Oberto.  Opéra de Giuseppe Verdi en deux actes (1839), sur un livret d’Antonio Piazza & Temistocle Solera.  Orchestre national de France, Chœur de Radio France, dir. Carlo Rizzi.  Michele Pertusi (Oberto), Maria Guleghina (Leonora), Ekaterina Gubanova (Cuniza), Valter Borin (Riccardo), Sophie Pondjiclis (Imelda).Premier opéra véritable  de Giuseppe Verdi, créé au Théâtre de La Scala, à Milan, le 17 novembre 1839, établi à partir de plusieurs ébauches (Rocester et Lord Hamilton), Oberto, conte di San Bonifacio est un opéra intéressant car contenant en germe tout le génie verdien.  Une musique en devenir  qui s’éloigne des ornementations du « Bel Canto » sans parvenir, encore, à atteindre le dramatisme  de la maturité. Un opéra se présentant surtout comme une succession d’airs.  Compte tenu de l’indigence du livret, l’accent est mis sur le caractère transitionnel de la musique et la primauté des voix.

 

 

 

 

 

Maria Guleghina ©DR

 

 

 

 

 

Au plan musical, le « National »  plein d’allant, dirigé par Carlo Rizzi, grand chef d’opéra, donna entière satisfaction, tout comme la distribution vocale, à l’exception de Valter Borin, remplaçant au pied levé Fabio Sartori souffrant.  S’il faut lui reconnaître le mérite de ce remplacement inopiné, force est de constater que son Riccardo constituait le maillon faible d’une distribution vocale de haut vol, timbre nasal dans le « médium », aigus forcés, souvent décalé par rapport à l’orchestre, parfois à la limite de la justesse.  En revanche Maria Guleghina, avec son timbre rond et son superbe legato, campa une très honorable Leonora malgré quelques suraigus hasardeux et une faiblesse dans le grave.  Ekaterina Gubanova, puissante, donna au personnage de Cuniza, une stature assez réservée, voire distante, par son timbre sombre, profond, un peu voilé.  Michel Pertusi, dans le rôle-titre, fut le seul à associer, dans un même élan, qualité du chant et présence scénique.  Enfin, une mention particulière pour Sophie Podjiclis qui, en quelques répliques, sut nous séduire par la beauté et la maturité de sa voix.  Restent de cet opéra de jeunesse quelques beaux moments qui laissent présager du Verdi futur comme le duo  (Oberto/Leonora) et le trio du Ier acte, le quatuor du IIe. 

 

 

 

 

Ekaterina Gubanova ©DR

 

 

 

 

 

Ovation assez limitée de la salle, s’expliquant par la faiblesse certaine de l’œuvre, mais aussi par l’absence de mise en situation et d’engagement de la majorité des acteurs, ce qu’on peut regretter.  Un soupir bien malheureux de Guleghina, en fin de représentation, résumait assez bien l’ambiance de la salle…

 

Patrice Imbaud.