Choeur & Orchestre National de France, dir. Christoph Eschenbach. Genia Kühmeier. Charlotte Hellekant. Nikolai Schukoff. Mikhail Petrenko. Auditorium de Radio- France.

Choeur de Radio-France © C. Abramowitz Rarement le Choeur de Radio-France fut à pareille fête, irradiant l’auditorium de Radio-France de tout son talent, lors de ce concert ambitieux du « National » conduit par le chef allemand Christoph Eschenbach, associant le Te Deum d’Anton Bruckner et la Symphonie n° 9 de Beethoven. Un programme d’exception pour un choeur d’exception ! Deux oeuvres emblématiques faisant date dans l’histoire de la musique classique. Le Te Deum de Bruckner, hymne religieuse liturgique (1886) où le compositeur autrichien offre ses louanges à Dieu dans un appel fervent qui ne saurait masquer en filigrane la déploration consécutive à la mort de Richard Wagner, véritable idole du maitre de Saint Florian, d’où ce mélange caractéristique de joie et de pleurs se côtoyant dans un ciel peuplé d’anges porteurs

de trompettes. La Symphonie n° 9 (1824) de Beethoven reconnue comme l’apogée de la symphonie. Une oeuvre qui impressionnera tant les compositeurs futurs que beaucoup d’entres eux se refuseront à tenter l’exercice, se cantonnant pendant des années dans le poème symphonique… Il faudra attendre plusieurs décennies pour que Gustav Mahler ne relève le défi en unissant dans ses premières symphonies, musique et voix humaine. Monumentale, la Symphonie n° 9 est aussi une sorte de récapitulation, héroïque comme la troisième, pastorale comme la sixième, verticale comme la cinquième, elle se termine dans la lumière par l’Ode à la joie de Schiller, sorte d’hymne profane à la liberté et à la fraternité traduisant l’indéfectible foi en l’homme du compositeur, sorte de rédemption par le mot, Beethoven préférant, sans doute, la clarté du mot à la subjectivité de la musique pour exprimer ce message de paix.

Loin des langueurs méditatives et intériorisées "celibidachiennes", la lecture donnée par le chef allemand du Te Deum s’inscrit résolument dans une vision somme toute assez classique, dynamique dans les tempos et l’élan des crescendos, bien nuancée, plus théâtrale que véritablement fervente, très extravertie, voire parfois prosélyte. Eschenbach s’applique à conduire l’oeuvre de façon claire et équilibrée, respectant scrupuleusement l’architecture face à un orchestre très concerné qui sonne parfaitement et à un choeur splendide, bien distribué, à la diction claire et aux nuances sublimes. Concernant le quatuor vocal, on soulignera l’excellente prestation des voix féminines (Genia Kühmeier irréprochable) et quelques réserves à propos des hommes. Non pas tant Nicolai Schukoff dont on pu apprécier la beauté du timbre dans le médium, mais les aigus parfois serrés, émis en force, que la décevante interprétation de Mikhail Petrenko qui malgré puissance et tessiture étendue (graves faciles) ne semble jamais adhérer totalement au rôle. De la même manière la Symphonie n° 9 est conduite de façon très théâtrale. L’Allegro initial, sorte de fermentation d’un monde en devenir, voit se succéder des transitions abruptes et des nuances très marquées dans une lecture pleine d’allant, tendue, soucieuse, là encore, de la clarté et de l’agencement des différents plans musicaux. La petite harmonie s’en donne à coeur joie tandis que cuivres et timbales (Didier Benetti) grondent de façon particulièrement véhémente. Le Scherzo, sorte de ronde champêtre, à la fois paysanne et dionysiaque, est magnifiquement mené, soutenu par une rigueur rythmique sans faille. On notera la superbe prestation des cors (Hervé Joulain et Camille Lebrequier) et le vrombissement impressionnant des contrebasses. L’Adagio fait, quant à lui, la part belle aux cordes, lyriques, éthérées, élégiaques dont le chant se mêle au legato envoutant de la clarinette. Le Finale récapitule de différents thèmes précédents sur une entrée progressive de différents pupitres, violoncelles, contrebasses, altos, puis tutti retardant au maximum l’entrée du choeur, aboutissement d’une attente subtilement entretenue, libérant enfin le chant de cet hymne à la joie, conquis de haute lutte, jubilatoire et extatique. Un beau concert du « National » qui connait son Beethoven par coeur pour avoir déjà donné ces dernières années deux intégrales des symphonies avec Kurt Mazur en 2002 et 2008 et une autre encore en 2012 sous la baguette de Daniele Gatti, et un Choeur de Radio-France qui ne fut pas le moindre atout dans la réussite de ce concert ! Bravo !
Patrice Imbaud.