Marc-Antoine CHARPENTIER : David et Jonathas. Tragédie Biblique en cinq actes et un prologue. Livret du Père François de Paule Bretonneau. Pascal Charbonneau, Ana Quintans, Arnaud Richard, Frédéric Caton, Krešimir Špicer, Dominique Visse, Pierre Bessière. Les Arts Florissants, dir. William Christie. Mise en scène : Andreas Homoki. La reprise, à l'Opéra-Comique, de David et Jonathas confirme l'excellence de la production vue à Aix-en- Provence, l'été dernier (cf. NL de 09/2012), co produite par les deux maisons, et le Théâtre de Caen.

Elle l'amplifie même, car dans ce cocon acoustique qu'est la salle Favart, la musique de Charpentier respire mieux. Chère à son cœur, elle trouve chez William Christie ampleur et chaleur. C'est un plaisir de le voir peaufiner ces phrases emplies de douceur, suaves même, aborder ces transitions brusques, fortes de contrastes dynamiques, magnifier les rythmes incisifs. L'orchestre de Charpentier est riche, développant, selon le chef, « un langage à la fois plus personnel et cosmopolite » que celui de Lully, auquel on le compare, du fait de leur proximité historique. Un orchestre moyennement fourni dans les cordes, où les bois jouent un rôle décisif, les quatre flûtes, en particulier, deux traversières, deux flûtes à bec, pour des traits saisissants. L'effusion mélodique, un brin italianisante, ajoute une finesse extrême, soutenant agréablement le chant, car Charpentier possède « un sens exquis du texte ». L'ensemble des Arts Florissants en restitue idéalement toutes les facettes. Le maestro leur laissera même la bride sur le cou dans les interventions du continuo. Mais il ne lâche pas des yeux ses chers choristes, dont chacun est un soliste à part entière, au point que plusieurs d'entre eux interprètent des rôles épisodiques. L'œuvre, sortie de son caractère hybride originel, le texte de la tragédie latine, qui lui était accolé, ayant été perdu, trouve dans cette interprétation un continuum musical calqué sur la dramaturgie./ Elle ne comprend en effet que les seules parties musicales, le texte de la tragédie latine qui lui était à l'origine accolé, ayant été perdu/. Elle n'en est que plus resserrée. Dans la présente production, la musique fait fonction d'élément unificateur : la continuité entre les scènes est assurée par la symphonie. La régie conçue par Andreas Homoki enserre les diverses péripéties de l'action dans un cadre, lui-même en constante mutation : une succession de courts tableaux qui s'effacent dans le déroulement musical proprement dit, certains utilisés tels des flash back.

 

 

 


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Elle est plus percutante qu'à Aix. On a adapté, en le façonnant aux dimensions plus restreintes du plateau de Favart, le dispositif en forme de boîte de bois, imaginé par Homoki. L'impression de dilatation de l'espace prend toute sa signification, enserrant ou libérant les personnages, dans un champ claquemuré ou au contraire élargi. Homoki voit dans cette œuvre un drame psychologique, une tragédie familiale, un conflit dû à l'incapacité de Saül à surmonter sa jalousie envers David. Il transporte l'action dans quelque contrée méditerranéenne, baignée de lumière chaude. Même si l'horizon reste limité, dans une sorte d'enfermement, on perçoit des échappées vers l'extérieur. Sa mise en scène, d'une intelligence pointue, décortique l'interaction entre les deux héros, bien sûr, mais aussi entre ceux qui, autour d'eux, vont façonner cette destinée tragique, pourtant ancrée, pour ce qui est de David, dans le triomphe guerrier. Adulé, presque à son corps défendant, David semble refuser la gloire militaire, tout comme il dédaignera finalement la couronne royale qui lui est tendue. Il est déchiré à l'idée de perdre un ami. Jonathas désespère de voir ne pas perdurer une amitié profonde. La dramaturgie est émaillée de moments de vrai théâtre : les retrouvailles des deux amis, qui se cherchent dans un jeu de colin-maillard, le dialogue crispé opposant Saül et Achis. On encore la scène de la Pythonisse, objet du Prologue, mais placée au milieu de la pièce : celle-ci évolue au milieu d'une cohorte de ses semblables, en un affolant va et vient, à travers trois pièces en enfilades. Une vision hardie, combien accomplie esthétiquement. Mais aussi la scène des adieux de David à Jonathas. Comment interpréter les rapports unissant les deux amis ? Que n'en a-t-on pas dit et fait l'exégèse ? Au XVII ème siècle, chez les jésuites qui plus est, une relation d'ordre érotique était impensable, et il est vain de vouloir reporter sur cette époque le ressenti de la nôtre. David est intègre et son amitié pour Jonathas est pure, idéale. Comme le souligne Régis Courtray, dans son ouvrage « David et Jonathas histoire d'un mythe » (Editions Beauchesne), aux termes d'une analyse fouillée des textes latins, « tout le contexte ici est poétique et théologique, et non érotique ; ce serait donc forcer les textes que de parler d'homosexualité ». L'attrait éprouvé par chacun envers l'autre, qui va jusqu'à l'élégie et les pleurs, doit être vu comme un modèle d'amitié vertueuse. L'option, assumée par Christie, de distribuer le rôle de Jonathas à une chanteuse, participe de cette analyse, et s'avère plausible ; outre le fait que l'assemblage vocal paraît homogène. Celle-ci, Anna Quintans, est d'une totale crédibilité, et son soprano, inextinguible, domine presque les débats. Pascal Charbonneau, David, renouvelle sa performance aixoise. Si les premiers moments restent précautionneux, la voix claire de ténor aigu épouse le chant de Charpentier, souvent délicat, en voix de tête notamment, comme la fragilité du jeune homme. Surtout, la juvénilité des deux personnages prend son exact relief, tandis qu'ils usent de ce que Christie appelle « l'extraordinaire sophistication du texte chanté ». La régie porte aussi l'emphase sur des interjections quasi parlées, pour renforcer l'impact dramatique. Les basses, le remarquable Arnaud Richard, Saül, le sonore Frédéric Caton, Achis, livrent un chant impressionnant. Krešimir Špicer prête à Joabel de vrais accents de dépit, et une prestation vocale assurée.  Dominique Visse renouvelle ses