La création musicale est une pensée.

 

Elle devient art par la plénitude

 

De la pensée dans l'étreinte du temps.

 

Que cet art dépende de la seule pureté des sons –

 

Cette idée n'a plus cours.

 

Du son béni on est passé – au froufrou des balais.

 

(Leoš Janáček – Autobiographie, 1924) (2)

 

 Au sein de l'histoire du langage musical, Janáček (1854-1928) fait indéniablement figure d'exception : en tant qu'homme, que compositeur, comme théoricien et fin pédagogue. Il ne peut être fondamentalement compris qu'à partir de sa propre connaissance des sources populaires de sa Moravie natale au demeurant fort différente de sa voisine, la Bohême. Cet article a pour objectif de se concentrer essentiellement sur une forme que Janáček affectionnait particulièrement, le chœur pour voix d'hommes. Il a constitué un véritable laboratoire non seulement sonore mais également psychologique et folklorique. Au cours de sa vie, ardente et féconde, Janáček en composera plus d'une trentaine. Dès ses premiers essais, il a manifesté une originalité foncière, entrant immédiatement dans ce qui allait le caractériser pour toujours. Ce faisant, il s'est progressivement libéré du type germanique Liedertafel(3), trop conventionnel pour lui et surtout représentatif d'un état d'esprit qui lui était étranger. J'ai choisi de présenter dans cet article quelques-uns de ses chœurs masculins parmi les plus emblématiques tout en les situant brièvement au sein de leur contexte général.

 

 

 

 

 

Sources et apprentissages

 

 

 

Pour tout compositeur tchèque, les sources de la musique en Bohême et en Moravie remontent à la Réforme hussite. Jan Hus (ca 1471-1415), son inspirateur, sera toujours considéré tel un héros national, libérateur de la conscience individuelle face à la lecture de la Bible et à celle qui concerne la culture et la langue. Le grand pédagogue Comenius (1592-1670) poursuivra cette tâche héroïque pour laquelle la musique jouera également un rôle fondamental dans la formation de la pensée. Janáček n'oubliera jamais ce précieux héritage enrichi par un apprentissage singulier dispensé par le Père Karel Pavel Křížkovský (1820-1885), le maître du chant choral tchèque. Cela se passait au monastère des Augustins du Vieux-Brno [Brünn], la capitale de la Moravie. Cette grande figure, vénérée entre toutes, était elle-même l'héritière d'un personnage remarquable en matière de tradition orale, poétique et mélodique, le collecteur František Sušil (1804-1868). Pour bien comprendre les principales étapes de la musique chorale tchèque, il importe de suivre ce fil d'Ariane qui nous fait cheminer de Sušil à Janáček en passant par Křížkovský.

 

 

 

Sušil est né à Rousínov, Slavkov, un village situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de Brno. Il fait ses études à l'école de grammaire de Kromĕříž, un centre musical renommé de l'époque, d'où son intérêt pour un apprentissage et livresque et instrumental. Il mène de front théologie et musique. En 1824, František participe à l'édition des « chants nationaux slaves » de l'écrivain František Ladislav Čelakovský (1799-1852) qui l'avait sollicité. Trois ans plus tard, il entrera dans les ordres tout en s'intéressant au folklore de son village natal et des autres régions de la Moravie. Son éveil à la conscience « nationale » s'incarnera progressivement. Dès 1832, il prépare la publication, à Brno, de la première collection de chants moraves, Moravské národní písnĕ (« chants [populaires] nationaux(4) moraves »), l'une des contributions parmi les plus remarquables de la culture tchèque de la première moitié du XIXe siècle. Elle contient cent quatre-vingt-dix textes. Un nouveau recueil de cinq cent quatre-vingt six chants religieux et séculiers voit le jour en 1840 avec l'apport d'autres collecteurs. Entre 1853 et 1860, les Moravské národní písnĕ s nápĕvy do textu vřadĕnými (« Chants populaires moraves avec les mélodies associées aux textes ») paraissent sous forme de fascicules. La huitième édition de ce corpus, en 1860 – dans laquelle Janáček puisera à de nombreuses reprises –, est pourvue d'une préface et d'une introduction. Elle contient deux mille quatre-vingt-onze mélodies pour deux mille trois cent soixante et un textes : ballades, chants de cérémonie, mélodies de bergers, chants dansés, spirituels, historiques, chants d'amour, de noces, domestiques, de travail, militaires, chants de vie, chants drôles, allégoriques et naïfs, issus de toute la Moravie, des pays Lašsko et Valašsko, et d'une partie du sud de la Silésie. Sušil a soigneusement respecté l'usage dialectal des textes et préservé les caractéristiques générales des mélodies, notamment pour ce qui concerne leurs inflexions non diatoniques. Toutefois, influencé par la musique savante de son temps, il a utilisé les clefs conventionnelles dans ses transcriptions, valorisant, de la sorte, les seuls modes Majeur et mineur. Seul Janáček sera en mesure de rétablir la modalité d'origine. La conception de Sušil du chant « populaire », dans une perspective dite « nationale », aura néanmoins une influence directe sur Křížkovský dont la personnalité, unique en son genre, a suscité la curiosité autant que l'admiration pour son courage.

 

 

 

 

František Sušil – Jan Vilímek, 1881

 

 

 

Křížkovský était partagé entre ses vœux monastiques et ses dons de musicien et de compositeur. Cela ne l'empêchera pas d'ouvrir toutes grandes les portes de l'intelligence folklorique à son disciple Janáček. Son œuvre, à la suite de Sušil, a fécondé une grande partie de la musique tchèque, fortement enracinée dans le chant populaire. Křížkovský a de même joué un grand rôle en ce qui concerne le chant des hymnes en langue tchèque et la libération des compositeurs de sa nation encore soumis à l'impérialisme germanique. Il a été le véritable fondateur de la musique tchèque en Moravie. Le « folklorisme d'écho » (ohlasy národních písní) constituait son modèle initial ; autrement dit, une composition « sur un texte musical, une mélodie ou une composition originale d'après un matériel folklorique ». Ce modèle sera transcendé par Janáček pour lequel le charisme et la personnalité de Křížkovský ont sans doute davantage compté que la fidélité de ce dernier au mode mélodique pur. Le maître a accueilli le jeune Leoš, au monastère des Augustins du Vieux-Brno, en septembre 1865. Dans le même temps, son père Jiří (1815-1866), excellent musicien, fondait dans son village une société chorale dont il prenait la direction. Auparavant, son fils avait chanté, pourvu de sa jolie voix de soprano, dans les chœurs des églises de Hukvaldy, son village natal, et de Rychaltice, situé non loin de là, lors des services religieux.

 

 

 

Les célébrations, en 1869, du millième anniversaire de la mort de St Cyrille (ca 827-869), l'un des Apôtres des Slaves, avec St Méthode (ca 825-885), impressionneront durablement le jeune homme dans sa quête des sources et leur signification. La première manifestation de cette commémoration eut lieu, à Petrov, le 14 février, en l'église des Dominicains. Le chœur était dirigé par Křížkovský. Au programme figuraient la Messe en La Majeur du compositeur et musicien d'église suisse Carl Greith (1828-1887), l'un des principaux théoriciens de la réforme cécilienne(5), et un motet du Slovène et moine cistercien Jacob Handl (1550-1591).

 

 

 

En septembre de la même année, Leoš commencera ses études à l'École normale d'instituteurs de Brno. C'est alors que son vif intérêt pour la psychologie se manifeste avec les cours du Dr Josef Parthe dont il pensera « avec gratitude » dans son « autobiographie » de 1924. Cette approche l'introduira aux éminents travaux du philosophe et psychologue Wilhelm Wundt (1832-1920). Par ailleurs, il s'était déjà intéressé à la musique populaire à l'occasion des séjours effectués chez son oncle et tuteur, le prêtre Jan Janáček (1810-1889). L'année 1872 revêt de l'importance lorsque au mois d'octobre il remplacera, dans les fonctions de chef de chœur, organiste et chef d'orchestre, Křížkovský alors parti pour Olomouc [Olmütz]. Le 20 juillet, Leoš terminait ses études à l'École normale et recevait son diplôme de maître assistant compétent en chant, en musique, en géographie et en histoire. Il pourra aussi enseigner en tchèque ce qui n'était pas sans risques à l'endroit d'une majorité germanique.

 

 

 

 

 

Svatopluk

 

 

 

Le 13 février 1873, Janáček, âgé seulement de dix-neuf ans, est élu contre toute attente chef de chœur de la Société chorale Svatopluk nommée ainsi en référence à un souverain de la Grande Moravie, mort en 894. Pour cela, il avait été soutenu par son président le Dr Josef Illner (1839-1894), un précieux allié. Il prendra ses fonctions le 1er mars suivant. Cette nomination correspond indéniablement à un tournant remarquable de sa vie et de sa carrière. Il s'agissait, en quelque sorte, de prendre en main tout en le réformant, un club d'une quarantaine de travailleurs d'âges variés, artisans, masculins, principalement des tisserands. Ce chœur avait été fondé en 1868 sous l'influence germanique. Janáček n'aura de cesse de lui faire prendre conscience de ses origines tchèques et d'en élever le niveau en lui destinant, notamment, ses premières compositions chorales. Leur devise sera précisément : « Unité et loyauté envers la patrie ». Ses exigences en matière d'assiduité aux répétitions, par exemple, seront à la hauteur de l'enjeu. Ainsi, Orání (« Labourage »), JW I/1, à quatre voix simples, est-t-il interprété à l'occasion du premier concert donné le 27 avril 1873 à la fameuse auberge U bílého kříže. Il s'agit d'un chant populaire – Šohajko švarný, čemu neořeš (« Gentil gars, pourquoi n'as-tu pas labouré ? ») – dont le texte avait été publié en 1860 par Sušil. La double influence de l'enseignement et l'esprit de Křížkovský et de la tradition orale s'entendent tout en laissant apparaître déjà un ton propre au jeune compositeur dont la motivation était précisément de s'affranchir de l'esprit de la Liedertafel allemande.

 

 

 

Afin de mieux s'approprier l'essence de la culture tchèque, Leoš suit les cours de langue et de littérature donnés par le Professeur Antonín Matzenauer (1823-1893) à l'Académie régionale morave. Ce remarquable philologue slaviste, non-conformiste, plongé dans ses études, ne pouvait que plaire au jeune chef de chœur attiré par de telles recherches.

 

 

 

D'autres œuvres vont suivre : Láska opravdivá (« L'Amour véritable »), JW IV/8, très apaisant, est composé le 6 janvier 1876, d'après une source slovaque reprise dans la fameuse collection du panslaviste et poète Ján Kollár (1793-1852), éditée en 1834. Voilà un motif cher au compositeur qui l'associera bien vite à celui de « musique de vérité ». C'est probablement en janvier 1876 que Janáček compose Osudu neujdeš (« Tu n'échapperas pas à ton destin »), JW IV/9, sur le texte d'un recueil de traductions de poésies populaires serbes transcrites par l'homme de lettres Siegfried Kapper (1821-1879). Le caractère jovial de cette source a inspiré Janáček qui lui attribue un ton déclamatoire. Dans ces partitions, le rythme est traité librement à la manière des chants populaires de la Moravie orientale ou de la Slovaquie. Le musicien attribue beaucoup d'importance à l'accentuation naturelle et aux fluctuations incessantes de l'expression. Cette réalité correspond à l'acuité de son oreille et à son extrême sensibilité aux motifs psychologiques liés à la teneur poétique de l'ambiance.

 

 

 

 

Pavel Křížkovský – Jan Vilímek, 1885

 

 

 

Entre-temps, pendant l'année scolaire 1874/75, Leoš s'était perfectionné à l'École d'orgue de Prague dont il sera provisoirement « renvoyé » eu égard à la formulation objective de ses critiques publiées dans un article de la revue Cecilie dans lequel il écrivait à l'issue d'un concert :

 

 

 

« Mais que peut-on demander à des gens qui considèrent cet art si noble juste comme – un métier ? »

 

 

 

Le renvoi le choquera à tel point qu'il s'exprimera par ces mots dans son journal :

 

 

 

« Ce jour-là est mémorable pour moi ; on m'a fait violence pour avoir écrit la vérité. » (6)

 

 

 

Cette vérité sur laquelle il fondera toute sa pensée musicale.

 

 

 

À la fin de 1874, Leoš avait probablement fait la connaissance d'Antonín Dvořák (1841-1904) dans le contexte cécilien de l'église Saint-Vojtěch de Prague. Malgré leurs différences d'appréciation sur les plans politique et religieux, les deux hommes vont s'entendre essentiellement grâce à leur valorisation du slavisme, leur goût partagé pour la musique folklorique morave. Tous deux ont eu à souffrir particulièrement de l'hégémonie de la langue allemande. Les vacances d'été 1875 seront mises à profit pour la connaissance des traditions populaires en Moravie slovaque.

 

 

 

 

 

Beseda brněnská (« Société de Brno »)

 

 

 

Le 3 février 1876, Janáček est élu à la tête de Beseda brněnská, autre société chorale au demeurant fort différente de Svatopluk. Il la dirigera jusqu'en 1888 avec une interruption d'une année entre octobre 1879 et juin 1880 afin de suivre des études pour le moins infructueuses aux Conservatoires de Leipzig et de Vienne. Cet ensemble, créé en 1860, allait être considéré comme l'un des meilleurs en Bohême tant et si bien que l'intérêt de Leoš pour Svatopluk déclinera jusqu'à sa démission le 26 octobre. Pourtant, les débuts n'ont pas toujours été faciles tant les exigences du jeune chef pouvaient heurter quelques habitudes. Par exemple, lorsque les choristes se rassemblaient afin de simplement se divertir tout en buvant de la bière. Leoš se concentrera, comme précédemment, sur la qualité de l'interprétation. Les résultats, là encore, seront à la hauteur de ses espérances. La première partition qu'il destine à son nouveau chœur, Zpěvná duma (« Élégie chorale »), JW IV/10, datée du 23 février, est créée le 3 avril à Brno. Le texte (1840) est de l'écrivain et fameux traducteur de Goethe, František Ladislav Čelakovský (1799-1852). Le mot tchèque duma (« méditation ») est emprunté au russe et à l'ukrainien de la narration épique. Son diminutif dumka (« lamentation ») était interchangeable au XIXe siècle.

 

 

 

Le chœur d'hommes suivant est certainement Na košatej jedli dva holubi seďá (« Deux pigeons sont perchés sur un sapin touffu »), JW IV/11, dont le texte trouve encore sa source chez Sušil en 1860. Sa composition correspond, pour Janáček, à une période de transition qui va bientôt mettre fin à sa collaboration avec Svatopluk. Il s'agit peut-être ici d'une pièce spécialement destinée à illustrer l'une de ses nombreuses conférences à l'Institut des Maîtres ou encore d'un exemple pédagogique conçu à l'usage des étudiants, ce qui ne diminue en rien sa qualité et sa spontanéité. Il faudra néanmoins attendre le 1er décembre 1957 pour une exécution officielle, à Prague, dirigée par Josef Veselka (1910-1992).

 

 

 

 

 

Expériences

 

 

 

Le 30 août 1876, Janáček était nommé professeur suppléant à l'École normale d'instituteurs de Brno. À la fin de 1881, il y fondera la fameuse École d'orgue placée sous les auspices de la « Société pour la promotion de musique d'église ». Il en sera la tête pensante et active pendant trente-huit ans, jusqu'en 1919. Sa vie s'est véritablement concentrée en ce lieu aimé faisant de lui, pour les esprits étroits, un musicien régional assez peu respecté parce principalement voué à la recherche folklorique et l'enseignement.

 

 

 

En août 1883, sans certitude, Janáček compose un Ave Maria, JW IV/16, qui est en réalité la traduction en tchèque, par le philosophe Josef Durdík (1837-1902), d'un fragment de texte de Lord Byron (1788-1824), extrait de la satire épique Don Juan, Canto 3, v. 102 (1819/24), publiée la même année à Prague dans O modní filosofii naší doby (« Sur la philosophie à la mode de notre époque »). Cette pièce, intense et secrète, occupe une position unique dans le corpus choral de Janáček. En l'occurrence, il ne s'agit pas d'une prière mariale comme l'on pourrait s'y attendre. Le compositeur avait été intrigué par cet essai philosophique de Durdík, éminente figure de la recherche en esthétique dont les travaux l'ont influencé pendant un certain temps. Ce chœur sera publié en 1890 avec les seules initiales LJ. Curieusement, il ne reste pas de trace de son exécution au cours de la vie du compositeur.

 

 

 

Le 6 décembre 1884, le nouveau Théâtre tchèque de Brno ouvrait ses portes avec une tragédie de Josef Jiří Kolár (1812-1896), Magelóna. Le lendemain soir, Prodaná nevěsta (« La Fiancée vendue » – 1863/66), opéra-comique de Bedřich Smetana (1824-1884) était représenté. Janácěk était naturellement présent lors de ces deux soirées. Peu après, il participait à la fondation de la revue Hudební listy (« Lettres musicales »), à orientation scientifique et unité philosophique, dont il sera le rédacteur jusqu'au 1er juin 1888. Par ses riches contributions, il témoignera, à travers ses vingt-six articles, d'une très grande originalité et liberté de pensée. Ce faisant, il constituera une véritable encyclopédie de ses positions théorique, pédagogique et critique.

 

 

 

Le 11 mai 1885, lors des funérailles de Křížkovský à l'église du monastère des Augustins du Vieux-Brno, Beseda brněnská et Svatopluk réunis ont chanté quelques-uns de ses chœurs. Une époque de la musique tchèque prenait ainsi fin. De nouvelles responsabilités allaient incomber au jeune disciple.

 

 

 

Du 20 juin au 1er novembre de la même année, Janácěk se consacre à ses Čtveřice mužských sborů (« Quatre chœurs pour voix d'hommes »), JW IV/17, sur des poésies populaires, dédiés à Dvořák « en témoignage d'un respect illimité ». Le dédicataire sera fort étonné, dans un premier temps, avant de trouver que « certains passages ont des sonorités magiques ». Vyhrůžka (« Menace ») revêt un caractère dramatique particulièrement contrasté, concluant sur un adagio très intériorisé – O Lásko (« Oh, cet amour »), tel une berceuse, valorise spécialement la douceur mélodique – Ach vojna, vojna (« Ah, la guerre »), plus développé, déploie une forte déclamation, conjuration des effrayantes images de la guerre – Krásné oči tvé (« Tes beaux yeux »), sur un poème de Jaroslav Tichý (1853-1917), oppose un étonnant contraste lyrique avec ce qui précède en privilégiant la gravité.

 

 

 

 

Pĕvecké sdružení moravských učitelů (« Société chorale des instituteurs moraves ») –mestohudby.cz

 

 

 

Pourtant, Leoš était saisi par le doute. Il avait besoin du soutien de son aîné. Un sentiment nouveau et scientifiquement plus profond envers le chant populaire, dont il ne respectait pas toujours la pureté de la source, surgissait en lui. Après les premières découvertes du folklore, la même année, en pays Lašsko, Janáček, soutenu par le directeur du lycée du vieux Brno, le dialectologue, philologue, ethno-hymnologue et folkloriste František Bartoš (1837-1906), entreprend d'explorer plus systématiquement sa terre natale. Fasciné par les modes mélodiques naturels, le ton aigre-doux du chant et les singularités rythmiques, il s'attache également aux danses.

 

 

 

Plus tard, au printemps 1888, Leoš adressera encore à Dvořák ses Tři sbory mužské (« Trois chœurs pour voix d'hommes »), JW IV/19, qui ne seront découverts que post mortem, en 1940 et 1955, dans les propres documents du dédicataire. Ils partagent en commun le thème éternel de l'amour et de la jalousie. Dans le premier, Loučení (« Les Adieux »), le compositeur présente la rupture des amants. Le deuxième, Holubička (« La Colombe »), évoque la recherche désespérée du pigeon qui « tout ensanglanté s'est tu ». Les textes sont de la poétesse féministe Eliška Krásnohorská (1847-1926) (7). Enfin, le troisième chœur, Žárlivec (« Le Jaloux »), cultive ce motif, constitutif de sa future Jenůfa (1894/1903), d'après une ballade populaire morave, et en référence à Na horách, na dolách (« Sur les collines, dans la vallée ») de František Sušil. C'est l'histoire d'un brigand mourant qui, par dépit, veut tuer sa bien-aimée afin qu'elle ne puisse appartenir à aucun autre. Ce texte a réellement obsédé Janáček au cours de ces années. Par là même, il a montré son intérêt pour l'affectivité humaine, du point de vue psychologique. Le compositeur avait bien compris que plus l'affectivité se précise, plus l'être vivant sent sa propre continuité à travers des excitations de moins en moins chaotiques. Pour dresser de l'affectivité un tableau imagé, le musicien doit présenter à l'imagination les « sons » (nápĕvky mluvy) et les contours de la vie, même dans ses manifestations disharmonieuses afin d'en dégager la forme pure, la beauté de la légalité secrète. La chute dans l'affectivité aveuglante exige de renaître à la vérité par la vérité. D'où le concept janáčekien de « musique de la vérité » fondé sur l'intériorité des mouvements psychiques qui se traduisent en « mélodies du langage parlé » puis naturellement chanté.

 

 

 

Le 1er juin 1888, Leoš met fin à sa collaboration avec Beseda brněnská. Il passera désormais ses étés à Hukvaldy qui, avec Luhačovice, représentera l'un des lieux de référence, son environnement vital dont il a absolument besoin pour s'épanouir à la fois en tant que créateur et comme être humain désireux d'entretenir une relation durable avec ses proches. Lors de l'été de la même année, il entreprend son véritable travail de collecte du chant populaire, en Moravie orientale, bénéficiant également des conseils de l'organiste et folkloriste Martin Zeman (1854-1919).

 

 

 

Vers 1898, Janáček reprendra un ancien chœur de 1874, Osamělá bez těchy (« Seul sans consolation »), JW IV/26, d'après un magnifique chant populaire slovaque publié, en 1834, dans la collection du poète pro-slave Ján Kollár (1793-1852). Il sera remanié à la date du 10 février 1925 grâce à l'écrivain et compositeur pragois proche de Kafka, Max Brod (1884-1968), qui lui rappellera cette partition oubliée, semble-t-il, par son auteur.

 

 

 

Entre 1900 et 1906, Leoš travaille à ses Čtvero mužských sborů moravských (« Quatre chœurs moraves »), JW IV/28, animés par l'esprit que l'on retrouvera dans son opéra burlesque autant que tragique, Výlety páně Broučkovy (« Les excursions de M. Brouček »). Dež víš (« Si vous savez que je vous aime davantage que le monde entier ») est un ardent chant d'amour – l'exigeant Komáři (« Les moustiques ») est une pièce naturelle pleine d'esprit et d'agilité chromatique – Klekánica (« La sorcière du soir ») est une contre-partie humoristique du poème symphonique, opus 108, de Dvořák, Polednice (« La Sorcière de Midi », 1896) – tandis que Rozloučení (« Rupture ») se livre à la tristesse dans ce qu'elle de plus sombre et d'inexorable. Les numéros 2 et 4 se réfèrent au chant populaire selon Sušil, les 1 et 3 sont issus de la récente collection de poèmes (ca 1900), en dialecte hanaque, de Ondřej Přikryl (1862-1936). Leur interprète de prédilection sera la dédicataire, la Pĕvecké sdružení moravských učitelů (« Société chorale des instituteurs moraves »), que le chef et compositeur Ferdinand Vach (1860-1939) avait fondé au printemps 1903. Leoš les entendra pour la première fois le 11 juin 1905, à Veselí na Moravě.

 

 

 

Entre-temps, daté de novembre 1903 (?), il avait composé un énergique Veni Sancte Spiritus, JW II/13, motet pour voix d'hommes, dont le texte est issu du Liber usualis. Il s'agit de la première strophe de la séquence pour la Messe de Pentecôte, publiée seulement en 1978. L'œuvre, éloignée de la manière cécilienne, avait été découverte à Brno par le musicologue Bohumír Šědroň (1905-1982).

 

 

 

 

Ferdinand Vach – prostor-ad.cz

 

 

 

La « trilogie » de Petr Bezruč

 

 

 

Ces trois ballades sont sans aucun doute le point culminant de ses chœurs masculins. À l'origine, il ne s'agissait pas de former un corpus cohérent. Au fur et à mesure de la création, il a fini par s'imposer grâce à un fond commun par lequel le compositeur a exprimé ses sentiments les plus douloureusement révoltés contre l'exploitation polonaise et germanique à travers le motif du suicide des principaux protagonistes. Ces derniers apparaissent dans les Slezské písnĕ (« Chants de Silésie », 1903/09) du chantre national Petr Bezruč (1867-1958) (8), par ailleurs humble employé des postes à Brno. Un dynamisme particulièrement émotif, porté par une amère critique sociale, les anime. Il est certain que de profondes affinités spirituelles liaient le poète et le musicien. Le 24 octobre 1906, ce dernier achève son emblématique, Kantor Halfar, JW IV/33. Il le révisera encore le 21 mars 1917. L'œuvre est dédiée à Ferdinand Vach. Il s'agit de l'histoire tragique d'un maître d'école réel(9), petit homme tranquille, néanmoins rebelle et fidèle à l'idée nationale qui, finalement, cède devant la méchanceté de ses subordonnés et devant la vie en impasse. Halfar se pendra au pommier, symbole tragique de la vie trahie. Son seul défaut était justement d'oser parler sa langue là même où il vivait et travaillait. L'image du Kantor, en tchèque, est forte. Elle désigne le maître d'école dépositaire d'un savoir essentiel pour lequel le chant constitue la charpente. En cela, il est proche de l'idée que s'en faisait déjà le Suisse Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). Le texte de la première strophe contient tout le problème cher à Leoš :

 

 

 

Halfar, le maître d'école, était un brave garçon

 

un garçon tranquille, même un joli garçon,

 

mais il avait, il avait un défaut :

 

à Těšín, il parlait tchèque.

 

 

 

La musique de ce drame exprime autant le simple que le complexe, autrement dit la nudité d'une voix jusqu'à l'épanouissement de la polyphonie. Le mouvement inexorable est allégé par le fréquent détachement métrique des parties secondaires. Toutefois, la simultanéité des motifs fragmentés crée une morphologie sonore polymélodique et polyrythmique d'une force déprimante. C'est dans cet esprit que Janáček valorise ses intervalles favoris de seconde et de quarte. La première exécution n'aura lieu que le 27 mai 1911, à Plzeň, avec Antonín Arnet à la tête de la Société chorale Smetana.

 

 

 

Le 11 novembre 1906, Leoš crée l'une de ses œuvres les plus connues avec Jenůfa, Maryčka Magdónova, JW IV/34-35. Le poème raconte la tragédie d'une famille de mineurs. Le compositeur y retravaillera au mois de mars de l'année suivante dans une version plus tendue que la première dans laquelle il ajoutera un solo de ténor et un solo de basse. Le regretté Guy Erismann, l'un de ses meilleurs spécialistes francophones, avait raison de parler, pour ce chœur puissant, d'« opéra » (10). Dans le poème, Maryčka Magdónova, persécutée par la brutalité des autorités, est l'aînée de « cinq orphelins en pleurs ». Là aussi, il y aura suicide. Elle se jettera dans la rivière Ostravice. Pris par son émotion, Janáček avait écrit ces mots à Bezruč :

 

 

 

« J'ai lu vos paroles comme si je les avais entendues, et j'y ajoute un orage de sons furieux, désespérés et douloureux … »

 

 

 

Musicalement, les fières dissonances, le ton âpre exacerbent l'étrange effet d'une épouvantable réalité. Le 12 avril 1908, Ferdinand Vach dirigeait la seconde version de ce chœur à Prostějov avant de se rendre avec sa « Société chorale des instituteurs moraves » à Paris où il la donnera, le 27 avril, au Théâtre du Châtelet.

 

 

 

Le dernier volet de la « trilogie », Sedmdesát tisíc (« Les Soixante-dix mille »), JW IV/36, toujours d'après Petr Bezruč, est daté du 8 décembre 1909. Comme pour le précédent, ce chœur sera remanié le 5 juillet 1912 et sera créé le 25 mars 1914, à Benešov u Prahy, sous la direction de František Spilka (1887-1960) (11), professeur au Conservatoire de Prague. C'est à cette occasion que le compositeur et chef d'orchestre Otakar Ostrčil (1879-1935), son futur interprète pragois, félicitera chaleureusement Janáček. Une fois de plus, et dans le texte et dans la mélodie viscérale, il s'agit de révolte en réponse à l'humiliation subie par cette minorité de Tchèques en Silésie alors rassemblés devant Těšín, refusant de devenir Polonais ou de parler l'allemand. Ils préféraient plutôt mourir de corps que d'âme. Le 24 décembre 1907, Janáček avait d'ailleurs publié un texte dans Lidové noviny (JW XV/188) sur les relations nationales en Silésie à propos de la pratique de la langue polonaise propagée dans un territoire essentiellement tchèque. Ce chœur se traduit musicalement par des couches contrastées entonnées par un ténor solo, un quatuor solo, symbole de l'âme d'un peuple impuissant, auxquels s'ajoute le chœur principal. Particulièrement difficile à interpréter, cette partition a d'abord été considérée comme inchantable jusqu'à ce que Vach et ses chanteurs prennent finalement le taureau par les cornes, répétant avec rigueur jusqu'à offrir de mémorables exécutions. Le chef d'orchestre, compositeur et musicologue Jaroslav Vogel (1894-1970) a estimé qu'il s'agit là d'une des musiques chorales les plus émouvantes qui ait jamais été composée tout en citant ce riche commentaire de Max Brod :

 

 

 

« l'agitation d'une révolte passionnée, l'éruption d'un chagrin infini et la force accumulée à travers des siècles d'oppression » (11).

 

 

 

Ces trois chœurs, quasiment autobiographiques et opératiques, sont introduits par une ritournelle dont la répétition forge la cohérence du discours tout au long de la partition. Leur caractère relève aussi de l'hymne. C'est précisément à partir d'une telle stabilité que Leoš peut explorer un langage plus inouï, aux harmonies brutales, aux fréquents changements de tempi. Les voix sont exposées et vulnérables. C'est ainsi que nos habitudes d'écoute, à première audition, sont quelque peu bousculées. Ce fut le cas lors de leurs créations par les instituteurs moraves qui attiraient généralement un large auditoire. Leur exécution, de même, n'est guère aisée ni sur le plan de l'intonation, ni sur celui du rythme, tant les lignes s'interpénètrent dans toute leur complexité. La déclamation s'oppose au lyrisme pur, exprimant par là même le combat essentiel auquel Janáček renvoie en permanence tout un chacun. Pour autant, malgré son aspect volontairement sombre, le ton ne manque pas d'éclaircies de compassion.

 

 

 

Entre-temps, le 2 juillet 1910, Janáček avait emménagé dans une maison construite dans le jardin de son École d'orgue à Brno. Aujourd'hui, c'est un riche musée que l'on peut visiter avec profit pour une connaissance plus intime du musicien qui y a passé le reste de son existence. Entre 1912/13, il pensera et travaillera à son fameux Nauka o harmonii (« Traité d'Harmonie »), JW XV/202, tout à fait non-conformiste et tellement plus proche de la réalité psychologique que la plupart des ouvrages de ce genre.

 

 

 


Leoš Janáček / DR

 

 

 

Naissance d'un pays

 

 

 

À la veille du déclenchement de la Grande Guerre, Leoš fête, le 3 juillet 1918, son soixantième anniversaire qui passe complètement inaperçu. Mais, dès le 28 juillet, tous ses plans seront bien évidemment bouleversés par la brutalité des événements.

 

 

 

Entre le 15 et le 18 novembre, il travaille à Česká legie (« La Légion tchèque »), JW IV/42, célébrant la naissance de la Tchécoslovaquie, le 28 octobre. Le texte, contemporain, publié dans Národní listy, est de Antonín Horák (1862-1948). L'événement était d'importance pour ce qui concerne l'indépendance nationale d'un pays assoiffé de liberté. Il faudra néanmoins attendre le 26 septembre 1920 pour que Ferdinand Vach en assure la création à Kroměříž avec ses instituteurs moraves. Dans cette partition reconnaissante, d'une grande force et d'exultation patriotique, où il évoque le « Chemin des Dames », Janáček reprend la technique d'écriture développée pour la « trilogie » de Bezruč.

 

 

 

En juin 1921, Leoš assiste à Prague, à une conférence du poète et philosophe Bengali mystique Rabindranath Tagore (1861-1941), authentique prophète, ce qui donnera lieu, pour l'année suivante à la mise en musique de l'un des poèmes de cette éminente et impressionnante personnalité. Lors de cet événement, il avait, comme à son habitude, soigneusement noté les mouvements mélodiques du langage parlé (nápěvky mluvy) de Tagore. Marqué par « l'indicible tristesse » qui émanait de sa voix, il publiera un article dès le 22 juin dans Lidové noviny. Entre juillet et le 12 novembre 1922, il se consacrera à Potulný šílenec (« Le Fou errant »), JW IV/43, chœur d'hommes et baryton auxquels s'ajoute une voix de soprano. Le baryton solo figure, par sa monotonie, la soif de l'or de ce fou alors que le soprano symbolise le jeune garçon qui déconcerte le vieillard. Le langage y est étonnant du point de vue de sa liberté expressive. Dans cette ballade, Janáček exprime ainsi sa philosophie de la compassion fondée sur le rêve éternel de l'homme qui est d'atteindre au sublime par sa vaine recherche de la pierre philosophale. La composition, fidèle au poème, attribue à chaque voix une belle indépendance dramatique. L'œuvre, complexe, demande encore beaucoup à ses interprètes. Pour cette raison, deux années passeront avant sa création publique par Vach, ses chanteurs moraves et la soprano Eliška Janečková, le 21 septembre 1924, à Rosice u Brna.

 

 

 

 

 

Épilogue

 

 

 

Le dernier chœur d'hommes, très bref, de Janáček a été conçu entre le 27 mars et le 2 avril 1928. Il s'agit de Sbor při kladení základního kamene Masarykovy university v Brně (« Chœur pour la pose de la première pierre de l'Université Masaryk à Brno »), JW IV/45. Le texte est du Professeur Antonín Trýb (1884-1960), doyen de la Faculté de médecine de l'université de Brno. La création aura lieu sur place, le 9 juin, en présence du Président Tomáš Garrigue Masaryk (1850-1937). Jaroslav Kvapil (1892-1959) dirigeait alors le chœur de Beseda brněnská. Le début de l'ultime année 1928 avait été marqué par le décès tragique de l'écrivain et journaliste Rudolf Těsnohlídek (1882-1928), auteur des légendes pittoresques qui ont été à la source de Příhody Lyšky Bystroušky (« L'Histoire de la Petite Renarde rusée », 1921/24).

 

 

 

Peu de temps après la cérémonie universitaire, le 8 août, Janáček tombera malade à la suite d'une malencontreuse expédition en forêt à la poursuite d'Otto, le fils de sa bien-aimée Kamila Stösslová (1892-1935), inspiratrice de nombreux personnages de ses opéras et d'autres partitions. Hospitalisé à Ostrava, il écrira le 12 sa dernière lettre au critique suisse William Marie Ritter (1876-1955), récemment rencontré à Luhačovice, avant de s'éteindre dans la matinée. Sur le monument funéraire d'Eduard Milén (1891-1976), qui orne sa tombe, se trouve gravé un extrait de son « Fou errant » :

 

 

 

« ses forces étant épuisées et son cœur dans la poussière comme un arbre ayant été arraché ».

 

 

 

Le chœur pour voix d'hommes, au sein de la pensée musicale de Janáček, ne saurait exister sans la référence fondamentale au folk-lore, compris dans sa signification étymologique forgée, en 1846, par l'érudit anglais Williams John Thoms (1803-1885) (13). En cela, Janáček apparaît, au sein du collège des compositeurs du XXe siècle, comme une figure exceptionnelle et isolée. Le grand musicologue américain Richard Taruskin, dans sa vaste et remarquable History of Music(14), a raison de souligner que Janáček se situe entre Schönberg (1874-1951) et Bartók (1881-1945), sans pour autant partager avec eux un fond commun. Avec le second, il le pourrait, eu égard à la proche relation au chant populaire. Pourtant, il n'en est rien car les différences entre le Hongrois et le Morave sont loin d'être anodines. Bartók est avant tout un musicien savant qui valorise essentiellement l'abstraction sonore. De son côté, Janáček, réellement proche du peuple et de ses souffrances, se réfère à des sources folkloriques tout en les incarnant en profondeur dans son exégèse musicale. Ses chœurs d'hommes en témoignent avec force.

 

 

 

 

 

James Lyon.

 

 

 

(1) Guy ERISMANN, Janáček ou la passion de la vérité, Paris, Seuil, 2007 - Hans HOLLANDER, Janáček. His Life and Works, London, John Calder, 1963 - Leoš JANÁČEK, Daniela LANGER, Écrits, Paris, Fayard, 2009 - James LYON, Leoš Janáček, Jean Sibelius, Ralph Vaughan Williams. Un cheminement commun vers les sources, Paris, Beauchesne, 2011 - Nigel SIMEONE, John TYRELL, Alena NĔMCOVÁ,  Janáček Works, Oxford, Oxford University Press, 1997 - Richard TARUSKIN, Music in the Early Twentieth Century, Oxford, Oxford University Press, 2010, p. 421-445 - John TYRELL, Janáček. Years of a Life. Volume 1 (1854-1914). The Lonely Blackbird, London, Faber and Faber, 2006 - Id., Janáček. Years of a Life. Volume 2 (1914-1928). Tsar of the Forests, London, Faber and Faber, 2007 - Jaroslav VOGEL, Leoš Janáček, Praha, Academia, 1997 - Mirka ZEMANOVÁ, Janáček, London, John Murray, 2002.

 

(2) Traduction de Daniela Langer, op. cit., p. 251.

 

(3) Société de chant.

 

(4) En tchèque, národ- signifie aussi bien « national » que « populaire ».

 

(5) Relative à l'intérêt que le XIXe siècle vouait au passé dans le contexte de l'Église catholique romaine. Ses initiateurs ont principalement été Karl Proske (1794-1861) et Franz Xaver Witt (1834-1888). Dans ce contexte, Palestrina était préféré à Bach.

 

(6) Citations in Daniela LANGER, op. cit., p. 20.

 

(7) Eliška Krásnohorská a également été la librettiste de Bedřich Smetana pour Hubička (1875/76), Tajemství (1877/78), Čertova stĕna (1879/82), et Viola (1874/75, 1883/84).

 

(8) Vladimír Vašek de son vrai nom.

 

(9) Son frère, également instituteur, avait fait connaître certains chants populaires à Janáček en 1893.

 

(10) Guy ERISMANN, op. cit., p.138.

 

(11) Avec Ferdinand Vach, il a conçu une autre approche du chant choral.

 

(12) Jaroslav VOGEL, op. cit., p. 189.

 

(13) James LYON, op. cit., p. 293.

 

(14) Richard TARUSKIN, op. cit., p. 444-445.