Les Feuilles blessées de Reynaldo Hahn
Sylvain P. Labartette


Figure 1 : Première de couverture du recueil – Heugel, 1907

Un troisième enregistrement1 de la totalité du recueil des Feuilles blessées nous est proposé dans l’intégrale des mélodies de Reynaldo Hahn par le baryton Tassis Christoyannis, avec au piano Jeff Cohen, produit superbement par Bru Zane (octobre 2019). Profitons de cette circonstance pour présenter ces onze mélodies, moins connues que bien d’autres, composées sur des textes de Jean Moréas, les appréhender plus justement et comprendre la démarche artistique de Reynaldo Hahn, ce compositeur qui a su chanter les vers des poètes contemporains auprès desquels il se sentait proche : Paul Verlaine, Sully Prudhomme, Jean Moréas, Leconte de Lisle entre autres. La date de composition (1901-1906) suit de très près la parution des poèmes de Jean Moréas (1895-1905). Une même lecture sensible des deux artistes qui nous dévoile une vision plus ombrageuse en ce début du XXe…Une désespérance du Temps se décline ici : nous sommes loin des couleurs irisées d’une certaine Belle Époque…

Les ExposiSONS
Katyt’aya Catitu Tayassu

... C’était un soir d’avril en 2018. L’historien de l’art et commissaire du Musée de l’Invention & Subtil Collection se présentait à l’autre bout du fil. La voix de Pascal Pique dégageait quelque chose de familier. Je l’ai entendu en écoutant ses petites fréquences qui composent le corps sonore dans le timbre de la voix. Ses minuscules sonorités qui soufflent avec les mots, les pauses et entre les respirations une cadence dans la vocalisation des syllabes qui deviennent phrases.

Je suis particulièrement intéressée aux sons et très concernée par les effets des fréquences et harmoniques dans l’inventaire sensoriel présent (aussi) chez les humains. Depuis toujours je suis en interprétation quant aux mimétismes et modes d’interaction pratiqués par ces ancêtres incroyables que sont les plantes sauvages: arbres et fleurs médicinales. Ainsi, avec Pascal Pique j’ai donc porté une deuxième attention à notre communication. Un paysage sonore étendu comme un fil à linge rempli par une palette des couleurs - couleurs des mots - et par des tonalités entre ses sons et son silence.

L’anthropologue française Barbara Glowczewski avait indiqué mon nom, afin d’intégrer la liste des artistes conviés à la nouvelle exposition du Musée de l’Invisible. Barbara est aussi une sorte de passeuse. Elle met toujours en relation les électrons: trop libres pour se rencontrer par eux-mêmes. Elle pressentait, bien évidemment, qu’un tel musée ne pouvait pas passer inaperçu à mes autres sens cachés... Tout mon corps répondait, phrase après phrase, puisque Pascal Pique avait une idée bien à lui pour l’exposition de la toute première « Subtil-e Collection » dans un musée hors norme: un musée sans murs. Un musée nomade. Un musée de l’invisible, pour l’invisible et à propos des invisibles... Aussitôt mon âmezonie était toute ouïe puisque mon esprit sauvage se réjouissait des possibles mystères dans le parcours à entamer auprès des artistes, plus ou moins visionnaires quant aux défis rêvés par le commissaire de l’exposition.

SILLONS MUSICAUX
Chapitre I Une histoire de la musique enregistrée
Laurent Worms

Naissance
Aujourd'hui, il suffit, sur son smartphone, d'appuyer sur la fonction désirée pour qu'un flot de musique s'écoule dans vos oreilles à travers casque ou écouteurs. Effort à minima et médiocrité sonore assurés.
Mais tout n'a pas été aussi simple. La musique enregistrée est une longue histoire de cent soixante ans qui débute, en France en 1857
Le 9 avril de cette même année, l'ingénieur Leon Scott de Mantinville grave "Au clair de la lune", sur une membrane noircie à la fumée d'une lampe à huile. Il nomme son invention, cette toute première machine à enregistrer un son, le "phonotographe". L'expérience s'arrêta là, car il ne put mettre au point une technique de lecture apte à écouter ce qu'il avait enregistré. Cette invention, tombée dans l'oubli, est redécouverte en 2008 par une équipe de chercheurs en informatique qui parvient à lire ce message enregistré, plus que centenaire, grâce à une technologie dernier cri.
L'aventure rebondit grâce à Charles Cros, un professeur de chimie, poète à ses heures, qui se consacre à la recherche scientifique. En avril 1877, il adresse à l''Académie des sciences un mémoire décrivant le principe d'un appareil de reproduction des sons qu'il nomme paléophone et réussit un enregistrement mais comme son prédécesseur bute à son tour sur le problème de la reproduction de ces sons, visiblement enregistrés mais que l'on ne peut écouter.

Le Manuscrit de Chantilly
Énigmes dans l’énigme ou le reflet du peintre dans le miroir...
Laurence Brisset


écouter ce disque sur spotify

Un manuscrit énigmatique quant à sa provenance et sa destination,  celant en son sein des énigmes musicales et poétiques, parfaite illustration d’un art dit Subtilior... le Codex Chantilly, MS. 564 de la bibliothèque du château de Chantilly, constitue l'une des plus riches collections de musique française de la fin du Moyen Age. Parfaitement conservé, il témoigne de l’imagination et de la virtuosité des musiciens qui explorèrent les limites de la notation musicale récemment établie. Les « subtilités » concernent à la fois la musique -rythme et polyphonie- et le texte, son sens, sa forme, la façon d’user du langage.  Les compositeurs parsemèrent habilement leurs oeuvres de rébus, d’acrostiches, de jeux de mots, de citations, d’allusions mythologiques, politiques ou amoureuses. Ils rivalisèrent d’intelligence mais aussi et surtout de sensibilité, car la dimension intellectuelle de cet art reste au service d’une indéniable beauté.

COMMON GROUND, MUSIC AND MOVEMENT DIRECTED BY A RASPBERRY PI
Jonathan Bell, Aaron Wyatt

ABSTRACT
This paper describes Common Ground, a piece for six dancing singers and electronics, in which the coordination between performers is ensured by a RaspberryPi-embedded node.js web application. The singers received synchronised scores in the browser of their phone, which they wore in head-mounted display in order to free their hands and enhance their scenic presence. After a description of the artistic project, the elaboration of the score is examined under the categories of movement notation (how trajectories are embedded in musical notation), spectral composition (microtonal tuning between synthesised sounds and human voices), algorithmic processes (how the recent bell coding language facilitates processes for which Max patching is ill-suited). The article finally describes the Raspberry implementation, outlining potential ameliorations of the current system, including dns support and unnecessary dependance on a dedicated router.

1. INTRODUCTION
Common Ground, by the Spanish artist Keke Vilabelda, is an immersive installation with large paintings, videos, and three tons of salt covering the ground (see Fig. 1). Commissioned by the Grau Projekt art gallery in Melbourne 1 , it reflects on the common features of landscapes (salt lakes) situated at antipodes of one another (Spain Australia). The initial idea of the musical piece of the same name was to take advantage of this beautiful immersive space, and use it as set design for the performance of six female voices accompanied by electronics. The poems chosen for the piece, by the English poet Robert bell, take the sea as source inspiration - the horizon, natural elements, treated as points of departure for meditation upon everyday life.
From the beginning, the visual aspect of the piece revealed itself to be of primary importance, which is why the performative part had to integrate movements/dance, costumes, and find a way for the score to be part of this ecosystem without disturbing it. Indeed after more than ten

Dans la tête d’un compositeur
Essai d’introduction à la musique contemporaine
Première partie
Étienne Haan

Introduction à la musique contemporaine

Comment aborder la musique contemporaine? Pourquoi peut-elle nous paraitre étrange, voir repoussante? Nombreuses sont les interrogations soulevés par les auditeurs confrontés à cette musique. Cette série de courts textes propose à un public non-initié de se familiariser avec cette étrange musique aux multiples facettes.

Émotion et énergie
Il est rare de ressentir des émotions à l’écoute de musique contemporaine. La façon dont nous réagissons émotionnellement à une situation est le fruit d’expériences personnelles. Or notre société occidentale est „envahie” par certains codes musicaux, qui font que certaines musiques sont ressenties à peu près par tou·tes de la même façon.
Ce n’est rien d’inhérent à la musique, c’est une habitude. Nous avons une idée de comment sonne une musique joyeuse, triste, angoissante. Et c’est la maîtrise de ces habitudes par les compositeur·rices qui nous fait ressentir des émotions au cinéma, et ceci indépendamment des images que nous voyons sur l’écran.
Si nous regardons „les dents de la mer”, nous voyons un paysage avec une mer calme, bleue, très belle…mais la musique est „angoissante”, ce qui nous permet d’anticiper le malheur. Nos automatismes d’écoutes permettent l’utilisation de la musique comme levier dramaturgique.
Or, si nous composons une musique qui ne correspond pas à ses codes, elle ne peut engendrer chez nous d’émotions car elle est nouvelle. Elle ne rappelle aucun souvenir, elle est vierge de tout vécu. Elle peut alors être désagréable, étrange, comme tout ce qui est inconnu.

Les compositrices polonaises : sept siècles d'histoire,
Michèle Tosi

Où sont les compositrices? C'est la question qui nous préoccupe à un moment de l'Histoire où le ministère de la Culture, en France, s'engage officiellement à faire progresser l'accès des femmes aux programmations et aux directions des institutions culturelles pour amorcer une transformation effective de la situation. La place des femmes dans le domaine des arts est devenue un sujet d'étude légitime (1), devancé par des musicologues et chercheuses comme Florence Launay (2) ou Hyacinthe Ravet (3) dont les ouvrages ont très tôt alerté les consciences. Les artistes, créatrices, compositrices, ont toujours existé mais les conditions dans lesquelles elles ont travaillé n'ont pas toujours favorisé le plein épanouissement de leur art.
Cet essai succinct sur les compositrices polonaises balaie sept siècles d'histoire, et donne un coup de projecteur sur la jeune génération, engagée sur la scène internationale et formée aux nouvelles technologies grâce aux développements des studios, à Varsovie, mais aussi Cracovie, Gdansk, Wroclaw, Poznan, etc., et leur vitalité à fédérer les autres arts (littérature, théâtre, danse, vidéo, etc.) pour favoriser les projets interdisciplinaires que les compositeurs-trices appellent aujourd'hui de leur vœux.

Comme dans toute l'Europe chrétienne, que la Pologne rejoint en 966, l'activité musicale polonaise, au Moyen-âge se concentre autour des monastères et des cathédrales (4). Un document iconographique de 1418 nous montre un groupe de nonnes chantant sous la direction de leur supérieure St. Clare. C'est à cette époque que l'on relève le premier nom de femme, celui de la religieuse Duchna Jankowska, impliquée dans la vie musicale de sa congrégation. Est-elle compositrice, instrumentiste ou simplement copiste, rien ne l'indique précisément, le manuscrit conservé à Varsovie ayant été détruit durant la seconde guerre mondiale. La présence de chanteuses, musiciennes et compositrices est attestée durant les siècles suivants, telles Zofia Kamiroska et Teresa Fabianska, toutes deux appartenant à l'ordre de St Clare, dont les messes ont été conservées. Au 18ème siècle, alors que la Pologne accueille bon nombre de musiciens venus d'Allemagne et d'Italie, la musique devient un art de divertissement souvent réservé aux femmes de l'aristocratie.
Formées par ces artistes étrangers, elles chantent, jouent du piano et écrivent de la musique. Citons, parmi ces « grandes dames », la Princesse Franciszka Urszula Radziwill qui compose la musique de scène de plusieurs comédies. Ses arias, dialogues et pièces chorales sont chantés en polonais quelques trente ans avant la naissance d'un opéra national. La Princesse Izabela Czartoryska (1744-1835) écrit, quant à elle, des mélodies qui seront publiées en France en 1780. La vie musicale reste très active dans les couvents où les nonnes chantent et composent. Parmi les partitions des 17ème et 18ème siècles préservées dans les sept Livres de musique provenant du Monastère bénédictin de Staniatki apparaissent les noms d'Anna Kiernicka (compositrice) et Zuzanna Niwiarowska (organiste). Celui d'Henriette Jacobson, ayant résidé à Varsovie, est mentionné dans les collections de la Bibliothèque nationale de cette même ville.
C'est au tout début du 19ème siècle que l'école de chant polonais prend son essor et acquiert une spécificité nationale. En 1814 est fondée à Varsovie la Société de Musique religieuse et nationale à laquelle adhèrent bon nombre de femmes polonaises de l'aristocratie : citons parmi celles-ci, Zofia Zamoyska (1779-1837), Cecilia Beydal (décédée en 1854), Franciszka Kochanowska (1787-1821), Konstancja Narbut et Laura Potocka.

CAGE, UNE LIBRAIRIE DE HAUT NIVEAU DÉDIÉE À LACOMPOSITION ASSISTÉE PAR ORDINATEUR DANS MAX
Andrea Agostini, Éric Daubresse, Daniele Ghisi

RÉSUMÉ
Cet article est une introduction à cage, une librairie pour l’environnement Max1 composée d’un certain nombre de modules de haut niveau pouvant être utilisés principalement pour la composition assistée par ordinateur. La librairie, actuellement en version alpha, contient un ensemble d’outils dédiés à plusieurs catégories de problèmes typiquement abordés par cette discipline : génération de notes, génération et traitement de profils mélodiques, processus symboliques inspirés par le traitement du signal audio, interpolations harmoniques et rythmiques, automate set L-systèmes, rendu audio, outils pour la set theory, outils pour la gestion de partitions. Ce projet, soutenu par la Haute école de musique de Genève2, a principalementune vocation pédagogique : en effet, tous les modules dela librairie sont des abstractions, qui se prêtent très facilement à être analysées et modifiées.

1. INTRODUCTION

Dans cet article seront abordés certains des principaux concepts de la librairie cage3 pour Max ; elle contient plusieurs modules de haut niveau pour la composition assistée par ordinateur (CAO). Elle est entièrement basée surla librairie bach : automated composer’s helper, développée par deux des auteurs [1, 3]. Comme pour bach, cage est principalement centrée autour de la notation symbolique dans le domaine du temps réel. Les objets de cage communiquent entre eux avec le mécanisme des Lisp-likelinked lists(lllls) [2].
À la différence de bach, qui se compose d’un grandnombre d’objets et d’abstractions prenant en charge desopérations de bas niveau sur ces listes (p.e. : rotations,inversions, entrelacements...), ou bien des opérations très avancées mais cependant essentiellement basiques (p.e. :résolution de problèmes par contraintes, quantification rythmique...), les modules de cage accomplissent en généraldes taches de plus haut niveau, ayant une connotation plutôt compositionnelle que strictement technique (p.e. : génération de matériel mélodique ou calcul de modulations de fréquences symboliques).
Deux critères principaux ont motivé la conception et réalisation de la librairie.
Le premier est celui qui a été à la base de la création de cage: construire une librairie de modules prêts à l’utilisation pour créer des classes de processus assez universels dans la pratique de CAO. Une partie de cette librairie est donc directement inspirée par d’autres librairies déjà existantes dans quelques logiciels (notamment les librairies Profile[9] et Esquisse[6, 8] pour Patchwork,qui ont ensuite été portées dans OpenMusic[4]) ; parallèlement, un autre versant de la librairie trouve sa raison d’être dans des concepts issus du monde du temps réel (p.e. :cage.granulate, le moteur de granulation symbolique).
Le second critère est lié à la forte connotation pédagogique du projet : à la difference de bach, dont les fonctionnalités principales sont implémentées dans des objets compilés, tous les modules de la cage sont des abstractions, qui se prêtent très facilement à être analysées et modifiées. Il n’est donc pas compliqué, pour l’utilisateur qui souhaite apprendre à manipuler des données musicales, de copier, modifier ou ajuster des morceaux de patch pour ses propres besoins. Cette flexibilité des abstractions fait en sorte que, bien que les processus implémentés soient conçus pour fonctionner facilement avec une connaissancemoyenne de Max, l’utilisateur plus avancé pourra non seulement partir de ces abstractions et en modifier le comportement selon son projet, mais également les intégrer dans son propre environnement de travail, que ce soit au studio ou dans le cadre d’une performance. Cette vocation pédagogique est complétée par le fait que la librairie sera entièrement documentée, avec des fichiers d’aide, des feuilles de référence et une collection de tutoriaux.

Studio Report: MTT at the Orpheus Institute
Juan PARRA et Jonathan IMPETT
(traduction Jonathan BELL)

 

Cet article vise à servir de rapport de studio (studio report) de recherche du groupe “Musique, pensée et technologie en performance (Music, Thought and Technology in Performance-MTT)”récemment lancé à l’Institut Orpheus de Gand, en Belgique. Le groupe se concentre sur le rôle des concepts technologiques pour définir plus généralement la musique, sa création et sa réception. Cette présentation est illustrée d’exemples audio et vidéo issus du répertoire, ainsi que de nos propres créations.


TN_CC*JI&JP: A Timbre-Networks Performance (cf. Chapitre 4.4.5.2, iteration #2)

LES GENS DES NUAGES / O POVO DAS NUVENS
par Katy’taya CATITU TAYASSU

 

À la pochette du CD je propose un premier récit sonore issue d’une relation plus lointaine et personnelle entre moi et les peuples du ciel: les nuages. Voici une brève considération à propos des compositions proposées dans cette album.

KUTE MYNA HAKE – Signifie la rescapée ou la femme sans peuple, autrement dit, la survivante. Cette première composition s’inspire de l’histoire que m’a été raconté en 1986, durant mon déplacement dans la partie oueste de la forêt amazonienne. A ce moment là, je n’étais pas assez mûre pour compreendre l’enseignement que m’a été transmis à cette époque. Toutefois, je me souviens des amérindiens rencontrés entre la frontière oueste-brésilienne avec le sud de la Colombie et le nord-est du Pérou. KUTE MYNA HAKE fait alors référence a une poignée de gens que autrefois communiquèrent tout naturellement avec la “genia”, c’est à dire, les gens des nuages. KUTE MYNA HAKE appartenait à ce tout petit groupe des nomades qui parleaient aux peuples du ciel. Cette survivante nommée KUTE MYNA HAKE indiqua avec ses petits doigts amérindiens les noms des nuages et pourquoi ils ont été ainsi désignés. Elle déclina un certain nombre de récits à propos de son peuple et, plus particulièrement les variations de la lumière bleue... Une lumière absolument singulière entre 4 et 5 heures du matin, selon les saisons sèches et les saisons des pluies. Ainsi, à chaque jour, durant une minute ou deux avant le lever du soleil les oiseaux si taisent juste avant cette lumière légèrement bleutée. Pour les Gens des Nuages la lumière bleue jallit constamment une sorte de fluidification cosmique apperçue et absorbée tantôt par les oiseaux et les arbres et les autres plantes sauvages. Cet titre est un hommage à ma mère amérindienne.

Le développement de cours de computer musique aux USA

(Developing Curricula for Electronic Music Degree Programs)
McGregor BOYLE, Johanna DEVANEY, Lainie FEFFERMAN, Douglas GEERS, Eric HONOUR

 

Lors de la conférence ICMC (International Computer Music Conference), qui avait lieu cette année à New-York, plusieurs professeurs se sont réunis autour d’une “table ronde”, pour comparer leur différentes approches de conception de programmes de master et licence (undergrad), dans le domaine de la musique electronique.

Lainnie Feffermann : Dans un sens, le département dans lequel j’enseigne est à la fois très récent et très ancien… Je suis donc le nouveau professeur au Steven’s Institute of Technology , dans le Music and Technology Program , qui a plusieurs dizaines d’années. Il a été pendant longtemps orienté vers la music production, mais nous essayons actuellement de le redéfinir. Nous avions quatre matières principales, incluant par exemple sound recording, obligatoire pour tous, et seulement un semestre dédié à la composition. Je fais partie des quelques nouveaux arrivants dans l’institut, qui tendent avant tout à favoriser la création, l’aspect compositionnel du cursus.

Il y avait dans le passé de très bons producteurs , mais l’enseignement de Max, Supercollider, les environnements de programmation, et les installations sonores liées à ça étaient peu représentées. C’est à mon avis pour ça que j’ai été recrutée, de la même façon que mes collègues. Cependant, l’orientation du programme reste une question ouverte. Les connaissances et intérêts de l’équipe sont très variées. Chacun des professeurs à une identité propre. Nous aimerions tous que le curriculum (programme) soit le plus interdisciplinaire et ouvert possible, mais qu’est-ce que cela signifie en termes de crédits et de diplômes? Nous sommes donc en pleine phase de questionnement…

2:35
Johanna Devaney : Je suis professeur au Brooklyn College , je commence cette année. J’étais auparavant à Ohio State University , où l’on essayait de définir un nouveau cours en music technology. Le but était d’avoir deux parcours, le premier plus créatif, et le second plus computer science. Et l’une des choses que cela nous a fait réaliser, c’est que, surtout pour les institution moins renommées, il peut être extrêmement difficile d’obtenir la flexibilité que nous partageons probablement tous autour de cette table, à savoir rompre avec ce que l’on décrit traditionnellement comme “l’éducation musicale”, qui consiste en quatre semestres de music theory (solfège), quatre semestres d’histoire de la musique (et plus particulièrement celle qui a peu d'intérêt pour la musique électronique). Au Brooklyn College , aussi, on développe une nouvelle spécialité en music technology. Là-bas nous n’avons pas ces restrictions, ce qui est une bonne chose. J’aimerais beaucoup y développer un cours de notions fondamentales de programmation, car je pense que les étudiants développent de nombreux outils, qui pourraient avoir beaucoup plus de sens s’ils pouvaient les exprimer en langage de programmation. Cependant ce cours ne doit pas ressembler à ce que le département d’informatique enseigne, sinon ils ne nous laisseraient pas l’enseigner… C’est donc assez problématique. Une autre difficulté vient du fait qu’on demande beaucoup de résultats aux étudiants dans leur discipline principale, et que leur bourse dépend également de principalement de cette discipline, c’est difficile pour eux d’avoir deux majors (disciplines principales), ou de s’investir dans leur minor. C’est donc souvent difficile pour les étudiant qui sont “musiciens électroniques” de faire valider leurs acquis.

4’52
Bonjour, j’enseigne au Peabody Conservatory , donc à priori ce que je fais est très différent de vous... Nous avons un master of music de deux ans en computer music, il a maintenant 30 ans. Nous avons eu beaucoup d’étudiants, et je suis certains que beaucoup d’entre eux vous sont familiers. Nous avons également ajouté un cursus de licence il y a 15 ans je crois. L’une des choses qui nous distingue, c’est qu’on est un “conservatoire”, (pas une université) donc la musique est notre dominante principale, nous sommes moins orientés music technology . Nous avons un programme séparé pour l’enregistrement qui est plus technique… Nous sommes plutôt “musique”.

On a donc une spécialité composition musicale, ce que font la plupart des étudiants, mais on a aussi une spécialité performance , assez unique, qui permet par exemple d’obtenir un master en performance de musique électronique, et nous avons aussi une spécialité “recherche”, pour ceux qui sont essentiellement intéressés par la programmation/recherche… Et la seule grande différence entre les trois spécialité c’est le projet final : pour les performers, c’est un récital, pour les compositeurs c’est un portfolio , pour les chercheurs c’est une thèse.

Au niveau undergraduate (licence), c’est possible d’être diplômé en composition ou en performance, mais on a pas encore accepté d’étudiants en computer music performance . Une chose spéciale, c’est qu’il n’est pas requis de savoir jouer d’un instrument pour être accepté dans ce cursus. Il faut donc faire assez attention avec certain de ces étudiants qui ne jouent d’aucun instruments… Mais encore une fois, dans un conservatoire, l’accent est mis sur la musique, et sur la composition, et les étudiants voient chaque semaine leur professeur en cours individuel, et c’est là que se situe le référent central de leurs études.


(propos transcrits lors de la conférence ICMC, grâce à l'aimable authorisation de Douglas Geers)

McGregor Boyle, Johanna Devaney, Lainie Fefferman, Douglas Geers, Eric Honour

Le Laptop Orchestra,
ou l’apprentissage de l’informatique par le son et la musique
par Dr. Ivica ICO BUKVIC, traduction par Jonathan BELL

 

 


Ascent de Brian Eno, interprêté par le L2Ork Raspberry Pi Orchestra

Reanimating the Readymade
par Peter BUSSIGEL, Stephan MOORE, Scott SMALLWOOD
traduction Jonathan BELL

 

 

Peter Bussigel
Emily Carr University
520 East 1st Avenue
Vancouver, Canada V5T1G5
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Stephan Moore
Northwestern University
Dept. of Radio, Television & Film
1920 Campus Drive
Evanston, IL 60208 USA
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Scott Smallwood
University of Alberta
Fine Arts Building 3-82
Edmonton, AB T6E0T4
Canada
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Il existe une riche tradition d'utilisation d'objets trouvés ou “readymade” dans les performances musicales et les installations sonores. Water Walk de John Cage, Noise Bodies de Carolee Schneeman et Rainforest de David Tudor s’appuient tous sur les propriétés sonores et culturelles des objets trouvés. Aujourd'hui, compositeurs et artistes sonores continuent à observer le quotidien, combinant des readymades avec des microcontrôleurs et des composants électroniques de fabrication artisanale, réutilisant des interfaces connues pour leur potentiel sonore. Cet article donne un aperçu historique du travail au croisement de la musique et du readymade, puis décrit trois installations / performances sonores récentes des auteurs qui explorent cet espace plus en profondeur. L'accent est mis sur les processus impliqués dans le travail avec des objets trouvés - les explorations complexes, pratiques et ludiques de la culture sonore et matérielle.

L’esthétique de l’erreur;
Rupture dans le code,
une chance pour comprendre un système
par Alexender SCHUBERT
traduction de Thomas BEISENHERZ

Die Ästhetik des Fehlers
Bruch der Kodierung als Chance ein System zu verstehen

 

Ce que l’on nomme aujourd’hui “musique contemporaine” reste ancré dans un sérieux, une rigueur scientifique, héritée des compositeurs sériels des années 1950 comme Boulez ou Stockhausen, qui se réunissaient l’été à Darmstadt pour débattre de l'avancée de leurs recherches. Mais Darmstadt a bien changé, et Alexander Schubert est assez représentatif de ce que les jeunes compositeurs du monde entier viennent y chercher : de nouvelles formes d’expression musicales, dans lesquelles la technologie prend souvent une place importante. Schubert nous explique ici comment l’erreur, le bug informatique, ou le “glitch” constituent le centre de son projet esthétique.
L'éducation musicale propose ici les traductions françaises et anglaises du texte original en allemand.


Arnold SCHOENEBERG (1874-1951), compositeur religieux et mystique
par Michel THIOLAT

 

Arnold Schoenberg (1874-1951), un nom qui évoque le créateur d'un mode de composition nouveau qu'il appela lui-même “musique de douze sons”1 - connu aujourd'hui sous le terme de dodécaphonisme -, ainsi que quelques titres de ses oeuvres les plus célèbres : le Pierrot lunaire, La Nuit transfigurée, les Gurre Lieder, ou encore l'un de ses opéras, Moïse et Aaron.
L'homme présente une personnalité extrêmement riche, déployant une incessante activité, puisqu'on sait que, doué d'un réel talent, il cultivait également l'art de la peinture, qu'il aimait inventer des jouets qu'il façonnait pour ses enfants, ou des outils pédagogiques pour enseigner la musique, qu'il fut aussi passionné de photographie, et, dans le domaine de la musique, compositeur, théoricien et pédagogue : ces diverses activités firent l'objet de plusieurs expositions à travers l'Europe.
Les ouvrages et articles sur la vie et l'oeuvre d'Arnold Schoenberg, biographies ou commentaires historiques ou analytiques, se chiffrent par centaines, dans toutes les langues, mais principalement en allemand, anglais et français, tant cet artiste marque une révolution dans l'histoire de la musique. Aussi le propos des lignes qui vont suivre n'est pas de tracer le parcours de sa vie et de sa carrière, mais de présenter un aspect de sa vie, moins connu, bien qu'important, voire fondamental : la profonde conviction religieuse qui anima toute son existence, et le soutint à travers les terribles épreuves qu'il dut surmonter à diverses époques. Bien que, comme chez tout homme, sa pensée ait connu des phases différentes, il déclara dans une lettre à Marya Freund, du 30 décembre 1922 : «  … à aucun moment de ma vie je n'ai été antireligieux, ni même jamais irréligieux  ». Ses convictions en matière de religion s'expriment soit directement par la voix d'un de ses personnages, comme dans Der biblische Weg (“La Voie biblique”) , Un survivant de Varsovie op. 46, Die Jakobsleiter (L'Échelle de Jacob), Moïse et Aaron, soit sous forme poétique, dans les Quatre Lieder op. 22, le Kol Nidre op. 39 ou encore le Psaume moderne op. 50.
Nous n'envisagerons dans cet article que les plus importants parmi les écrits et compositions musicales faisant référence au domaine religieux.

PARTITIONS DISTRIBUÉES EN RÉSEAU DANS LE CYCLE
IN MEMORIAM JEAN-CLAUDE RISSET

par Jonathan BELL
Aix Marseille Univ, CNRS, PRISM
Perception, Representations, Image, Sound, Music

Résumé

Le cycle de compositions "In memoriam Jean-Claude Risset" marque un tournant important dans l’évolution du dispositif SmartVox: initialement conçu exclusivement comme un outil d’apprentissage et de performance pour choeurs, au moyen duquel des chanteurs reçoivent leur partition et leurs audio-guides par le navigateur de leur smartphone, SmartVox est désormais utilisé dans des configurations plus diverses: pour de grands ensembles avec choeur et orchestre, en petites formations de musique de chambre (grâce à un système dédié embarqué sur Raspberry Pi), comme support pour partitions synchronisées sur casque (head-mounted display), lors de concerts participatifs en interaction avec le public, ou enfin dans le contexte de production d’opéras. Cet article situe d’abord SmartVox parmi l’ensemble des technologies aujourd’hui disponibles dans le domaine de la notation musicale distribuée, puis aborde quatre compositions extraites du « Cycle Risset » , toutes réalisées au moyen de ce dispositif (une forme de performance assistée par ordinateur sans chef d’orchestre). D’un point de vue compositionnel, ces oeuvres ont été conçues comme des transcriptions spectrales mimétiques de sons synthétisés, en hommage au compositeur français pionnier de la synthèse sonore numérique et cofondateur de l’école spectrale. En tant qu’esthétique, la musique spectrale est à peu près contemporaine de la naissance de l’ère numérique dans les années 1970. Par une approche « néo-spectrale  » , cet article cherche à défendre un archétype compositionel (le transfert mimétique d’un son naturel/synthétisé dans le domaine instrumental/vocal) que les technologies d’aujourd’hui ont rendu moins utopiques.

Victimae paschali laudes
par Bernard PATARY

Le 21 avril dernier, jour de Pâques, retentissait, sous les hautes voûtes de l’église Saint-Eustache, la séquence grégorienne Victimae paschali laudes. Thomas Ospital, le jeune organiste de cette vaste église d’un gothique tardif, accompagnait au grand orgue la maîtrise et les chœurs de Notre-Dame, exilés sur la rive droite pour les affligeantes raisons que l’on sait, et que dirigeait Henri Chalet. Les habitués des liturgies de Notre-Dame eurent assurément un pincement au cœur, tant ce chant est lié à l’histoire récente de la cathédrale parisienne. Récente, puisqu’elle concerne seulement les dernières décennies d’un édifice qui avait, jusqu’à maintenant, traversé presque sans encombre huit cent cinquante années. L’un des prédécesseurs de M. Henri Chalet se nommait Jehan Revert. Né en 1920, décédé en 2015, Jehan Revert, ordonné prêtre en 1944, succéda trois ans plus tard à Jacques Delarue (le futur premier évêque de Nanterre) au poste de maître de chapelle de la cathédrale et fut bientôt nommé directeur de l’École de la maîtrise où lui-même avait étudié pendant l’enfance. Il ne quitta cette fonction que trente ans plus tard. Or, l’on doit au chanoine Revert une version harmonisée du Victimae paschali laudes pour grand orgue et chœur, créée par Pierre Cochereau et chantée depuis lors chaque année à Notre-Dame, le jour de Pâques. La vénérable monodie grégorienne cède ici la place à une œuvre conçue pour emplir une vaste nef ; le rythme ternaire est plein d’entrain, les orgues et les chœurs dialoguent avec vivacité. C’est cette version moderne que la maîtrise et les chœurs de Notre-Dame interprétèrent en ce dimanche si particulier, seuls : car les chanteurs de Saint-Eustache eurent l’élégance de s’effacer, reconnaissant ainsi à leurs camarades comme une préséance, rendant hommage aussi à cette maîtrise plusieurs fois centenaire et désormais sans toit.

Jakob Lenz ou la pluralité des mondes mémoriels
(Extrait de Nicolas Darbon, Wolfgang Rihm et la Nouvelle Simplicité, Lillebonne, Millénaire III, distribution : Symétrie, 2007,p. 135-139)
par Nicolas DARBON

Jakob Lenz, opéra du compositeur allemand Wofgang Rihm, sera donné au Festival d'Aix du 5 au 12 juillet 2019 dans la mise en scène de la célèbre Andrea Breth. Créé en 1979 à Hambourg, quand Rihm n'avait que 27 ans, l'opéra est depuis devenu un chef-d'oeuvre du XXème siècle. Nicolas Darbon, maître de conférence HDR en musicologie à l'université d'Aix-en-Provence, nous présente l'opéra, et plus particulièrement la complexité de son livret, entre folie et réalité.

Jakob Lenz ou la pluralité des mondes mémoriels
(Extrait de Nicolas Darbon, Wolfgang Rihm et la Nouvelle Simplicité, Lillebonne, Millénaire III, distribution : Symétrie, 2007,p. 135-139)
par Nicolas DARBON

Jakob Lenz, opéra du compositeur allemand Wofgang Rihm, sera donné au Festival d'Aix du 5 au 12 juillet 2019 dans la mise en scène de la célèbre Andrea Breth. Créé en 1979 à Hambourg, quand Rihm n'avait que 27 ans, l'opéra est depuis devenu un chef-d'oeuvre du XXème siècle. Nicolas Darbon, maître de conférence HDR en musicologie à l'université d'Aix-en-Provence, nous présente l'opéra, et plus particulièrement la complexité de son livret, entre folie et réalité.


Jakob Lenz de Wolgang Rihm est représenté cet été au festival d’Art international d’art lyrique d’Aix-en-Provence ; cet opéra fait l’objet d’un numéro de la revue Avant-Scène Opéra en 2019. Jakob Lenz, créé en 1978, est un opéra de chambre sur un livret de Michael Fröhling d’après la nouvelle du même nom de Georg Büchner. Il faut rappeler que Büchner n’est autre que l’auteur de Wozzeck mis en musique par Alban Berg et que Jakob Michael Reinhold Lenz (1751-1792) n’est autre que l’auteur des Soldats qui a, quant à lui, inspiré l’opéra du même nom de Bernd Alois Zimmermann, créé à Cologne en 1965. Wozzeck, Les Soldats, Jakob Lenz… trois opéras majeurs du XXe siècle aux liens généalogiques profonds.
L’espace immatériel et symbolique de la mémoire et les errances hallucinées des corps se déploient dans cet opéra. Cependant, la surécriture n’est pas nouvelle ; elle plonge ses racines dans une terre ancienne, bien avant Luciano Berio (Sinfonia, 1968) et d’autres «  contemporains  ». Le Jakob Lenz de Rihm est plutôt une condensation, ce que renforce le genre utilisé – entre opéra et théâtre musical -, harcelé par l’histoire, ainsi que le courant esthétique occupé par le compositeur : on confère à la Nouvelle Simplicité, dont Rihm serait la figure emblématique, une place entre tradition et modernité. Quant à l’écrivain Lenz, il a donc bel et bien existé ; après avoir écrit Die Soldaten (1776), l’artiste sombre dans la folie, la misère et l’oubli. Il meurt à Moscou, à la suite d’une crise d’éthylisme ; on ignore où se trouve sa tombe ; c’est la vie de cet écrivain tourmenté que reprendra Büchner.
Lenz, partition et livret, est entièrement remanié par le Rihm, lequel y intègre de nombreuses références à l’histoire. La pièce inachevée de Büchner était déjà très dense et ambiguë, tournant autour du thème de la folie. Des personnages, Rihm se plaît à intensifier la subjectivité et les contours psychologiques. Il use du pastiche : récitatif, Lied, et de la citation : choral, chanson à boire. La pièce de théâtre reposait sur les notes d’Oberlin, pasteur, médecin philanthrope, mais le livret de Fröhling mêle, à un pseudo-récit documentaire, un ton poétique sturm und drang assez déconcertant. Nouveau pastiche? Altération de la logique historique? Cette perturbation stylistique sert les thèmes de la folie et de la mort. On a pu parler ainsi d’un Lenz mythique, exemplaire, d’une Passion contemporaine. En plus des références temporelles multiples, Rihm se plaît à édifier son opéra sur des formes musicales baroques ou traditionnelles telles que le motet, le madrigal, la parodie, le rondeau, l’ostinato, la danse. Ce qui n’est pas sans rappeler les opéras de Berg et Zimmermann ! Sans parler des propos du héros illuminé : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Le tout sur le mode semi-parlé, le plus souvent ; une heure de conversation entre Lenz, Oberlin et Kaufmann. L’espace intérieur – les émotions, la psyché - est rendu par les voix de soprani en contrepoint ; transposé à l’espace scénique, cela donne, vers la fin, une camisole de force. Les soprani unissent par ailleurs intériorité (psychologie) et extériorité (Nature) ; elles sont la personnification de la Nature, ce qui est tout à fait de tradition allemande : que l’on songe notammant aux Hymnes à la Nuit de Novalis. Le livret repose sur la force centripète de la folie de Lenz ; or ce « personnage principal », nous précise Rihm, est lui- même « surface d’action à plusieurs niveaux1 ». Sa tessiture, par exemple, entre dans celles utilisées par ses deux compagnons, l’un ténor, l’autre basse (limites supérieure et inférieure). De même, l’instrumentarium restreint, avec clavecin, et les voix d’enfants, à la Wozzeck, resserrent l’espace acoustique autour de Lenz : complicité, intimité, intériorité. La rigidité, le confinement psychologique sont rendus par d’insistantes figures rythmiques et harmoniques.
La complexité du personnage en proie à la folie se manifeste par jaillissements ; les contrastes apparaissent comme des « strates », des atmosphères chargées d’électricité somatique ; la musique doit prendre le plus direct, le plus simple chemin vers le coeur de l’auditeur, le plonger dans le même trouble, d’un état intérieur à un autre. C’est pourquoi réalité et dé-réalité – comme le souligne Maurice Merleau-Ponty, « l’hallucination n’est pas une perception, mais elle vaut comme réalité2 » –, sont en concurrence perpétuelle, l’une tentant de tuer l’autre, prisonnière d’une mémoire vacillante et d’un présent étouffant. Rappelons que cette mémoire fictive est tout à l’image du compositeur lui-même ; l’opéra de Rihm, à l’instar de son héros, n’est qu’une manifestation de son magma intérieur, toujours in progress, authentique libération d’une personnalité diffractée, émergeant comme telle à chaque œuvre.
La scène musicale est pour moi le lieu du fabuleux et de l’humain exacerbés. Dans Jakob Lenz, l’humain glisse souvent dans le fabuleux, car le réalisme d’un esprit dérangé qui s’exhorte lui-même prend un visage irréel – à moins que nous soyons incapables de le comprendre autrement que comme tel. Sur scène, un personnage comme Jakob Lenz est complexe parce qu’il cache simultanément plusieurs scènes que la musique doit représenter. J’ai essayé la manière la plus directe : les strates musicales ne sont pas soigneusement séparées, mais omniprésentes, jusqu’à ce que – régies par leur propre dramaturgie – elles jaillissent impétueusement. La forme musicale est celle d’un rondo qui aurait plusieurs strates, une sorte de « relief »; la proximité et l’éloignement psycho- logiques sont mis en musique de façon perspectiviste, comme des courants d’atmosphère. Le fil auquel Jakob Lenz est suspendu doit être le courant qui pénètre le cœur des auditeurs. (Rihm3)
La structure dramaturgique est éclaircie par la musique. Dans un premier temps, intensification, crises de folie, conversations nourries et refus de guérir, de rejoindre les vertes prairies de la sagesse. La simplicité harmonique n’a d’égale que la linéarité du tissu motivique. Après le septième tableau, sommet de l’œuvre, le salut prend les traits de l’enfermement. La musique se fragmente, se dramatise, se raréfie au profit du parlé, murmuré, des voix intériorisées, confie plus de force aux instruments, plus de présence aux rythmes et aux motifs dont les jaillissements se font plus spontanément encore.
Il ne s’agit donc pas d’une histoire à rebondissements ; le décorum est totalement exclu. Dans l’opéra, pas de spatialisation, encore moins de spatialisation musicale ; on ne décrit pas l’errance sur la scène. On opère par court-circuits ; on va droit à l’essentiel ; la logique des conventions en est bien sûr affectée. Il est loin, le wanderer arpentant la montagne ; le réalisme du voyage, fût-il initiatique, apparaît autrement que dans le cadre d’une quête. Le voyage se signale ainsi : Jakob Lenz se trouve projeté d’un endroit à l’autre ; après la marche supposée dans les Vosges, le voici dans la fontaine de Waldersbach où le découvre Oberlin. De la chronique simple du Lenz des Soldats, avec Rihm nous passons à une transposition à un univers onirique pur. Nous sommes dans l’inconscient du héros, dans l’espace mnésique d’un être en crise, victime d’hallucinations : au premier tableau, des voix l’appellent : « Esprit ! », « Viens ! » Cet espace virtuel est moins important pour ce qu’il est que pour ce qu’il contient de symboles, de force expressive et de véracité psychologique.
Or la scène, qui nous plonge dans du temps et de l’émotion, renvoie musicalement à un état extrêmement fragmenté aussi bien que clos. Aucune allusion, description, métaphorisation ; présence effective d’un état supposé, vécu comme tel, virtuellement, la folie de Lenz. Enfermement dans un présent disloqué. Au sens premier : huis-clos. Pour Jean-Pierre Ryngaert, l’ici et maintenant devient « le creuset où le dramaturge conjugue à tous les temps les fragments d’une réalité complexe, où les personnages, saisis par l’ubiquité, voyagent dans l’espace, par l’intermédiaire du rêve ou bien, davantage encore, par le travail de la mémoire4 » .
La folie, faux rêve, mémoire agissante, lieu des obsessions, impose sa temporalité : l’accord initial (Si-Fa-Solb) enserre l’opéra dans son entier, sous de multiples formes harmonique et motivique, sorte de Leitmotiv de Lenz (au sens large). La dramatisation annihilée installe cette plage de fiction pseudo lyrique dans une tension séquentielle baroque. Eclatement pris à la gorge, expression d’une angoisse face au déroulement des faits, la musique, de même que le récit, a recours « à la réfraction prismatique pour saisir un monde instable, pris entre l’ordre et le désordre5 ». La mémoire est happée par la subjectivité ; le présent se nourrit sans attendre, dans l’instant, d’une histoire désarticulée, émiettée, mixée ; quant à l’auditeur, il doit rester à la surface des sons pour saisir l’unité des fragments qui s’entrechoquent et produisent à eux seuls le sens profond.
Ainsi, la complexe simplicité du héros, de son tourment, est dévolue à la pluralité des mondes mémoriels, espace ouvert tout autant que clos, infiniment, sollicitant l’imagination non moins dynamique du public.

1 RIHM, Wolfgang, cité in Jakob Lenz, programme, Nanterre, Théâtre des Amandiers, 1995.
2 MERLEAU-PONTY, Maurice, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 394.
3 RIHM, Wolfgang, cité in GINDT, Antoine, « Jakob Lenz selon Wolfgang Rihm », livret de l’opéra, Opéra du Rhin, septembre 1993.
4 RYNGAERT, Jean-Pierre, Lire le théâtre contemporain, Paris, Dunod, 1993, p. 102. 5 Ibid., p. 103.

« La pratique de la musique juive en Alsace  »
par Hector SABO

Pour commencer, je voudrais vous raconter que, dès mon arrivée en France il y a trente-deux ans, dans le but de compléter ma formation de musicien classique, c’est le hasard, celui des situations, des rencontres, qui m’a « invité » de manière un peu inattendue, à m’intéresser aux divers aspects de la musique juive, avec un accent particulier mis sur la pratique des musiques liturgiques.

Brève présentation de mes motivations pour le sujet
C’est à partir de ma deuxième année en France que j’ai eu l’occasion d’explorer et de pratiquer ces musiques-là pendant les dix-huit années d’activité musicale passées à la tête de la chorale Le Chant Sacré de la Grande Synagogue de Strasbourg, puis, par la suite, avec le Chœur Juif de France, que je dirige depuis douze ans sous l’égide du Consistoire israélite de Paris–Ile de France. A Strasbourg, ce sont aussi vingt-trois années d’activité ininterrompue déjà, depuis 1996, avec la création et la direction musicale et artistique du chœur Les Polyphonies Hébraïques de Strasbourg, qui me donnent à chaque nouvelle saison l’occasion d’explorer de nouvelles pièces de ce riche répertoire qu’est celui de la musique hébraïque, ou de la musique liée d’une manière ou d’une autre à la culture juive.

Informations supplémentaires sur mes motivations et entrée en matière
Les recherches en musicologie que j’ai pu effectuer lors de mes études à l’université de Strasbourg m’ont également permis de découvrir divers aspects de la musique juive en Alsace, puisque j’avais choisi comme sujet d’études : l’exploration de la vie et de l’œuvre d’Israël Lovy, celui qui fut le premier Ministre-officiant du premier Temple consistorial de Strasbourg.

Impuls 11th International Ensemble and Composers Academy for Contemporary Music 2019 s’est tenu du 10 au 21 février dans la ville de Graz en Autriche. À cadence biennale, depuis 1998, et notamment dès la dernière décennie, Impuls représente l’un des moments de rencontre les plus importants en Europe pour les jeunes compositrices/compositeurs et les jeunes interprètes ou performers de musique expérimentale.

Impuls est caractérisé par une grande ouverture à l’avantage de la génération émergente. On peut compter quelques centaines de participants provenant de 50 pays : environ 150 jeunes interprètes participants à Impuls Academy et 125 jeunes créateurs inscrits aux cours de composition ou aux nombreux Special Programs de création. L’ouverture est déterminée par une sélection parmi les profils, des musiciens et des compositeurs participants, basée sur les projets novateurs ; il n’y a pas de limite d’âge et toutes les esthétiques ou les « zones » d’influence stylistique sont acceptées par le festival et par l’académie.

Dans l’édition 2019 du festival parmi les activités les plus remarquables dédiées aux jeunes interprètes professionnels on peut rappeler le concert d’ouverture tenu le 10 février par l’Ensemble Schallfeld à la Helmut List Halle, concert dirigé par Lars Mlekusch comprenant quelques œuvres des tutors de composition de l’académie (musiques de Alberto Posadas, Agata Zubel, Simon Steen-Andersen, Jorge Sánchez-Chiong et, pour clôturer la soirée, on a écouté Professor Bad Trip : Lesson 1 de Fausto Romitelli). L’Ensemble Schallfeld, fondé en 2013 par des alumni du Klangforum Wien et de l’Université KUG de Graz, aujourd’hui l’un des ensembles les plus importants sur la scène expérimentale internationale, s’engage notamment dans la promotion de musique de compositeurs émergents et dans la production d’œuvres du répertoire du 21ème siècle.

Le 12 février au Mumuth (György-Ligeti-Saal), l’attention s’est centrée sur la performance audiovisuelle. L’Ensemble Nikel a proposé la soirée intitulée CinemaScope Music, trois court-métrages de la CinemaScope Trilogie du cinéaste autrichien Peter Tscherkassky, L’arrivée (1998), Outer Space (1999) et Dream Work (2001), ont été utilisés comme point de départ pour la composition expérimentale. Six commandes ont été passées par des institutions faisant partie de l’EU-Ulysses Network à six compositrices/compositeurs : Simon Løffler, Joan Gómez Alemany, Clara Iannotta, Mirela Ivičević, Yoan Levy et Julian Malaussena.

La soirée du 13 février a vu des interprètes émergents prendre possession de la scène du Mumuth, les alumni du IEMA-Ensemble édition 2018/19 dirigé par Musashi Baba ont joué la musique de Witold Lutosławski (Slides, 1988), Rebecca Saunders (Into the Blue, 1996), George Benjamin (Octet, 1978), Bernhard Gander (Schlechtecharakterstücke, 2009), Francesco Filidei (I funerali dell'anarchico Serantini, 2005-2006) et John Zorn (Cobra, du 1984). Le soir du 14 toujours au Mumuth, l’ensemble Zone Expérimentale Basel dirigé par Mike Svoboda a interprété des œuvres de compositrices/compositeurs émergents : Misha Cvijovic, Stylianos Dimou, Rakhat-Bi Abdyssagin, Alyssa Aska, Martin Ritter et Martin Loridan. Tandis que, le 15 au soir le Klangforum Wien dirigé par Ilan Volkov a donné un concert à la Helmut List Halle incluant six nouvelles pièces commissionnées par Impuls Festival à compositrices et compositeurs alumni de l’ancienne édition Impuls 2017. On a écouté les créations de Jung-Eun Park, Hakan Ulus, Timothy McCormack, Chris Swithinbank et Nuno Costa.

La journée du 16 février a été dédiée à Impuls MinuteConcerts, Walk through Galleries with Music, une série de huit concerts de musique de chambre tenus par les interprètes de la Impuls académie dans des différents endroits de la ville liés à des actions artistiques. En parallèle le même jour, le Klangforum Wien dirigé par Ilan Volkov a tenu une Reading-session à l’Université de Graz (au Mumuth) proposant une lecture/répétition des nouvelles pièces de Simone Cardini, Matteo Gualandi, Alessandro Milia, Giulia Monducci, Idin Samimi Mofakham et Marcio Steuernage. Egalement dans la journée du 17, entre 10h et 23h, A Day on Campus and in the City (au KUG, au Forum Stadtpark, au musée MUWA et dans d’autres endroits stratégiques dans la ville de Graz), des solistes et des formations de chambre participants ont réalisé douze concerts. Le 19 et le 20 ont été aussi complètement dédiés à la vie dans le campus où se sont produits tous les participants dans la MarathonConcert I et II. Deux jours de musique de 17h jusqu’à environ 1h/2h du matin avec un répertoire allant du solo à la musique pour grand ensemble et avec des dizaines d’œuvres de compositeurs et compositrices participants et également de pièces de répertoire du 20ème e 21ème siècle. Une grande fête de l’interprétation et de la performance réalisée par les participants de Impuls à chaque édition. Grande Finale le 21 avec les Ensembles Impuls Academy 2019 dirigés par Ernst Kovacic, Lars Mlekusch et Peter Rundel, proposant musique de Salvatore Sciarrino (... da un Divertimento, 1968-1970), Luca Francesconi (A fuoco, 1995), Bernhard Gander (Beine und Strümpfe, 2007), Agata Zubel (Aphorisms on Milosz, 2011), Simon Steen-Andersen (On an Off and To and Fro, 2008), Francesco Filidei (Ballata Nr. 2, 2011) et Jorge Sánchez-Chiong (Final Girl, 2009).

L’offre d’activités liées à la création a été impressionnante même pour cette édition. Voici un catalogue des Special Academy programs pour jeunes compositrices et compositeurs : 1) Music Extended avec Simon Løffler, 2) Another Stage avec Jorge Sánchez-Chiong, 3) Extended Percussion Composition avec Michael Maierhof et Christian Dierstein, 4) Algorithms that Matter (ALMAT) avec David Pirrò, Hanns Holger Rutz et Robin Minard, 5) Composers meet Accordionists avec Bernhard Gander et Krassimir Sterev, 6) Micro-Music Lab avec Dmitri Kourliandski et Mats Scheidegger, 7) Reading sessions avec Klangforum Wien et Ilan Volkov, 8) Call for Scores: Voice_Noise_Toys avec Andreas Fischer et Agata Zubel, 9) Call for Scores: Piano ++ and Workshop-Forum avec Anna D´Errico, 10) Call for Scores : Viola Combined avec Geneviève Strosser et Dimitrios Polisoidis, 11) Call for Scores : Harp solo or chamber music with harp and oboe or clarinet, 12) Call for Scores : Writing for and playing avec Japanese Koto, 13) Call for Scores : IEMA-Ensemble 2018/19, 14) Call for Scores : zone expérimentale basel, 15) Oboe. Lecture, Sketches, Try-out & Feedback avec Ernest Rombout, 16) Notation seminar avec Clemens Merkel, 17) On Percussion. Masterclass for Composers avec Christian Dierstein, 18) Piano Preparation Workshop for Composers and Instrumentalists avec Andreas Orasch, 19) Commedia dell'ascolto avec Dmitri Kourliandski et Mats Scheidegger et 20) Yoga for Musicians avec Eva Furrer.
Pour visionner le programme complet des activités de Impuls 2019 visiter le site-web http://www.impuls.cc/home.html.

Alessandro Milia

 

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“It’s a piece full of contrasts” says the 30-year-old from England who currently lives and works as a composer in Stuttgart, Germany. Mond(schatten) [Moon(shadow)] commissioned for flute and bass flute, composed in September 2017, was premiered on September 9, 2018 as part of the concert series “Orgel plus” in Kornwestheim near Stuttgart.

She plays the trombone and conducts several wind ensembles in the Stuttgart region, for which she writes new compositions in a variety of styles. She consequently has a natural affinity for wind instruments, and this isn’t her first piece written for flute. Whilst studying for her master’s degree at the music conservatory in Stuttgart with Caspar Johannes Walter she wrote Zwei Kreise [two circles] for solo flute and to a crow for flute and tape. In her own words, Sophie Pope says this piece is dedicated to these highly intelligent birds (crows), which don’t necessarily impress through their beautiful song, often look quite bedraggled and don’t embody a traditional style of beauty. The composer thinks there are already plenty of pieces about pretty birds with pretty songs. For this reason, she has dedicated the piece, which uses many extended techniques, to this more unconventional bird. The sequel II a crow for solo violin won a call from the British record label RMN. She is one of the founding members of the Stuttgarter Kollektiv für Aktuelle Musik (S-K-A-M).

In 2013 Sophie Pope studied for a semester in the USA and met the shakuhachi grand master James Nyoraku Schlefer who is the only non-Japanese person to hold this highest of titles for players of this instrument. The shakuhachi is a traditional Japanese bamboo flute. This longitudinal flute is open at both ends, has finger holes and a sharp edge at the top to blow across. Master players like James Nyoraku Schlefer show the great range of subtle colours and sounds that can be produced on such an instrument through varying the embouchure, dynamic and intonation. Sophie Pope enjoys writing for unusual combinations of instruments and composed Bailey Island for cello and shakuhachi which has since been played in Stuttgart and New York.

This resonates in the flute writing for Mond(schatten) which requires a lot of differentiation in sound production (see the example page 2 of the score) and is quite difficult to notate using classical notation. The “bisbigliando” on the d6 in bar 27 is played by fingering the note with the left hand and lightly and quickly adding fingers of the right hand. This vibrato-like effect is comparable to “flattement” on baroque transverse flutes. For the small microtonal adjustments, as in bar 29, partial covering of the finger holes is a good method. This is only possible with an open holed flute. The harmonic a6 can be achieved by overblowing the d5.

These delicate melodic patterns are contrasted by the simpler effects in the bass flute. Variations on a type of dorian scale on d sound ranging from a “normal” legato in bar 21 to a succession of “lip pizzicati”, produced by the consonant “p” with no air sound, to key clicks and percussive sounds such as “tongue pizzicato”, similar to the “lip pizzicato” but with the consonant “t”. Bell sounds as kinds accentuated notes which decay rapidly, as in bar 27, enhance the expression of the lower flute. Whilst the smaller flute is bound to the tempo of 72 beats a minute, the bass flute is not metrically strict. The repeating effects are important. The top part determines when each action ends.

Whilst the composition on this page is in many ways contrapuntal, there are exact parallel progressions later in the piece, including simultaneous sound effects on interval trills of different pitches and amplitudes. These small sections are part of a larger form in three sections which focus on the different moon phases in the moon cycle. In the first part, the rests last for an exact duration in seconds which gradually decrease and eventually disappear. They represent the gradual recession of the dark part of the moon, via the half moon to the full moon. It becomes apparent how important it is to actively and expressively perform rests. It is incredible how long a rest of 8 seconds feels to a performer!

The middle section of 28 bars is effectively a time-lapse of the entire moon cycle with its climax in the afore mentioned interval trills, which due to the high register for both flutes create a bright, shimmering effect. The intonation is truly gliding, as some notes in the two parts sometimes only differ by a quarter-tone. The flutes finally meet on the central note d5 in the last bar of this section.

The third part of Mond(schatten) immerses the listener in the gradual increase of the dark side of the moon. The less light the earth’s satellite has, the longer the rests become. Is it because of the efforts of the preceding music that the rests now feel like a welcome breather for the performers and are easier to count?

The listeners were impressed by the almost nine-minute-long premiere of Mond(schatten) which is all the more notable, since the piece was played during a “classical” concert.

For musicians it is definitely worth while to learn this work, the top part being the more difficult. The bass flute part has its challenges in the interval trills and harmonic notes in the high register. Otherwise, the piece is suitable for players who don’t have that much experience of the bass flute and would like to learn some of the possibilities of this magnificent instrument in a fascinating work.

The scores to all the mentioned pieces are available via the contact form at www.sophiepope.com Link to original publication : http://sophiepope.com/images/mondschatten-book.pdf

 

Sabine Baumert

 

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