Wolfgang Amadé MOZART : Così fan tutte. Dramma giocoso en 2 actes. Livret de Lorenzo da Ponte. Gabrielle Philiponet, Annalisa Stroppa, Cyrille Dubois, Vincenzo Nizzardo, Laurent Alvaro, Edouarda Melo. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie & Chœur Accentus, dir. Andreas Spering. Mise en scène de Frédéric Roels.Pour ouvrir cette nouvelle saison centrée sur le libertinage, dans son acception philosophique et historique, sésame d’un monde subversif et mystérieux peuplé de désirs et de charmes interdits, Frédéric Roels, directeur général et artistique de l’institution lyrique normande, levait le rideau avec Così fan tutte de Mozart. Si ce troisième opus de la trilogie Da Ponte est généralement interprété comme une métaphore de l’inconstance et de l’infidélité féminine, Frédéric Roels en proposa un éclairage nouveau sous la forme d’un jeu de rôles où tout est déjà accepté d’avance sauf la fin… Un jeu un peu pervers sous la houlette du maitre du jeu Don Alfonso secondé par sa maitresse Despina, couple machiavélique, un peu sado masochiste dont la conduite n’est pas sans rappeler les aventures « amoureuses » d’un certain divin marquis. Un jeu finalement mené entre soi, pour échapper à l’ennui. Tout se joue alors à grand renfort de masque, de travestissements, de mise en miroir et de voyeurisme où la farce côtoie le drame afin de rester fidèle à l’ambigüité du dramma giocoso. Une mise en scène attrayante et pertinente qui emporta immédiatement l’adhésion du public, transposée de nos jours, bien pensée, se déroulant dans une scénographie du plus bel effet, tantôt dans un salon bourgeois d’une lumineuse blancheur, tantôt dans un jardin paradisiaque peuplé d’ombres et de désirs cachés.

 

 

 


© Jean Pouget

 

 

 

 

Un opéra classique créé en 1790 au Burgtheater de Vienne, tout entier bâti sur la symétrie des couples, des voix et des tessitures qui s’échangeront au long de l’intrigue, une œuvre surtout qui brille par l’exceptionnelle qualité musicale de ses nombreux ensembles vocaux, impliquant donc une grande homogénéité dans le choix des voix. Point de déception avec cette distribution vocale particulièrement éblouissante reposant sur six jeunes chanteurs au premier rang desquels il faut citer Cyrille Dubois, révélation des Victoires de la musique et de la Critique. Si ce jeune et talentueux ténor est déjà connu pour ses interprétations remarquées dans la mélodie française et le lied, sa prestation dans le rôle de Ferrando fut tout à fait enthousiasmante par la qualité de son timbre, sa facilité vocale et son implication scénique. Face à lui le Guglielmo de Vincenzo Nizzardo parut peut être légèrement en dessous. En revanche aucune réserve concernant le duo féminin, Gabrielle Philiponnet (Fiordiliji) et Annalisa Stroppa (Dorabella) dont le ramage somptueux n’eut d’égal que le plumage rutilant et coquin, particulièrement mis en valeur par les costumes au demeurant très drôles de Lionel Lesire… Laurent Alvaro (Don Alfonso) machiavélique à souhait, belle basse parfaitement appariée avec le soprano agile d’Eduarda Melo (Despina) en soubrette espiègle, formèrent un couple irréprochable vocalement, tout entier animé par l’intrigue, le plaisir du jeu, la séduction et le caprice, image d’un couple derrière lequel en filigrane se dessinait l’ombre tutélaire du  marquis de Sade. D’un point de vue strictement orchestral, il convient encore de souligner la belle tenue de l’orchestre de l’Opéra de Rouen, et notamment des vents (petite harmonie et cors) omniprésents tout au long de la partition, renouant avec la tradition des sérénades et divertimenti chers au compositeur salzbourgeois. En bref, une première très réussie qui laisse sur une interrogation quant à la recomposition finale des couples et quant aux traces que laissera ce jeu de rôles…Une question essentielle qui résume à elle seule le sujet de l’opéra…Une belle saison en perspective à suivre… (www.operaderouen.fr).