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Catégorie : Opéras

Don Pasquale au Théâtre des Champs-Élysées : drôle et touchant.  Opéra-bouffe en trois actes (1843) de Gaetano Donizetti sur un livret de Giovanni Ruffini.  Orchestre national de France, Chœur de Radio France, dir. Enrique Mazzola.  Mise en scène de Denis Podalydès. Alessandro Corbelli, Désirée Rancatore, Gabriele Viviani, Francesco Demuro.

 

Don Pasquale, un opéra anachronique composé en 1842-1843, un opéra marquant la fin de l’opéra-bouffe, un genre qui paraissait usé depuis plus de cent ans dont les débuts remontaient à La Serva Padrona (1733) de Pergolesi. Un opéra hybride, s’inspirant de la Commedia dell’arte, prenant des allures de comédie sentimentale, d’où cette ambivalence, cet  aspect terriblement humain fait d’amour,  de déception, de mélancolie, le situant à la limite du genre, préfigurant l’opéra romantique.  La mise en scène de Podalydès, situant l’action dans l’Italie des années 50, rend tout à fait

cette ambivalence  des personnages, Don Pasquale (Alessandro Corbelli) d’abord fanfaron et conquérant, ensuite mortifié et pathétique, Norina (Désirée Rancatore) espiègle, coquine, contrite, puis,  pleine de remords voire de compassion après l’épisode de la gifle, Malatesta (Gabriele Viviani) diabolique, démiurge et marionnettiste détenant les fils de l’action, Ernesto (Francesco Demuro) emprunté en amoureux transi, éperdu d’amour, dont le chant s’accompagne des accents de la guitare et de la complainte de la trompette, laissant sa voix, presque seule, s’élever dans la nuit, la nuit d’amour romantique, si chère à Novalis.  Une direction d’acteurs parfaitement convaincante, une présence scénique certaine de tous les acteurs, une scénographie où l’on sent la présence en filigrane de la Comédie française, les décors sont d’Éric Ruf, sociétaire également de la Comédie, efficace, loin de toute grandiloquence, tout comme la direction d’orchestre d’Enrique Mazzola, spécialiste du « bel canto » qui sut, par sa direction précise, engagée et pleine d’allant, suivre et  éclairer le livret et l’intrigue, tout en sachant, aussi, s’effacer devant les voix, « bel canto » oblige !  Le quatuor vocal, justement, remarquable par son homogénéité, dominé, toutefois, par la somptueuse voix de baryton de Gabriele Viviani, la facilité vocale de Désirée Rancatore, Alessandro Corbelli sachant, quant à lui, faire oublier certaines faiblesses de sa voix par la qualité de son jeu d’acteur, on regrettera, enfin, le timbre un peu vert, manquant de rondeur de Francesco Demuro qui fit toutefois une prestation tout à fait honorable, un ténor à suivre… En bref, une belle réussite que ce Don Pasquale qui nous conforte dans l’idée que l’opéra est possible lorsqu’il est bien pensé.  Un succès mérité.