Félicien DAVID : Christophe Colomb ou la découverte du nouveau monde. Ode-symphonie en quatre parties. Poème de Méry, Chaubet et Sylvain Saint-Étienne. Chantal Santon-Jeffery, Julien Behr, Josef Wagner. Jean-Marie Winling, récitant. Chœur de la Radio Flamande. Les Siècles, dir. François-Xavier Roth.

 

 


François-Xavier Roth & Les Siècles  / DR

 

Félicien David (1810-1876) sort peu à peu de l'ombre, grâce à la perspicacité de la Fondation Bru Zane Centre de musique romantique française. Après des exécutions de concert de son Ode-symphonie Le Désert et de ses opéras Herculanum, et Le Saphir, voici qu'est présenté Christophe Colomb ou la découverte du nouveau monde, dans le superbe écrin de l'Opéra Royal du château de Versailles. Écrite en 1847, l'œuvre marque l'aboutissement chez le musicien du genre de l'Ode-symphonie, mêlant oratorio et mélodrame. Le récitant y occupe en effet un rôle déterminant, plus qu'un simple narrateur, mais intervenant pour commenter l'action à des moments clés et renforcer l'aspect descriptif de l'environnement. Ses quatre parties composent  une succession de tableaux indépendants : « Le départ » marque l'adieu et la prière, « La nuit des tropiques », les mystères de la mer, « La révolte », les affres du découragement de marins s'enfonçant dans la mutinerie, enfin « Le nouveau monde » l'arrivée en rive féconde, destination tant attendue. L'œuvre s'inscrit aussi dans l'héritage du mouvement Saint Simonien dont Félicien David fut le compositeur officiel en 1831, avant que celui-ci ne soit dissout l'année suivante. Au confluent des idéaux de philanthropie, de fraternité et d'universalisme, la composante religieuse n'est pas absente : le départ pour les Amériques, c'est l'idée d'évangélisation prônée par le Père Barthélémy Prosper Enfantin, dont Colomb est le porte parole et les marins ses disciples. La pièce décrit ainsi le voyage et les épreuves initiatiques auxquelles ils sont soumis, et au-delà de l'idée de conquête, celle de la rencontre avec les indigènes. Elle s'achève d'ailleurs dans une harangue du héros, dont la portée humaniste est en avance sur son temps : « Respectons tous leurs droits, rendons leurs jours prospères, et n'oublions pas qu'ils sont aussi nos frères ». L'écriture orchestrale est raffinée, convoquant un effectif fort vaste et un instrumentum original, avec cuivres renforcés, ophicléide et brelan de percussions dont se détachent la grosse caisse et le tambour de basque. La partie vocale exige un chœur mixte et trois solistes. Plusieurs pages font montre de trouvailles ingénieuses incluant en particulier la donnée fantastique chère au XIX ème siècle. Comme la deuxième section dont le prélude décrit le calme presque hypnotique de la mer, moment de pure contemplation, voire d'extase romantique. Ou la « Chanson du mousse », belle rêverie du ténor, qui n'est pas sans anticiper l'air du jeune marin phrygien Hylas, au dernier acte des Troyens de Berlioz. La tempête qui surgit, déchaine les éléments dans la meilleure veine des cataclysmes baroques, par un orchestre fortissimo ponctué de coups secs de grosse caisse. L'introduction de la troisième partie décrit le calme quelque peu effrayant d'une mer d'huile sous un ciel dardant de tous ses feux, «  Grand désert de saphir qu'aucun souffle ne ride », et installant parmi les matelots un sentiment de perte d'espoir et de désolation. Ce lourd climat va en précipiter la révolte, savamment reprise en main par Colomb. La dernière partie couvre en fait plusieurs épisodes : un prélude symphonique très élaboré décrit la découverte de la terre nouvelle, suivi d'une danse des sauvages animée, qui offre par anticipation la vision naïve des indigènes telle que les arrivants vont l'éprouver. François-Xavier Roth, infatigable découvreur de musiques méconnues, insuffle à cette fresque épique une vie de tous les instants et les Siècles déploient des sonorités riches et diaprées. Le Chœur de la Radio Flamande et les solistes enrichissent cette exécution de leurs talents, dont le ténor Julien Behr et la baryton Josef Wagner. Une enrichissante expérience !