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Catégorie : Opéras

Marco MARAZZOLI & Virgilio MAZZOCCHI : L'Egisto.  Opéra en un prologue et trois actes.  Livret de Giulio Rospigliosi.  Les Paladins, dir. Jerôme Corréas.  Mise en scène : Jean-Denis Monory.Que voilà une pièce bien singulière ! On découvre chaque jour que les origines de l'opéra remontent bien en amont de Monteverdi.  Hier on se pâmait devant La Didone de Cavalli.  Voilà qu'une autre pièce revoit le jour, de Marazzoli et Mazzocchi.  L'Egisto est un imbroglio musico-dramatique des plus fous, conçu par des gens qui voulaient avant tout divertir le public.

 C'est à Mazarin, fin lettré, qu'on doit son  introduction à la cour de France en 1645.  Le choix est alors autant artistique que politique car le cardinal peut, avec ce livret haut en couleurs, se livrer à quelques allusions contemporaines bien choisies.  Mais aussi, grâce à l'allégorie du sacrifice qui seul permet d'accéder à la Vertu, asseoir une morale à toute épreuve pour tout un chacun.  La pièce ne porte-t-elle pas le sous-titre « Que celui qui souffre espère ».  Elle s'inspire du Décaméron de Boccace.  Un marivaudage sans prétention dramatique, mais qui offre un divertissement relevé, mêlant commedia dell'arte et prose lyrique, théâtre et intermèdes dansés.  Mais aussi un parlé-chanté très sophistiqué et le stile concitato dans lequel vont bientôt s'illustrer Cavalli et Monteverdi.  Ici le parler en musique domine dans le souci de coller à l'idiome italien, en dialecte napolitain et en bergamasque.  Ce qui vaut de savoureux échanges entre des personnages qui ne demandent pas d'épaisseur pour exister mais de la faconde.  Le spectacle donné à l'Athénée est d'une fantaisie débridée, sans cesse renouvelée, qui ne verse jamais dans la facilité.  On y dénombre des morceaux d'anthologie, tel ce dialogue rageur entre une mégère et sa fille, rêveuse invétérée.  On pense aux échanges, d'un comique désarmant à force d'être appuyé, des femmes dans Il Campiello de Goldoni, jadis croquée par Strehler.  De même la Foire de Farfa fait figure de morceau de bravoure des plus endiablés, figurant le marché des Barberini à Rome.  Le mélange du théâtre de tréteaux et de la plus pure commedia dell'arte fait le plaisir des yeux autant que des oreilles.  Car la mise en scène de Jean-Denis Monory est habile et percutante.  Le Piccolo Teatro milanais n'est pas loin, c'est le meilleur des compliments qu'on puisse lui faire.  Tout cela est servi par une troupe d'acteurs-chanteurs-danseurs qui s'en donnent à cœur joie.  Et par une exécution musicale inspirée.  Jérôme Correas, qui se fait une spécialité de ce répertoire, et sa dizaine de musiciens empoignent cette musique un peu échevelée mais diablement séduisante.  Le style comme improvisé, le passage du parler au chanter, le souci de fleurir le texte soit d'intonations hyperboliques, soit de belles envolées lyriques, offrent dans leur absolue emphase quelque chose de vrai.  Et d'irrésistible malgré l'exagération.