Fondée en 1972, à l'initiative du label Deutsche Harmonia Mundi, La Petite Bande s'est vite inscrite dans le paysage baroque européen. Ses multiples enregistrements dont l'intégrale des cantates de Bach ou, par deux fois, les Concertos Brandebourgeois, et ses innombrables concerts ont mis à l'honneur une interprétation historique revisitée qui connait peu d'équivalents actuellement. Ses caractéristiques : la pratique d'une technique de violon baroque sans mentonnière, le choix d'un instrument par partie, l'introduction d'instruments originaux comme le violoncello da spalla, c'est à dire joué à l'épaule, l'instrument étant disposé en bandoulière. A noter encore le fait pour un même musicien de pratiquer plusieurs instruments, comme le violon et la viole de gambe, l'alto et le violoncelle d'épaule, la flûte traversière et le traverso. Au milieu de ceux de la première heure, comme les membres de la famille Kuijken, on remarque quelques jeunes pousses dont le talent n'a rien à envier à celui de leurs aînés. Mais cette merveilleuse institution, basée à Louvain, connait une situation précaire depuis que les autorités belges lui ont coupé toutes subventions. Leur ''concert de soutien'' donné à la Salle Gaveau était l'occasion d'un fund raising, les musiciens jouant gratuitement et les bénéfices de la billetterie étant destinés à renflouer les caisses. L'évènement avait attiré un public fort nombreux, pour ne pas dire une salle comble.


La soirée était consacrée à JS Bach et à quatre de ses Concertos Brandebourgeois (les Nos 4, 6, 5 et 3), un musicien ô combien vénéré de la formation et de son chef et fondateur Sigiswald Kuijken. Outre l'histoire compréhensive d'une aventure musicale et humaine à nulle autre pareille, retracée dans le programme de salle, la soirée était introduite par Marleen Thiers, épouse du maitre, qui citera cette belle phrase de Platon : « la musique donne des ailes à l'esprit ». Le recueil des « Six concertos avec plusieurs instruments », écrit en 1719/1720 à Cöthen, figure parmi les plus accomplis de la forme du concerto grosso baroque, aux côtés de ceux de Corelli. Comparée à bien des exécutions actuelles, celle-ci affiche un territoire particulier quant au style et à la manière d'interpréter - entre 7 et 11 musiciens jouant sur instruments anciens - donnant de cette musique un éclairage autre, au plus près des intentions du Cantor qui ne pensait pas ''orchestre''. L'opposition quasi dialectique entre le concertino ou petit ensemble de solistes et le ripieno ou formation complète apparaît ici avec une vitalité nouvelle eu égard à la pratique du ''un par partie''. Cela sonne étonnamment chambriste et replace au centre de l'interprétation la primauté du timbre qu'autorise la variété des combinaisons sonores imaginées par le compositeur. On en apprécie d'autant plus l'audace. Ainsi du Concerto N°4, BWV 1049 et de ses deux flûtes à bec (Barthold Kuijken et Bart Coen), qui malgré leur primauté, ne détrônent pas pour autant la partie de premier violon (Ann Cnop) dont les arabesques n'en finissent pas d'étonner, au presto final en particulier. Pour le sixième concerto BWV 1051, joué comme écrit avec sept instrumentistes, et ignorant aussi bien les violons que les vents, les violes de gambe soutiennent les altos qui se trouvent occuper une position centrale. Le résultat est allègre et vigoureux. Le concerto N° 5 BWV 1050 est sans doute le premier concerto de clavier de l'histoire. Qui se voit doté en particulier d'une longue cadence au premier mouvement, d'une fabuleuse virtuosité - Benjamin Alard est ici tout simplement magnifique – encore que la flûte traversière soit aussi à l'honneur. Le second mouvement affetuoso, ne met en scène que les trois solistes, violon, flûte et clavecin. Quant au Troisième concerto BWV 1048, ses onze protagonistes comprennent trois violons, trois altos et trois violoncelles. Les deux allegros ne sont séparés que par une cadence de quelques mesures du Ier violon. Le second est encore plus vif et pris ici à train d'enfer, ce qui n'empêche pas une vraie légèreté. Ces exécutions sont rassérénantes et animées de la joie du partage. e saluée par un public attentif, assurément de connaisseurs.