Jacques OFFENBACH : Croquefer ou le dernier de paladins. Opérette bouffe en un acte. Livret de Adolphe Jaime et Étienne Tréfeu. L'île de Tulipatan. Opéra bouffe en un acte. Livret de Alfred Duru et Henri Chivot. Flannan Obé, Emmanuelle Goizé, Loïc Boissier, Lara Neumann, François Rouguier, Olivier Hernandez. Compagnie Les Brigands, dir. Christophe Grapperon. Mise en scène : Jean-Philippe Salério.Les Brigands ont encore frappé, et l'Athénée n'est qu'un immense éclat de rire. On donne un « double bill » effarant de drôlerie, puisé dans le vaste fond de l'auteur de La Belle Hélène. Celui-ci n'a pas son pareil pour trousser en un acte une intrigue déjantée, où l'anachronisme le cède à l'invraisemblable.

Ainsi de l'histoire moyenâgeuse tarabiscotée de Croquefer (1857), qui met aux prises un matamore de salon, bardé de son écuyer Boutefeu, et leur ennemi Mousse-à-Mort, dont la fille est courtisée par Ramasse-ta-tête, un fidèle du premier. La bouffonnerie est si délirante qu'on a pu demander « grâce pour tant d'absurdités » ! Une scène d'empoisonnement collectif aura raison des ardeurs belliqueuses de tout un chacun : les embarras digestifs, à peine figurés, entraîneront tout le monde à terre, dans la position qu'on imagine ! Cela a du piquant, en particulier lors d'un endiablé « galop du postillon ». Les six gars et filles des Brigands se dépensent sans compter. Et si on reste, par moments, un peu à la surface des choses, la faute en revient, sans doute, à la minceur de la trame. En tout cas, l'immense miroir, disposé de biais, autorise d'amusants effets, les personnages, souvent vautrés au sol, apparaissant en pied, grâce à cet artifice visuel. Mais ce n'est rien à côté de la seconde pochade, L'île de Tulipatan. Quelques dix ans ont passé, et Offenbach, au faîte de la gloire, se prépare offrir La Périchole. Le schéma est plus rôdé, le quiproquo plus dévastateur, l'apologie du non-sens réjouissant à son meilleur : un chassé-croisé inter sexes, où une jeune fille, garçon manqué, en réalité le vrai fils du monarque Cacatois XXII, courtise un garçon si efféminé et timide, qu'il se révèle être la douce mais pas farouche fille du grand sénéchal de la cour... Un triomphe de la gente féminine, audacieuse pour l'époque, et une utilisation du travesti dans un sens inattendu ! Au-delà de l'incongruité des situations, c'est la banalité des faits et gestes de tous les jours, montés en épingle, qui déchaîne l'hilarité. Au fil de quelques morceaux d'anthologie, tels les « couplets du canard », et leurs désopilants « coins coins », en forme de refrain. Le formidable bagout des interprètes, dont Flannan Obé, dans la fille-garçon Hermosa, ou Lara Neumann, Théodorine, l'homérique maman jouant à merveille de son physique enveloppé, ne laisse pas de marbre. La régie de Philippe Salério est habile, plus resserrée ici, à travers cet incessant jeu de retournement, pas si innocent que cela. Les neuf musiciens, conduits prestement par Christophe Grapperon, démontrent que la musique d'Offenbach ne perd pas une once de son mordant, bien au contraire, exécutée de manière chambriste.    

 

 


© Claire Besse