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Catégorie : Concerts

Orchestre National de France, dir. John Storgårds. Fanny Clamagirand, violon. Auditorium de Radio-France. 23mars 2017.

John Storgårds © Heikki Tuuli Un public bien clairsemé dans le grand Auditorium de la maison ronde pour cet intéressant concert de musique franco-nordique dirigé par un éminent spécialiste du genre, le chef finlandais John Storgårds. Dommage que le public n’ait pas répondu à l’appel, dommage de constater, avec frayeur et inquiétude, que seules les oeuvres célèbres puissent encore bénéficier d’une large audience, dommage pour ces compositeurs venus du grand Nord qui méritent assurément une écoute attentive (La Fille de Pohjola de Sibelius, la Symphonie n° 2 dite « Les quatre tempéraments » de Carl Nielsen), dommage pour la création contemporaine avec, ce soir, la création mondiale de Missing, concerto pour violon et orchestre d’Edith Canat de Chizy. Dommage enfin pour les absents qui auront manqué là un beau concert…



La Fille de Pohjola est une fantaisie symphonique composée en 1906 qui puise sa source dans le Kalevala, grande épopée finnoise, au même titre que d’autres poèmes symphoniques de Sibelius comme Kullervo ou les Quatre légendes de Lemminkainen. Sorte de conte initiatique, la Fille de Pohjola est toute imprégnée de poésie, de violence et de mystère, mélange assez caractéristique du violoncelle, les bois, puis les cuivres sur un ostinato des cordes avant que le tutti ne reprenne tous ces thèmes dans une animation croissante. John Storgårds, très engagé physiquement, en donna une lecture très dynamique avec force nuances et couleurs. Une manière particulièrement convaincante qu’on retrouvera également dans la Symphonie n° 2 de Nielsen. Une oeuvre datant de 1901-1902 inspirée de quatre gravures grotesques mettant en scène successivement, le colérique, le flegmatique, le mélancolique et le sanguin, autant d’occasions pour le compositeur de faire montre de sa modernité dans le traitement de la tonalité et de sa science de l’orchestration, recrutant tous les pupitres de l’orchestre. Rythmes syncopés, transitions abruptes, sonorités puissantes font tout le charme de cette partition très originale menée de main de maitre par le chef finlandais face à un « National » très réactif. Seul le dernier mouvement Allegro sanguinoso put paraitre par instants un peu confus.

Insérée entre ces deux oeuvres particulièrement puissantes et démonstratives, la création mondiale de Missing, concerto pour violon et orchestre d’Edith Canat de Chizy (° 1950) commande de Radio-France. Une partition un peu déroutante, assez aride par ses ruptures rythmiques, ses fulgurances et ses embryons mélodiques. Une oeuvre sollicitant plus la raison que l’émotion qui sembla un peu datée par ses sonorités évoquant Xenakis, Varèse ou encore Carter, explorant les timbres et couleurs instrumentales, sous-tendue par une virtuosité se limitant presqu’exclusivement au registres extrêmes du violon. Une oeuvre un peu décousue dont la violoniste Fanny Clamagirand se tira avec les honneurs, aidée en cela par un orchestre très à l’écoute. Une belle soirée !