Alors que Monsieur Hollande inaugurait, en grande pompe la Philharmonie de Paris entouré de nombreuses personnalités médiatiques, le public, plus modeste, était venu cependant en nombre, salle Gaveau, pour assister à ce magnifique concert donné par la soprano canadienne Karina Gauvin, accompagnée par le tout nouveau Concert de la Loge Olympique, dirigé par son chef fondateur, le violoniste Julien Chauvin.

Un double événement donc, puisqu'il s'agissait de retrouver Karina Gauvin dans son répertoire baroque de prédilection, après son incursion très remarquée et unanimement applaudie dans la Clémence de Titus de Mozart au Théâtre des Champs-Elysées, tout dernièrement, mais également l'occasion d'entendre pour la première fois à Paris ce nouvel ensemble instrumental, le Concert de la Loge Olympique. Un ensemble nouvellement constitué, émanation de Cercle de l'Harmonie de Jérémie Rohrer, jouant sur instruments anciens, dont le nom rappelle la Société Olympique issue de la loge L'Olympique de la Parfaite Estime qui participa avec le Concert Spirituel et le Concert des Amateurs à la diffusion de la musique instrumentale et vocale pendant les dernières années de l'Ancien Régime sous la houlette de nombreux musiciens francs maçons. Sa commande la plus fameuse fut celle des six Symphonies parisiennes composées par Joseph Haydn. Marie-Antoinette assistait, semble t-il, souvent à ces concerts dans la salle de garde des Tuileries où l'on jouait en habit brodé, les auditeurs portant une lyre d'argent à la boutonnière en signe d'appartenance à la Société. Autre lieu, autre façon ce soir, point de lyre d'argent mais un très beau programme entièrement consacré à Georg Friedrich Haendel. Un superbe concert alternant airs d'opéra célèbres et pièces instrumentales pour rappeler que le compositeur allemand avait beaucoup voyagé en Italie avant de se fixer à Londres où il fonda la Royal Academy of Music et le King's Theater, permettant au public anglais de découvrir et de partager sa passion pour l'opéra italien avant de développer le genre de l'oratorio de langue anglaise, le concerto pour orgue, instrument où il excellait, ou le concerto grosso à la manière de Corelli. Force est de reconnaitre que le cadre douillet, élégant et intimiste de la salle Gaveau fournissait un très bel écrin à la voix admirable de Karina Gauvin. Des extraits de Rinaldo, Giulio Cesare, Rodelinda, Salomon, Lotario, Alcina, entrecoupés de Water Music HWV 348 & 350, du Concerto pour orgue op. 4 n° 2, et du Concerto grosso op. 6 n° 1. Une prestation vocale et instrumentale ne souffrant aucun reproche, associant à la pyrotechnie vocale et à l'interprétation véritablement habitée de la soprano canadienne un accompagnement  instrumental toujours juste, en parfait équilibre avec la voix. Un concert conclu par un triomphe et une standing ovation de la salle. Bravo à tous, et tous nos vœux de réussite au Concert de la Loge Olympique de Julien Chauvin, ensemble instrumental à géométrie variable qui devrait se produire en formation de chambre ou en formation symphonique, sur scène ou dans la fosse, dans un répertoire s'étendant de l'époque baroque à la musique du XXI e siècle. A suivre…

Karina Gauvin / DR