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Catégorie : Opéras

 

Gaetano DONIZETTI : Lucia di Lammermoor.  Opéra en trois actes. Livret de Salvatore Cammarano d'après La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott.  Diana Damrau, Piero Pretti, Gabriele Viviani, Nicolas Testé, Francesco Marsiglia, Daniela Valdenassi, Luca Casalin. Orchestre Teatro Regio Torino & Chœur Teatro Regio Torino, dir. Gianandrea Noseda. Version de concert au Théâtre des Champs- Elysées.  Il  est des soirées qui restent dans les mémoires. Celle qui nous fut offerte au Théâtre des Champs-Elysées pour cette version de concert de Lucia di Lammermoor en fera sans aucun doute partie. Un opéra, le trente sixième de Donizetti, considéré comme l'archétype de l'opéra dramatique romantique s'inscrivant dans la tradition du bel canto rossinien finissant, métamorphosé et enrichi par la modernité de la théâtralité et de l'écriture vocale du compositeur bergamasque.

Une théâtralité s'appuyant sur l'amour incandescent, la mort et la folie et une modernité vocale qui annonce Verdi, notamment dans les parties vocales masculines alors que l'héroïne féminine, bien que nimbée dans une coloratura protectrice, inaugure l'ère du soprano dramatique d'agilité. Une caractérisation vocale des plus exigeantes nécessitant une époustouflante perfection vocale tout autant qu'un vocabulaire en demi teintes soulignant la profondeur dramatique du rôle. Un emploi particulièrement difficile, on l'aura compris, ne se laissant apprivoiser que par les plus grandes comme Sutherland, Callas et aujourd'hui Diana Damrau. Directement importée du Teatro Regio de Turin, cette version de concert consacra à Paris assurément la soprano allemande dans ce rôle. Perfection vocale, souplesse de la ligne, clarté des vocalises, rondeurs du timbre, engagement scénique, rien ne saurait manquer à cette interprétation d'anthologie. Si la scène de la folie du troisième acte « Il dolce sono – Ardon gli incensi » constitue pour certains le sommet de  cette interprétation, c'est également dans le legato sublime et la tendresse juvénile de la cavatine du premier acte « Regnava nel silenzio » qu'on appréciera la qualité du chant, tout autant que dans les nombreux ensembles de la partition, comme les duos multiples avec Elgardo « Sulla tomba » et « Verrano a te »  et le célèbre sextuor du deuxième acte « Chi mi frena in tal momento ». Coté masculin, la distribution ne  fut pas en reste. Gabriele Viviani (Enrico) tout en noirceur, d'une fureur parfois effrayante, autoritaire et brutal dans son premier air «  Cruda  funesta smania », nous parut plus nuancé, capable de nous émouvoir dans son duo « Il pallor funesto ». Piero Pretti (Elgardo), verdien avant l'heure, au timbre lumineux eut également son moment de gloire lors de la scène finale « Fra poco ame ». Nicolas Testé (Raimondo) resta plus réservé, conformément à son rôle. Francesco Marsiglia (Arturo), ténor lyrique au timbre léger souligna la lointaine filiation rossinienne. Gianandrea Noseda, très engagé, grondant, chantant, dansant, sautant, conformément à ses habitudes, dirigea sa phalange d'une main ferme vigoureuse, parfois à la limite de la brutalité, accentuant tous les contrastes de la partition pour valoriser une narration passant avec une extrême facilité du drame à la badinerie. L'Orchestre du Teatro Regio Torino et le Chœur se montrèrent excellents de bout en bout avec une mention particulière pour le pupitre des cors, la petite harmonie et l'harmonica de verre. Plusieurs rappels et une très longue standing ovation finale récompensèrent cette magnifique prestation.