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Catégorie : Opéras

Gaetano DONIZETTI : Maria Stuarda. Drame lyrique en deux actes. Livret de Giuseppe Bardari d'après la tragédie éponyme de Schiller. Alexandra Kurzak, Carmen Giannattasio, Francesco Demuro, Carlo Colombara, Christian Helmer, Sophie Pondjiclis. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Orchestre de chambre de Paris, dir. Daniele Callegari. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser, reprise par Gilles Rico. Théâtre des Champs-Elysées.Un duo vocal superlatif, avec Alexandra Kurzak en Marie Stuart et Carmen Giannattasio en Elisabeth, voilà un des atouts majeurs de cette coproduction du Théâtre des Champs Elysées. Maria Stuarda, un drame lyrique (43ème des 71 opéras écrits par Donizetti), reconnu par tous comme un sommet du bel canto, est une œuvre qui s'inscrit dans la trilogie des Tudor entre Anna Bolena et Roberto Devereux, Un opéra, rarement donné, au livret concis et à la dramaturgie exacerbée, qui marque aussi l'évolution prochaine vers l'opéra verdien avec un orchestre qui s'étoffe, des vents prenant une place plus importante (clarinettes et trombones) et des cordes se faisant volontiers symphoniques.

Une très belle production qui vaut surtout par le magnifique duo vocal féminin qui culminera dans la scène de la confrontation entre les deux reines que tout oppose, conflit à la fois politique, religieux et amoureux, où des paroles d'une rare dureté seront prononcées, Marie Stuart se condamnant à mort en traitant la reine vierge de bâtarde, fille impure d'Anna Bolena ! Une confrontation qui n'eut jamais lieu historiquement, mais qui servit de pivot au drame de Donizetti. Des propos sans équivoque et la mise à mort d'une reine, sujets sensibles au XIXe siècle, qui entrainèrent la pâmoison de Marie-Christine de Savoie lors de la représentation du 18 octobre 1834 au San Carlo de Naples, avec pour conséquence, une censure et une récriture, avant que l'opéra ne réapparaisse sur scène dans sa version définitive, à la Scala de Milan, en 1835 avec Maria Malibran dans le rôle titre. Le compositeur semble placer les deux « prime donne » sur le même plan d'égalité, réservant à chacune un finale (Acte I pour Elisabeth, Acte II pour Marie Stuart). Mais il devient rapidement évident que sa sympathie penche, peu à peu, en faveur de la reine écossaise au fur et à mesure de la progression du drame. De tessiture voisine, les deux voix ne semblent toutefois pas interchangeables, Marie plutôt soprano, Elisabeth plutôt mezzo. Le compositeur de Bergame a écrit pour Marie des mélodies qui montent et qui descendent avec douceur jusqu'à la sublime prière finale où le legato, l'évanescence des pianos, la souplesse de la ligne paraissent primordiaux. A l'inverse, pour Elisabeth, il a prévu de larges sauts vocaux, des intervalles plus imposants, un phrasé plus articulé qui doit être mené avec plus de force. Le casting vocal de cette production sut respecter totalement ce cahier des charges avec une Marie Stuart d'Alexandra Kurzak au timbre éthéré, aux aigus limpides, aux pianos divins, à la ligne de chant d'une impressionnante souplesse, tandis que le timbre plus acide et l'engagement vocal plus marqué de Carmen Giannattasio en faisaient une Elisabeth très convaincante, tenante de la force et de l'autorité. Pour les autres rôles, on retiendra le phrasé un peu raide de Francesco Demuro (Conte de Leicester) parfois un peu à la peine dans les aigus, les remarquables prestations de Christian Helmer (Cecil) Carlo Colombara (Talbot) et Sophie Pondjiclis (Anna). Un mot sur la mise en scène, assez neutre faisant montre d'une scénographie assez minimaliste (une façade de palais, un réfectoire de prison, un billot et une hache), en tous cas peu gênante, ce qui n'est pas son moindre mérite. Un bel orchestre, très enthousiaste, mené de main de maitre par Daniele Callegari, spécialiste de l'opéra italien, et un chœur superbe de bout en bout avec une scène finale impressionnante prenant des accents prémonitoires du Nabucco de Verdi.

 

 

 


©Vincent Pontet