuve permettait d'évacuer discrètement les pauvres défaits de cœur ou d'honneur! Autant Meyerbeer a noirci l'intrigue en opposant deux clans, huguenots et catholiques, autant Hérold, dans le souci de ne pas choquer le public de l'Opéra Comique, fort distinct du celui de l'Opéra, fait dans le bon goût, le demi genre, qui offre ce mélange singulier de chanté et de parlé. Il adoucit les aspérités du cadre historique et portraiture des personnages somme toute sympathiques, comme Marguerite de Valois, le Baron de Mergy, ou encore le cocasse Cantarelli, le bouffon de la cour. La pièce est distribuée aux voix types requises alors dans un opéra-comique : trois sopranos, différenciées dans leur tessiture, le grand soprano lyrique, la soprano plus légère et colorature, et la soprano dite « à roulades », et trois ténors d'emplois tout aussi différents : le ténor romantique, le second ténor et le ténor comique, appelé Trial. une basse bouffe complète le panel vocal. La distribution du spectacle de l'Opéra Comique est plus valeureuse du côté des messieurs que de leurs consœurs. Michael Spyres, Mergy, outre une diction irréprochable et une belle distinction, distille les couplets de la romance « O ma tendre amie! Je suis près de toi ». Emiliano Gonzalez Toro incarne le vrai-faux méchant de Comminge avec un brin de préciosité mais un timbre agréable, et Éric  Huchet se taille un franc succès dans le bouffon Cantarelli par un jeu spirituel, jamais appuyé, et une faconde intarissable. Christian Helmer offre du rôle de l'amoureux Girot qui a bien les pieds sur terre, les vertus d'une voix de basse fort bien conduite. Si la Nicette de Jaël Azzaretti roucoule à souhait et a du piquant, sur les traces de sa consoeur Petibon, Marie-Eve Munger, Isabelle de Montal, est plus à la peine, nonobstant une belle simplicité dramatique, et Marie Lenormand déploie grandeur et  vocalité satisfaisantes.

 Les chœurs Accentus font un triomphe car ils jouent aussi bien qu'ils déclament le texte. La musique de Hérold, Paul Mc Creesh la défend avec une vaillance sonore certaine, un peu envahissante à l'occasion. Mais on lui est reconnaissant de sa conviction car les pages ne sont pas toujours de la meilleure veine. Ainsi d'une ouverture offrant plus un collage de phrases qu'une idée d'ensemble. Les choses s'arrangent à partir du deuxième acte qui s'ouvre sur une sorte de mini concerto de violon. On admire le sens des ensembles  : le grand pezzo concertato qui clôt cet acte, avec sept solistes et un chœur endiablé, et plusieurs trios fort habilement troussés,  parfaitement interprétés, tel celui réunissant les deux sopranos et le bouffon, ou celles-ci et le primo ténor. Éric Ruf ne cache pas avoir voulu « jouer droit et direct » dans ce qui est « un théâtre du premier degré ». Il le fait avec tact. Il met en particulier son talent d'acteur au service des passages parlés qui ne sonnent jamais factices, mais bien comme sur un plateau de théâtre. Les clins d'œil faciles sont asservis à une dramaturgie qui ne se départit pas un instant du bon goût, et l'explicatif n'est pas souligné. La direction d'acteurs est ainsi naturelle et offre quelques beaux arrêts sur image, rehaussés d'une jolie palette de couleurs ; celle que procurent des costumes imités d'époque et un cadre décoratif aéré : quelques platanes aux tons automnaux pour visualiser la fameuse promenade et un décor de fête neutre pour rappeler que l'action nous transporte au palais du Louvre.