Spécialiste de la musique espagnole ancienne, Cristina Diego Pacheco présente un état assez neuf de la vie et de la production de Cristobal Moralès, né à Séville vers 1490 ayant bénéficié d'une formation dans l'entourage de musiciens de la fin du XVe siècle, tels que Pedro Escobar ou Francisco de Penalosa. Dès 1526, il commence sa carrière à Avilla (sans doute comme maître de chapelle. Il est mentionné comme chanteur de la Chapelle Pontificale entre 1535 et 1545 au service du Pape Paul III. Il exercera ses activités en Espagne à la Cathédrale de Tolède, puis à Malaga entre 1551 et son décès en 1553. Ses premières œuvres (Messe, Magnificat), imprimées à Lyon dès 1539, seront très appréciées et rééditées après sa mort. Certaines pièces vocales bénéficieront d'une réécriture en versions instrumentales. Elles marquent un jalon important dans l'évolution esthétique de la musique européenne. Sa musique s'impose par son originalité et sa forte personnalité. À ces fonds s'ajoute un abondant répertoire manuscrit non daté.

 

Ce livre, malgré son style dense, s'impose par la démarche sérieuse de l'auteur qui a le sens de l'argumentation, lui permettant de rectifier des anciennes données bibliographiques dues à l'homonymie et de les confronter aux hypothèses les plus récentes concernant son arrivé en Italie. Elle s'interroge d'abord sur la production « pré-romaine » donc espagnole jusqu'en 1535, comprenant par exemple une Messe avec ténor sur le cantus firmus d'une chanson espagnole. Elle examine aussi la datation exacte d'après les privilèges, la licence d'impression, étudie les circonstances de la composition (occasion : fête, procession, synode…) et se livre à des considérations compositionnelles. Cristina Diego Pacheco relève même un contresens philologique (p. 25-27) à propos d'un pseudo « ouvrage de couture » : les verbes tanger, teger signifient « tisser », alors que taner a le sens de jouer de la musique (et non de « tisser »…). Elle distingue judicieusement les œuvres espagnoles, c'est-à-dire « pré-romaines », romaines, puis les œuvres tardives, et dégage « l'hispanité » du musicien. À côté de ce remarquable apport historiographique et technique, les musicologues et interprètes sont fascinés par le Manuscrit de Valladolid (p. 35 sq.) et sa transcription (p. 147-242) accompagné de son protocole éditorial et de descriptions codicologiques : 5 Cahiers de dimensions variables, de provenance « sans doute génoise », graphies, filigranes, copistes succesifs, le terminus postquem se situant à la fin du XVe siècle et antequem vers 1600… et mettant en garde contre les fausses attributions. L'œuvre de Cr. Moralès comprend des Messes, Offices de Vêpres, Offices pour les défunts, Motets pour différentes périodes du calendrier liturgique à finalité fonctionnelle. Le manuscrit contient deux Messes, trois Motets, deux Magnificat composés pour les Messes et Vêpres. Il bénéficie d'analyses musicales précises. Son répertoire donne un aperçu des œuvres polyphoniques pré- et post-tridentines cultivées dans cette Cathédrale.

Cristina Diego Pacheco, s'appuyant notamment sur la consultation de nombreux documents (inventaire du fonds d'archives musicales de la Cathédrale de Valladolid par Higinio Anglès (1948) puis José Lopez-Calo), a consulté des sources précises : livre de fabrique de la Cathédrale, inventaire, actes du Chapitre (salaires…). Les mérites de son ouvrage sont considérables : rectification de données biographiques erronnées et d'attributions douteuses ; révision et actualisation de la période pré-romaine ; apport à l'histoire sociale de la musique religieuse ; transcription et commentaire des œuvres et Bibliographie raisonnée particulièrement étoffée (p. 247-260). À plus d'un titre : une belle mise au point.