Cette belle prestation du 17 mai, à l’église des Blancs Manteaux, de l'Ensemble vocal Saint-Séverin et orchestre sous la direction de Joël Sibille, a rappelé la difficulté de se prononcer sur la position mystique de Franz Schubert, faiblement dévot, sincèrement croyant, auteur par ailleurs de six messes, la dernière (Grande Messe en mi bémol) datant de 1828, année de son décès. Composée de 1819 à 1822, la Messe n°5 est sans doute la plus lyrique qu’il ait jamais écrite, mais aussi, assez paradoxalement, l’une des plus pénétrées par le sentiment religieux. En rupture esthétique complète avec les quatre numéros précédents, elle se signale par une dramatisation constante, sans jamais tomber dans le travers théâtral si fréquent dans la production pieuse du XIXe siècle. Trait d’autant plus remarquable que le compositeur n’est alors âgé que de 25 ans ; il est vrai que l’extraordinaire Inachevée date de la même année et témoigne de la même maîtrise orchestrale.

Sans doute le plus remarquable dans la prestation de l’ensemble placé sous la direction de Joël Sibille a-t-il été, tout au long de l’exécution, le soin apporté à l’énoncé du texte sacré, non seulement par la parfaite intelligibilité du discours (favorisée par la discrétion bienvenue de la phalange instrumentale), mais surtout par la mise en lumière expressive des mots formant la trame de ce même discours. Bien que de modestes proportions, la part des solistes est capitale ici. Aussi faut-il équitablement louer l’éloquente vigueur de la soprano Cyrielle Ndjiki et du ténor bien-nommé Christophe Ferveur, avec une mention spéciale pour le timbre cuivré, pénétrant, d’une profonde douceur, de l’alto Lucie Curé, et l’intelligence prosodique du très lyrique baryton Augustin Chemelle. En seconde partie, le Schicksalslied (Chant du Destin) de Brahms, composé presque immédiatement après le Requiem, surprend toujours par sa nature rhapsodique, sans doute justifiée par les tourments d’un texte évoquant la bienheureuse quiétude d’une éternelle clarté avant de passer aux affres ténébreuses d’une douleur sans fin ! Quoi de plus symptomatique, dans ces conditions, que l’étonnant pari du compositeur, fermant sa partition par un épilogue purement instrumental pour rappeler que le langage de la musique n’est pas réductible à celui des mots, comme l’avait déjà noté le grand aîné Schumann ?