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Catégorie : Opéras

Engelbert HUMPERDINCK : Hänsel et Gretel. Opéra romantique en trois actes. Livret de Adelheid Wette, d'après le conte homonyme des frères Grimm. Eléonore Pancrazi, Charlotte Plasse, Paul-Alexandre Dubois, Anne Rodier, Christophe Crapez, Claire Lairy. Maîtrise des Hauts-de-seine. Ensemble Musica Nigella, dir. Akénori Némoto. Mise en scène : Mireille Larroche. Nouveau titre, nouvelle aventure, Hänsel et Gretel n'est-il pas un choix naturel pour La Péniche Opéra, qui aime tant faire voguer nos imaginations ? Un conte où une  ogresse gave les enfants de pain d'épice, comme la télé gave nos cerveaux addictifs, pour mieux les dévorer. Plus qu'un programme, une réalité !

Cet après-midi du 23 décembre, devant un auditoire remuant de jeunes pousses, on donnait la version française de l'opéra de Humperdinck. La proximité de l'histoire n'en est que plus évidente, illustrant le second degré d'un conte aussi drôle qu'effrayant : « des enfants insupportables, enfermés dans un espace trop petit », nous dit Mireille Larroche, « des adultes qui hurlent leur misère (un peu trop bruyamment cependant, du point de vue vocal), une forêt rendue stérile par une société qui n'a plus aucun respect de la nature, proche du terrain vague, habitée par une sorcière anthropophage qui règne sur un fast food de friandises ». On est près de la vision iconoclaste d'un Laurent Pelly à Glyndebourne. Mireille Larroche dit s'être inspirée du style graffiteur percutant de Basquiat, apte à « véhiculer un message spontané, à la fois enfantin et effroyablement sérieux ». A deux pas de la ville, qui s'éveille, durant l'Ouverture musicale, pour se refermer sur un intérieur étriqué, où rien ne manque de la médiocrité d'une famille de laissés pour compte, pas même le frigo, désormais vide de victuailles. Les deux gamins, fort bien appareillés, sont on ne peut plus hystériques. On les retrouve dans la forêt aux couleurs bariolées, traversée de visions oniriques, telles le marchand de sable, ou le la fée aux cheveux bleus, robe à panier transparent. Andersen revient à lui, et le surgissement d'une collection de petits Hänsel et d'adorables Gretel nous montre que le rêve n'est pas loin. Mais voilà la maison de pain d'épice, au détour d'une allée : alors le fantastique grinçant reprend ses droits. Comme Pelly, Larroche la voit telle une montagne de friandises. Celles-ci entourent un écran de télé, qui projette un visage androgyne de femme aux cheveux blondasses, costume ajusté.  Aguichante ou ensorcelante. A voir ! Les futaies alentour se font sucres d'orge scintillants comme des néons coloriés. Les deux loustics emmènent en caddy des lots de sucettes et autres sachets de gâteaux. La charge est sévère, entre fantasme et angoisse, quoique pas si féroce que cela, tous comptes faits. La poésie du conte triomphera dans le happy end joyeux d'une ronde enfantine. Cette approche créative se satisfait parfaitement de la transcription musicale : une habile réduction, opérée et dirigée par Takénori Némoto, pour une formation d'une dizaine de musiciens, dont trois bois (superbes de gracilité lors du passage du coucou/marchand de sable), et quatre cordes enjouées et épicées. Tout cela fonctionne de main de maître, les scènes parfaitement enchaînées mêlant illustratif et figuré, vérisme cru et fin clin d'œil. La troupe se dépense sans compter, dont les deux protagonistes, auxquels il n'est pas difficile de prédire un bel avenir. La salle est conquise, nous aussi ! 

 


© Mathilde Michel