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Catégorie : Concerts

 

Yuja Wang © Hiroyuki Ito / Getty images On a pu se gausser pendant un temps de ses tenues excentriques et de son exceptionnelle virtuosité que certains pouvaient trouver un peu vide, mais il faut bien reconnaitre qu’aujourd’hui, la trentenaire chinoise est assurément un phénomène du piano alliant une rare vélocité digitale et un sens musical hors du commun. Son dernier récital à la Philharmonie de Paris en étant la plus éclatante preuve. Un programme exigeant dans lequel elle excelle : les Préludes op. 28 de Frédéric Chopin et les Variations et fugue sur un thème de Haendel op. 24 de Johannes Brahms. Deux monuments éprouvants du répertoire pianistique, deux

climats bien différents, mais une même qualité d’interprétation. Les Préludes de l’opus 28 regroupent 24 courtes pièces reliées par des rapports de tonalité, écrits entre 1835 et 1839 à Majorque. Dès la première pièce, Yuja Wang nous en livre une lecture très intériorisée. Tour à tour douloureuse déployant force rubato, ou encore gracieuse, mélancolique, rêveuse, héroïque ou rageuse, funèbre ou solennelle, utilisant toutes les couleurs du piano, usant d’un jeu très nuancé, passant de la confidence où les notes égrenées suspendent le temps, aux ruissellements rageurs du clavier. Un piano qui murmure, qui gronde, un toucher enchanteur, limpide, sans dureté aucune et un phrasé proprement envoûtant qui maintient l’auditeur sous le charme.

Si cette première partie se caractérisait par une intériorité véritablement habitée, la seconde, consacrée à Brahms, offrait un tout autre climat par ses aspects plus extravertis. Les Variations et fugue sur un thème de Haendel Op. 24 furent composées par Brahms en 1861, pour l’anniversaire de Clara Schumann. A partir d’un thème extrait de la première suite pour clavecin de Haendel (1733), Brahms compose 25 variations et termine l’oeuvre par une fugue gigantesque. Si le thème séduit par sa grande élégance, les variations y prennent volontiers une allure orchestrale. Yuja Wang y déploie toute sa virtuosité, sa puissance, sa bravoure, sa poésie aussi, soutenue par une formidable scansion rythmique dans une interprétation très dynamique, très chantante où l’enchainement sublime des nuances, des transitions et des sonorités donne au piano un maximum de vie et de couleurs. Nullement entamée par l’épreuve physique, la jeune pianiste chinoise cédant, avec sa générosité habituelle, aux rappels répétés du public enthousiaste, offre aux auditeurs debout une myriade de « bis » comme autant de petits morceaux de bonheur à partager (Schubert, Mozart revisité, Tchaïkovski, Chopin….). Une phénoménale pianiste qui confirme avec éclat son formidable talent.