Une sulfureuse et superbe Médée au Théâtre des Champs-Elysées.

 

Luigi Cherubini : Médée. Opéra en trois actes. Livret de François-Benoit Hoffman. Nadja Michael, John Tessier, Elodie Kimmel, Vincent Le Texier, Varduhi Abrahamyan, Ekaterina Isachenko, Anne-Fleur Inizan. Chœur de Radio France. Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski.

                  « J’atteins au meurtre comme à une accalmie… » Marguerite Duras.Une sulfureuse et superbe Médée que celle de Luigi Cherubini (1760-1842), donnée au TCE, dans la mise en scène de Krysztof Warlikowski, pour conclure en beauté la trilogie lyrique consacrée, par le théâtre de l’avenue Montaigne, au célèbre mythe d’Euripide. Un opéra chargé des influences de Gluck, Mozart, et Rameau, qui endosse les habits romantiques, en une synthèse des styles passés, et anticipe aussi un art à venir, une admirable partition reconnue par Weber, Beethoven, Brahms, Wagner.

Elle annonce Berlioz, voire Debussy, notamment dans le prélude du deuxième acte. Un opéra romantique où le pathos ne s’étale pas, mais où le climat psychologique se fait de plus en plus prégnant, nous entraînant dans un drame humain, de passion amoureuse, de vengeance et d'infanticide, renouvelant en cela la purgation des passions de la tragédie grecque. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La psychanalyse a désormais reconnu le « complexe de Médée ». L’existence de l’enfant ne prend son sens que par rapport au couple des parents, car l’enfant représente l’incarnation du désir parental. La disparition de ce désir partagé entraîne, de fait, la négation de l’enfant, pouvant conduire à l’infanticide, équivalent de la castration du père. Cette thématique éternelle est rendue avec pertinence par la mise en scène, un rien provocatrice, mais parfaitement cohérente et efficace, de Warlikovski : une transposition contemporaine de l’action dramatique, une réécriture assez crue des dialogues parlés, remplaçant, avec bonheur, les alexandrins originaux ;  une façon intelligente d’introduire du réel, et de redonner vie à l’histoire de Médée, en nous impliquant directement dans notre quotidien. Une scénographie, certes minimaliste, mais réussie au plan esthétique, avec de beaux éclairages et jeux de miroir. Cette magnifique partition est admirablement servie par Christophe Rousset et ses Talens lyriques, toute en nuances, suivant la dramaturgie. La distribution vocale est dominée par l’extraordinaire soprano allemande, Nadja Michael, dans le rôle titre, puissance, tessiture étendue, présence scénique, toutes qualités dignes de ses illustres aînées, parmi lesquelles il convient de citer Maria Callas, qui reprit le rôle en 1953,  au Maggio Musicale de Florence, avec le succès que l’on sait. Ajoutons au chapitre des félicitations l’excellent Vincent Le Texier (Créon), et à celui des encouragements John Tessier (Jason), dont on regrettera le timbre un peu nasal, et Elodie Kimmel (Dircé), à la vocalité légèrement agressive. Une belle façon de conclure cette intéressante trilogie ! Un DVD est disponible, saisi à La Monnaie de Bruxelles, pour ceux qui n’ont pu assister à ce superbe spectacle (BelAir classiques).

 

 

 
© Vincent Pontet- WikiSpectacle.