Dixième anniversaire du Chœur de chambre Agapanthe (2001-2011).

Présidé par Hervé Berbié et dirigé par sa fondatrice, Isabelle Retailleau, le Chœur de chambre Agapanthe a dignement fêté ses dix ans d’activité au service de la musique sacrée, lors de son concert du 20 novembre  2011 (repris le 26) en la basilique Sainte Clotilde (Paris), avec le concours de l’ensemble instrumental hollandais Concerto Barocco, des solistes triés sur le volet : Sophie Landy et Sophie Pattey (sopranos), Rodrigo Ferreira (alto), Sébastien Obrecht (ténor) et Nicolas Rouault (basse) ; à l’orgue : Hélène Dufour.  Cette belle phalange d’une quarantaine de chanteurs amateurs expérimentés a préparé intensément la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach, très appréciée par les mélomanes qui remplissaient la basilique jusqu’à la dernière

place.  Au premier rang : M. Rudolf  Klemm, représentant, en France, la Nouvelle Société Bach (Neue Bach Gesellschaft, NBG) qui, dans le programme, a remercié Isabelle Retailleau de « contribuer ainsi à mieux faire connaître l’œuvre universelle de Johann Sebastian Bach ».

L’audition a été introduite par Gilles Cantagrel qui, en un exposé vivant et circonstancié, a évoqué la genèse de l’œuvre, le montage de diverses pièces, l’éventail des divers styles, la symbolique du chiffre 3, la symétrie des 9 morceaux du Symbole de Nicée (Credo), et placé l’œuvre sous le signe d’un testament et d’une réflexion de J. S. Bach - à la fin de sa vie - sur toute la création et sur l’angoisse existentielle.  Isabelle Retailleau, qui a le don de « galvaniser » ses troupes par sa direction précise, à la fois souple et volontaire, avec un dosage équilibré des voix, a conféré, au chœur comme à l’orchestre — qui collaborait pour la première fois —, sa conception sobre et très personnelle de cette messe.  Ses choristes, motivés et disciplinés, toujours souriants même confrontés aux difficultés techniques, se sont imposés d’emblée par leur expressivité, leurs nuances, leur justesse, leur paysage vocal et leur diction. Le chœur : Gloria in excelsis Deo, rythmé et scandé, a été bien enlevé et vécu intensément, contrastant avec l’émouvant Et in terra pax, l’insistante prière Suscipe deprecationem meam ou le pétillant Cum Sancto Spiritu, ou encore le pesant Et incarnatus est ou émouvant Sepultus est, l’affirmation massive de l’Et resurrexit. L’Osanna in excelsis a fusé de toutes parts, alors que le chœur conclusif Dona nobis pacem a posé sur cette messe un point d’orgue appuyé et très bien ressenti.  Les solistes étaient triés sur le volet.  À noter l’air d’alto Qui sedes si expressif ; l’air de basse Quoniam tu solus sanctus, d’une saisissante gravité ; l’excellent duetto (soprano I-alto) Et in unum Dominum.

Gilles Cantagrel a affirmé : « Le musicien parvient ici, dans un immense parcours allant du style le plus grave du ricercar à l’expression lyrique la plus contemporaine, alliant la pesanteur et la grâce, l’abstraction et le lyrisme, du statisme de la méditation à la danse sacrée, à concilier les aspects les plus divers de sa pensée spirituelle en un tout parfaitement équilibré» (cf. J. S. Bach, Passions, Messes et Motets, Paris, Fayard, 2011).  C’est aussi l’équilibre et la distinction, l’invitation à la méditation qui - grâce à Isabelle Retailleau -planaient sur ce concert audacieux et si prometteur, accueilli avec un enthousiasme unanime pour le 10e anniversaire du Chœur de chambre Agapanthe, à réentendre et à apprécier : Ad multos annos.