Dans le cadre du « festival » entourant la production de David et Jonathas, l'Opéra-Comique présentait une soirée intitulée « Musiques pour Molière », déjà offerte au Festival de La Chabotterie (cf. photo ci-dessus). Après la brouille intervenue avec Lully, mettant fin à une fructueuse collaboration, qui a donné naissance au genre de la comédie-ballet, tel Le Bourgeois gentilhomme, Molière se tourne vers Marc-Antoine Charpentier. Au sommet de son art, le grand dramaturge allait travailler avec un jeune musicien d'à peine trente, qui n'était alors connu que par sa musique sacrée.

Mais Charpentier était passionné de théâtre. Il saura affronter Lully et ses édits. Et offrir aux Comédiens français de somptueux intermèdes et ouvertures, pendant une bonne décennie. Hugo Reyne, chef de la Simphonie du Marais, a eu l'idée de réunir quelques-uns de ces titres en un concert, mis en espace, présenté et commenté par ses soins. L'homme a de l'esprit tout autant qu'il est un remarquable flûtiste. Autour de lui, six collègues, deux violons, un alto, une basse de violon, un archiluth et un clavecin. Autrement dit, une formation restreinte, telle que celle fonctionnant à l'époque. Car Charpentier en était réduit à jouer avec seulement une poignée de musiciens, du fait de la vindicte de Lully qui n'avait de cesse d'obtenir du Roi une réduction, de plus en plus drastique, des effectifs alloués aux autres. Mais cela ne gêne guère la façon de jouer ces musiques délicates et vives. On commença par un hommage posthume à Molière, avec Orphée descendant aux enfers, belle cantate, pas triste malgré les circonstances de sa création. Suivaient l'Ouverture et deux intermèdes du Dépit amoureux, avec extraits chantés et parlés empruntés à la pièce, puis l'Ouverture de La Comtesse d'Escarbagnas, dans une version remaniée, par rapport à la musique naguère écrite par Lully. Il en sera de même pour celle du Mariage forcé, dont Reyne donnait les «  intermèdes nouveaux », en particulier un hilarant trio grotesque « Amants aux cheveux gris », chanté par ce fou de Sganarelle, qui la cinquantaine passée, ose convoiter le beau sexe, ou la fameuse bastonnade ; le tout couronné d'un finale titré « Ô, la belle symphonie! ». On entendra encore quelques morceaux choisis du Malade imaginaire, création, cette fois, de l'auteur de David et Jonathas, dont l'air des Archers, et la sérénade italienne, qui n'a rien à envier à quelque maître italien. Et enfin des morceaux choisis de la comédie Le Sicilien, dont Charpentier travaillera à la reprise après la mort de Molière. Avec Reyne et ses complices, on entend un Molière baigné de musique, et un Charpentier fier de son talent dramatique. Ce que démontrent les trois comédiens-chanteurs, et leur solide faconde. Au beau milieu de ces musiques dédiées à Molière, Hugo Reyne ne résiste pas au plaisir de la plaisanterie musicale, et offre un intermède d'une toute autre veine. Le beau janvier obligeant, il trousse une brève réplique du concert du Nouvel An, transporté chez quelque ami baroque français : une mini Marche de Radetsky, que la salle s'empresse derechef de scander des deux mains, comme à Vienne, suivi d'un « trio des peluches » (sic), singeant la gimmick de l'édition viennoise 2013, du chef Welser-Möst distribuant oursons et chatons à ses Viennois de musiciens. A ceci près que la chose avait bien plus d'esprit salle Favart !