Orchestre National de France, dir. Juraj Valčuha. Frank Peter Zimmermann, violon. Auditorium de Radio-France (30 mars 2017).

Frank Peter Zimmermann © Harald Hoffmann Chacune des apparitions du jeune chef slovaque, Juraj Valčuha sur les scènes parisiennes (Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris en 2016) est un gage de qualité, sa dernière apparition récente, avec le National et le violoniste Frank Peter Zimmermann, à l’auditorium de Radio-France, en est une preuve de plus. Un orchestre qu’il connait bien puisqu’il l’a dirigé pour la première fois en 2005 et avec lequel existe une complicité évidente. Un programme riche convoquant Richard Strauss, Prokofiev et Haydn. Don Juan de Richard Strauss (1889) ouvre la soirée, Juraj Valčuha nous en propose une lecture sensuelle, hédoniste, dynamique, assez narrative et volontiers jouisseuse où se distinguent tout particulièrement le cor solo de d’Hervé Joulain, ainsi que le hautbois de Nora Cismondi, interprétation très convaincante et virtuose qui se termine dans le drame, en totale adéquation avec le personnage de Lenau qui choisit délibérément sa fin et se consume dans

l’ivresse des plaisirs. Le Concerto pour violon et orchestre n° 1 de Prokofiev (1917) lui fait suite. Un concerto créé à Paris en 1923 dont le discours néo romantique fait contraste avec des oeuvres contemporaines comme le Sacre du printemps de Stravinski…Une partition d’une extrême virtuosité dont le violoniste allemand, Frank Peter Zimmermann, donna une interprétation d’anthologie, alliant souplesse, lyrisme et panache, sur un rythme envoûtant parfois quasi motoriste, parfaitement en place, équilibrée permettant d’apprécier la richesse des timbres d’un orchestre planant au dessus de la péroraison du violon (harpe omniprésente d’Emilie Gastaud). En « bis » un très beau Prélude de Rachmaninov assure définitivement le succès de cette première partie. Après la pause, la Symphonie n° 85 dite « La Reine » de Joseph Haydn (1785) faisant partie des symphonies dites « parisiennes » du compositeur, commande de la « Société Olympique de la parfaite estime », créée par le Concert de la Loge Olympique. C’est uniquement dans cette commande que l’on pourrait évoquer une quelconque inspiration maçonnique, Joseph Haydn n’apparaissant pas, à l’évidence comme un maçon très zélé ! Les quatre mouvements qui la compose sont, ici, menés de façon « classique », claire, limpide, galante, chantante, légère et gracieuse, mettant en avant les cordes et la petite harmonie du National au mieux de leur forme. Pour conclure ce beau concert, la Suite d’orchestre du Chevalier à la rose (1944) de Richard Strauss, tirée de l’opéra éponyme (1911) dont elle reprend nombre d’éléments (Prélude, Présentation de la rose d’argent, Valse du Baron Ochs, « Ist es ein Träum », et Valse) partition rutilante fortement cuivrée et dansante, chargée d’une indicible nostalgie parfaitement rendue par le National guidé par la direction inspirée du chef slovaque. Un magnifique concert !