Gaetano DONIZETTI : La Favorite (version originale en français). Opéra en quatre actes. Livret d’Alphonse Royer et de Gustave Vaëz. Alice Coote, Marc Laho, Ludovic Tézier, Carlo Colombara, Loïc Félix, Judith Gauthier. Chœur de Radio France. Orchestre National de France, dir. Paolo Arrivabeni. Mise en scène : Valérie Nègre. Scénographie: Andrea Blum.La reprise de La Favorite, de Donizetti (1797-1848), tant attendue, car absente des scènes parisiennes depuis si longtemps, devait constituer un des évènement phares de l'année du centenaire du Théâtre des Champs-Elysées. Or, cette nouvelle production a été marquée, dès le début, par des aléas dans la programmation (remplacement de Rita de Letteriis, metteur en scène initialement prévu, comme de Celso Albelo dans le rôle de Fernand, sans parler des viroses hivernales n’épargnant pas plus les chanteurs que le commun des mortels…). Bref, cela commençait mal. Mais, notre espoir ne faiblissait pas !

 

 

 

 


La Favorite © Vincent Pontet/WikiSpectacle.

 

 

 

L'œuvre, créée à Paris en 1840, en français, lors du séjour parisien du compositeur, connaîtra près de 700 représentations à l’Opéra, jusqu’en 1918, avant de disparaitre des scènes parisiennes jusqu’en 1991, où elle fut reprise à l’Opéra Comique. L'œuvre est originale, mêlant, adroitement, bel canto par sa ligne de chant magnifique, mais sans les ornementations habituelles du genre, et grand opéra français, dans la lignée d’Halévy ou de Meyerbeer, par la langue d’abord, mais également par la dimension historique, l’effectif orchestral et la structure en 4 actes avec ballet (absent dans cette représentation). Un opéra de Donizetti de la maturité, s’inscrivant dans la lignée de Rossini. Malheureusement, la déception  fut à la hauteur de l'attente, la faute en incombant, surtout, à l’indigence de la mise en scène. Si Valérie Nègre a travaillé avec les plus grands, en particulier Patrice Chéreau, elle n’a, à l’évidence, pas su en retenir les leçons ! Sa mise en scène est d’une platitude affligeante, n’exploitant aucune des facettes politico-religieuses fournies par le livret, qui font toute la particularité de cette version française de 1840, par rapport à la version italienne de 1842, expurgée pour cause de censure. Une direction d'acteurs réduite, où ceux-ci errent sans but apparent, et parfois surjouent sur l’immense plateau vide. Une incapacité à animer les masses chorales. Ce que n'arrange pas une scénographie indigente, elle aussi réduite à quelques décors hideux (rochers en plastique, mobilier de pacotille…), censés reproduire l’Ile de Leon ou les jardins de l’Alcazar. Dans ce qui est proche d'une « version de concert en costumes », les chanteurs font ce qu’ils peuvent. Mais force est de reconnaître, là encore, que malgré de beaux moments de musique, comme le duo d’amour « Oui, ta voix m’inspire », l’air d’Alphonse « Leonor, viens », l’air de Leonor « Oh ! mon Fernand », celui de Fernand « Ange si pur », et un final dramatique bien mené, la distribution est peu adaptée aux rôles. C’est finalement Marc Laho, le dernier arrivé, qui s’en tire le mieux, même s’il n’a pas le charisme nécessaire, et si son Fernand manque de crédibilité. La voix est claire, la diction impeccable, mais le jeu est étriqué, comme les aigus d’ailleurs, parfois amputés des redoutables contre ut ! Alice Coote, qui avait séduit, en février 2012, sur cette même scène, dans le rôle de Sextus (La Clémence de Titus), offrant un air « Parto, Parto » d’anthologie, n’arrive pas, aujourd’hui, à convaincre : voix trop lourde pour le rôle de Leonor, puissance agressive, mal adaptée au bel canto, ligne de chant hachée, sans legato. La tessiture est étendue, certes, mais le passage de la voix de tête à la voix de poitrine s'avère parfois houleux, et les graves sont présents, mais mal tenus. Ludovic Tézier, Alphonse, déçoit également, trop rigide dans le jeu, comme dans l'émission, manquant de nuances. Carlo Colombara, seul, tire son épingle du jeu, quoique avec une diction parfois approximative. Dans cette production, assez médiocre, retenons l’excellente prestation de Judith Gauthier (Inès), au timbre cristallin, et la bonne tenue de l’Orchestre National et des Chœurs de Radio France, parfaitement dirigés par Paolo Arriabeni. Celui-ci rend à la partition de Donizetti toute sa richesse et sa grâce. Bref, un spectacle qui ne restera pas dans les mémoires. Dommage. Espérons qu’il ne faille pas attendre encore vingt ans avant de la revoir !

 

 

 


La Favorite © Vincent Pontet/WikiSpectacle.