Concert de clôture du tricentenaire de l'Opéra Comique

 

Les célébrations du tricentenaire de l'Opéra Comique « Maison fondée en 1715 » se sont achevées par un « concert de clôture » censé fêter l'opéra-comique romantique. En fait, si malgré l'annulation d'un des participants, le programme resta inchangé, le résultat laissait un sentiment de moindre faste comparé à la soirée d'ouverture de novembre dernier. Le concert s'ouvrait pourtant sous les meilleurs auspices avec l'Ouverture de Zampa, un des succès de l'ère Deschamps, brillamment exécutée par le Cercle de l'Harmonie sous la houlette musclée mais inventive de Jérémie Rhorer : indéniable atmosphère festive, en particulier lors du passage médian en quadrille, grâce à une dramaturgie ménageant un parcours allègre.

Ils devaient ensuite donner des pages symphoniques de Berlioz, Chabrier et Bizet : un des mouvements de la Symphonie Fantastique, « Un bal », avec sa valse ménagée sur le versant  rapide, puis le « Ballet de sylphes » de La Damnation de Faust, élégiaque certes, mais moins habité qu'on l'imaginait, enfin la « Marche hongroise », là encore fort énergiquement conduite, boulée presque, privant le morceau de son ultime effet.  De Bizet, ce sera la « Farandole » extraite de la Suite N° 2 de L'Arlésienne, fière et joyeuse, parée de superbes solos instrumentaux. Mais pourquoi ne pas avoir choisi de jouer l'entière Suite ? La « Fête polonaise » extraite du Roi malgré lui d'Emmanuel Chabrier, qui ouvrait la seconde partie du concert, souffrait moins du tempo véhément adopté par le chef, vraiment festive, comme un morceau de Concert du Nouvel An. Côté chant, et en solo, la soprano Melody Louledjian, remplaçant Julie Fuchs, interpréta « Il est mon rêve », tiré de L'Amour masqué de Messager : une fort agréable pochade autour de quatre mots, ceux déclamés par une amante enthousiaste même si un peu désabusée. On admire la sûreté de la ligne de chant de l'interprète qui triompha il y peu ici même dans le rôle titre de Ciboulette, à la suite d'une certaine Julie Fuchs précisément ! On la trouvera moins à l'aise dans « Le Spectre de la Rose », un des poèmes des Nuits d'été de Berlioz. Pour ce qui est des airs de ténor, Nicky Spence, affrontant « Je me souviens... ah viens dans la forêt profonde » tiré de Lakmé, montre un talent inné pour ce répertoire délicat : timbre clair, parfaitement idoine, style racé. Ils seront réunis pour deux duos : celui de Lakmé « Lakmé c'est toi qui viens à moi », où l'on savoure là encore la manière élégante du ténor et l'intelligence de sa partenaire ; et celui des Pêcheurs de perles, « Ton cœur n'a pas compris le mien », pareillement gourmandé. Reste que ces extraits chantés illustraient à minima  l'évocation de l'opéra-comique romantique qu'on voulait honorer, et que les extraits orchestraux se révélèrent trop nombreux en comparaison.

 

 

Mais vint la troisième partie du concert. Introduite par Roselyne Bachelot, en Madame Loyale et es qualité de Présidente des festivités du tricentenaire, ce sera un hommage au maître des lieux, Jérôme Deschamps, à l'immense travail accompli tout au long de ses deux mandats, devant un auditoire qui ne demandait que cela. Car le public sait reconnaître les vraies valeurs dès lors qu'on les lui restitue avec éclat, ce que les spectacles concoctés par le patron et ses équipes durant ces années bénies ont plus que pertinemment démontré. Il le soulignera au long d'un speech ému, introduit par un clin d'œil au Gouverneur des Mousquetaires au couvent, sa parole azimutée et sa perruque désopilante, l'occasion de lancer une délicieuse « vanne » à une certaine ex ministre de la santé... La salle, enhardie par tant d'éloges, s'enflamme encore d'un degré. Rarement aura-on assisté à pareil triomphe fait à un directeur de théâtre. Une « surprise » devait couronner le tout : la « Barcarolle » des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach, chantée par les deux solistes, des membres de l'Académie maison… et le public dûment averti par le programme de salle, tandis qu'une pluie de flèches en papier zébrait le théâtre avant de s'abattre sur le plateau en direction du valeureux pilote. Ovations sans fin. Justement méritées à l'endroit de Jérôme Deschamps qui aura marqué d'une empreinte indélébile la maison, « sa maison », et nous aura laissé tant de souvenirs heureux ! 

 

Jean-Pierre Robert