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Catégorie : Opéras

Gaspare SPONTINI : Olympie. Tragédie lyrique en trois actes. Livret d'Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d'après la pièce éponyme de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. Chœur de la Radio flamande. Le Cercle de l'Harmonie, dir. Jérémie Rhorer. Version de concert au Théâtre des Champs-Elysées.    Pour l'inauguration de son quatrième Festival à Paris, le Palazzetto Bru Zane, en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées, donnait Olympie de Gaspare Spontini (1774-1851). Celui dont on ne connait bien, semble-t- il, que La Vestale, commit pourtant une vingtaine d'autres ouvrages pour la scène, comme Fernand Cortez (1809), commande de Napoléon, ou Agnès von Hauhenstanden (1829). Olympie a été créé en 1819 à l'Académie royale de musique de Paris, puis remanié

deux fois : l'une pour permettre un version en allemand, grâce à une traduction de E.T.A. Hoffmann (1821), l'autre, en français (1826), doté d'un lieto fine qui n'existait pas à l'origine. Depuis lors l'ouvrage a sombré dans l'oubli, si ce n'est une production à La Scala en 1966. Aussi l'occasion était-elle remarquable de pouvoir entendre un opéra qui enthousiasma Berlioz qui y voyait « l'une des plus splendides partitions de Spontini, celle même qu'il affectionnait davantage » (27 novembre 1851). C'est que cet opéra, inspiré de la pièce de Voltaire (1761), moyennant adaptations sensibles, ne manque pas d'attraits même si le premier contact est quelque peu déconcertant. En bon élève de Piccini ou de Cimarosa, mais en musicien bien de son temps, Spontini tente d'unir ici tragédie lyrique classique issue de Gluck et tradition opératique italienne. Mais à la différence de La Vestale, Olympie forge un langage particulier, peut-être marqué par la petite musique de la tragédie éponyme de Voltaire (1761). Et son sujet à la fois héroïque et lyrique : l'union impossible d'Olympie, fille d'Alexandre le Grand et de Cassandre, meurtrier présumé de son père. À la flamboyance de certaines pages telles que l'Ouverture ou les grands finales des actes 1 et 2, fait pendant une trame éminemment lyrique. Plus : les enchainements, pour certains insolites, imbriquent les deux genres. Ainsi du passage sans solution de continuité du premier chœur à l'air de la basse. Ces enchainements créent des associations inhabituelles : le premier air de Cassandre (ténor) « Oh souvenir épouvantable », est enchâssé entre deux duos (avec Antigone-baryton). Autre exemple : au début du II ème acte, l'air de la prêtresse Statira, qui s'avèrera être la veuve d'Alexandre, est entrecoupé de courtes interventions du grand prêtre L'Hiérophante (basse) puis du chœur. On trouve ainsi là le procédé de la scena, très nouveau et moderne pour l'époque, qui annonce déjà les grands romantiques dont Weber, plus que les italiens comme Rossini. La musique offre des harmonies curieuses, ce que l'interprétation sur instruments anciens renforce : ainsi d'une extrême mouvance mélodique au fil de séquences courtes qui outre qu'elle mêlent les veines héroïque et élégiaques, déploient une instrumentation fort originale, des bois en particulier (par deux pour flûtes et hautbois, par trois s'agissant des clarinettes et des bassons) mais aussi des cuivres (trombones, cors, et ophicléides dont c'est une des premières apparitions dans le paysage musical français, donc bien avant Berlioz). On n'en finirait pas de citer les inventions dont Spontini truffe son opéra. Qui possède un indéniable ressort dramatique, à partir du moment où intervient, au Ier acte, le personnage de Statira, comme les renversements de situations, sans parler de morceaux d'une charge de passion étonnante tel le duo-confrontation Olympie-Statira  au IIème acte, débuté sur un accompagnement des seules cordes.

 

L'interprétation qu'en donne Jérémie Rhorer et son Cercle de l'Harmonie ne mérite que des éloges : mouvement allègre boustant au besoin les climats de cette vaste fresque, qui pourtant ne sonne pas grandiloquente ; comme ce duo Olympie-Cassandre à l'acte III, qui par son tempo alerte, fait presque mentir le texte désespéré que chantent des deux protagonistes en proie aux tourments de la passion contrariée ; force communicative des tempos lorsqu'il le faut, en particulier pour les finales qui ménagent les effets de répétition ou le procédé du crescendo monté par paliers successifs avec élargissement de la dynamique, préfigurant ceux de Rossini. Soin enfin apporté à l'instrumentation et ferveur de la mélodie. Les Chœurs de la Radio flamande distillent un excellent français. La distribution défend la pièce avec foi, ce qui n'est sans doute pas aisé faute d'accoutumance à cet idiome, et nul doute délicat à contrôler car les points de comparaison manquent. De l'héroïne, Karina Gauvin dresse un portrait tour à tour altier et ému et le soprano se déploie avec aisance, qui culmine dans le l'air « O saintes lois de la nature », modèle de ligne épurée. Kate Aldrich trace de la prêtresse Statira une figure grandiose, de sa voix de mezzo soprano fort bien timbrée et conduite ; qui fait penser à Anna Caterina Antonacci. Remplaçant Charles Castronovo, Mathias Vidal offre sans doute un timbre de ténor bien différent : point de brillance italienne, un timbre plus mat. Pas moins investi cependant dans ses répliques rageuses. Si la voix n'est pas large, du moins le style est au rendez vous. Le baryton Josef Wagner, Antigone, et la basse Patrick Bolleire L'Hiérophante, complètent un cast sans faille. Une bien intéressante découverte qu'on devrait pouvoir encore peaufiner plus avant à l'écoute du disque qui en a été confectionné live.