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Catégorie : Opéras

Le pavillon aux pivoines. Opéra classique chinois Kunqu, d'après l'œuvre de Tang Xianzu. Mis en scène et interprété par Tamasaburo Bando et la troupe de l'Opéra-Théâtre de Kunqu de Suzhou-Jangsu.

Faisant une pause dans sa saga américaine, le Châtelet propose...un opéra chinois : Le Pavillon aux Pivoines, ou du moins des extraits. Car l'œuvre originale comporte 55 actes ! Elle est, ici, condensée en trois actes et six tableaux. Elle appartient au théâtre Kunqu et a été écrite en 1598, par Tang Xianzu, écrivain de l'époque Ming. Elle est donc contemporaine de l'Orfeo de Monteverdi.

C'est l'un des types les plus importants du théâtre classique chinois, célébré tant par la beauté de sa musique que par le caractère littéraire des textes. Classé au patrimoine mondial par l'UNESCO, comme « chef d'œuvre de la tradition orale et patrimoine immatériel », c'est une pièce quasi fondamentale dans le genre de l'opéra chinois. L'histoire est celle d'une jeune femme, Du Liniang, qui rencontre en rêve un beau jeune homme sous un prunier. Ils s'unissent en songe. À son réveil, elle ne parvient pas à l'oublier. Elle se consumera et périra de solitude et de chagrin. Mais le juge des Enfers autorisera son fantôme à rechercher son aimé, et elle reviendra finalement à la vie. C'est, dans la pensée chinoise, une traduction  de la dissociation, après la mort, de l'âme supérieure et de l'âme inférieure. Le rêve et la réalité se confondent dans un univers fantastique. La musique est d'une écriture très variée, dans laquelle se détache la flûte. Le chant offre cette particularité qu'aucune mélodie ne s'y répète jamais

 


© Marie-Noëlle Robert

 

La production se signale par son esthétisme : décors et lumières de tons pastels, le rose notamment, mais aussi le vert d'eau, contribuent à définir un climat apaisé, mais pas figé, malgré le statisme du sujet. La gestuelle se vit comme au ralenti. Il s'en dégage un parfum de nostalgie à travers des attitudes d'une grande dignité, où la grâce du geste rejoint celle des postures de chacun vis à vis des autres. Le piquant est que cette mise en scène a été confiée à un japonais, spécialiste du théâtre Kabuki : Tamasaburo Bando. Celui-ci est «  trésor national vivant », distinction suprême au pays du Soleil levant. La démarche est originale, car aux dires de l'artiste, Le Pavillon aux Pivoines a inspiré une des œuvres célèbres de Kabuki. Aussi, a-t-il décidé de reprendre la trame et la musique de l'opéra chinois pour le transposer. Il souligne aussi que la musique tient un rôle primordial dans le genre du Kunqu, et s'être attelé à revoir l'aspect chorégraphique. Son interprétation, nul doute une référence, éblouit par son maintien et sa grande rigueur. Elle en impose. La petite musique, souvent très aiguë, presque perçante, de ces chants ornés devient vite ensorcelante. Ses partenaires sont à unir dans la même louange, comme les musiciens du Théâtre Kunqu de Suzhou-Jiangsu. Voici un spectacle inédit, mais de grand intérêt pour découvrir les trésors d'une culture qui ne nous est pas familière.