Robert SCHUMANN : Das Paradis und die Peri. Dichtung (Poème) en trois parties. Texte tiré de Lalla Rookh de Thomas Moore. Marita Sǿlberg, Marta Boberska, Karine Deshayes, Frédéric Antoun, Ben Johnson, Edwin Crossley-Mercer. Chœur de  Radio France. Orchestre National de France, dir. Jérémie Rhorer. Basilique de Saint-Denis.Le concert d'ouverture du Festival de Saint-Denis offrait l'occasion d'entendre le rare Le Paradis et la Péri op. 50 de Schumann. Créé en 1843 à Leipzig sous la direction du compositeur, l'œuvre appartient au genre de l'oratorio profane, plus exactement le Märchen oratorium (conte oratorio). Élisabeth Brisson remarque qu'«elle est de facture inhabituelle, correspondant à un nouveau genre, ''neue Genre'', voulu par Schumann qui la dénomme ''Dichtung'' (Poésie) et non oratorio » (Cf. NL de 5/2015, in ''Paroles d'auteur''). Schumann a puisé dans un texte du philosophe, humaniste et théologien Thomas Moore (1478-1535 ), Lalla Rookh, conte initiatique, lui-même emprunté à la mythologie arabo-perse, qui traite le thème de la rédemption. La Péri, chassée du Paradis, espère y retrouver sa place.

Mais elle ne le pourra qu'en rapportant des contrées terrestres une offrande digne des dieux. Ce que ne seront pas le sang d'un héros hindou, non plus que l'amour sacrificiel d'une vierge égyptienne, mais bien les larmes d'un criminel syrien – l'Homme – se repentant à la vue d'un enfant en prière. Ce présent seul permet le rachat. L'œuvre s'inscrit dans la ligné des sujets d'inspiration féminine qui soutiennent tant de pièces du musicien : L'Amour et la Vie d'une femme, puis les Scènes de Faust avec le personnage de Gretchen, ou encore le Lied de Mignon. De par sa portée symbolique, Le Paradis et la Péri se rattache à un courant né avec La Flûte enchantée de Mozart. Y fleure un délicat exotisme qui était alors en vogue. On remarquera que la pièce de Schumann est contemporaine de celle du français Félicien David, Le Désert (1844), qui elle aussi capte si bien ces atmosphères envoûtantes d'un Orient aussi imaginé que vécu. Ce qui se traduit dans le cas présent par une orchestration irradiant la lumière, même si elle fait appel à une formation riche de trombones, cors, ophicléide, et nombreuses percussions. Une vraie fluidité sonore parcourt ses trois parties. Si la trame n'est pas spécialement dramatique, du moins la pièce respire-t-elle une vraie unité. C'est que le langage offre une sorte de continuum de style arioso qui englobe récitatifs et arias, et unit solos et ensembles dont un quatuor vocal et une importante participation du chœur. L'un des protagonistes, le ténor, se voit offrir un rôle de récitant, une sorte d'Évangéliste séculier. C'est sans doute la partie la plus achevée avec celle de La Péri qui au fil de ses diverses interventions, voit son destin se modifier jusqu'à ce trait final « J'ai accompli mon œuvre » sur contrepoint du chœur des bienheureux. L'exécution qu'en donne Jérémie Rohrer offre ceci d'intéressant  qu'elle mêle adroitement vigueur du geste et lyrisme soutenu. Et fait ressortir ce souci d'unité qui distingue l'œuvre au fil de ses diverses parties. Vues dans la continuité, car elles se succèdent sans hiatus, elles alternent climats puissants (fin de la Première partie) ou apaisés : ceux qui marquent plus d'une intervention du Ténor solo ou de l'Ange. Si la contribution du Chœur de Radio France ne passe pas pour la plus marquante du fait d'une diction touffue que l'acoustique de la Basilique de Saint-Denis n'aide pas, la prestation de l'Orchestre National est à louer, en particulier pour ce qui est de la section des bois et de la belle plasticité des cordes. Les sept solistes forment un plateau harmonieux dont se détachent deux voix : celle mordorée de Karine Deshayes - quelques jours seulement après sa belle prestation dans Uthal à Versailles - tour à tour Alt-solo et l'Ange, et surtout celle solaire de Frédéric Antoun, Tenor solo, à l'élocution aisée et au style remarquable. Chacune de ses interventions est un moment de bonheur. Marita Sǿlberg prête à La Péri des accents lumineux dans une partie délicate dont elle s'acquitte avec aise et une belle sensibilité.