Pour un des derniers concerts de la saison à la Philharmonie de Paris, l'affiche était fameuse et le programme de la soirée alléchant, associant le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Sergei Rachmaninov en première partie et pour conclure la Symphonie n° 2 de Johannes Brahms. Un concerto pour piano composé en 1909, bien connu pour sa virtuosité impressionnante et ses accents post romantiques, pièce redoutée mais néanmoins irremplaçable du répertoire pianistique.

Une œuvre rassemblant une profusion d'idées où se côtoient sensualité, lyrisme, gravité et nostalgie et où transparaissent en filigrane les influences de Tchaïkovski, Chopin et Schumann. Hélas, on s'aperçut rapidement, dès les premières notes, que le talentueux pianiste russe et le chef coréen ne semblaient pas jouer la même partition, Myung-Whun Chung ne parvenant  pas à se caler sur le jeu virtuose, engagé, mais peut-être un peu brouillon de Daniil Trifonov. Décalages, absence de complicité, chacun menant son train dans la mésentente la plus cordiale… Les mauvais esprits notèrent d'ailleurs que le chef coréen ne revint pas sur scène lors des applaudissements pourtant fournis de la salle, conquise par la digitalité impressionnante de Daniil Trifonov, le soliste semblant faire corps avec son instrument, tantôt luttant avec son clavier dans un combat d'une rare violence, à grand renfort d'accords percussifs, tantôt semblant à l'inverse se confier à lui, l'oreille quasiment  posée sur les touches. A défaut de pouvoir juger de l'ensemble on retiendra également la belle prestation du « Philar » qui confirma sa bonne forme après la pause. Chacun sa partie donc, la seconde fut celle de Myung-Whun Chung dirigeant son orchestre dans la Symphonie n° 2 de Brahms qu'il mena, à son habitude sur des tempi un peu lents, dégageant ainsi par sa lecture posée tout le classicisme de cette partition. Loin de toute préoccupation descriptive, il s'agit ici de musique pure, belle, construite selon une « architecture qui sent le grand maitre » rendant hommage à chacun des pupitres, cordes et vents, dans une ambiance pastorale où la mélodie est reine. Une belle façon de conclure, dans le calme retrouvé, cette étonnante soirée !

 

Patrice Imbaud