Hélène PIERRAKOS : L'ardeur et la mélancolie. Voyage en musique allemande. Paris, FAYARD (www.fayard.fr ), Coll.  Les chemins de la musique, 2015, 199 p. – 18 € .

Les problèmes d'identité concernant les arts sont d'actualité. Hélène Pierrakos convie ses lecteurs à un itinéraire musical allemand qui lui permet de détecter une certaine « germanité » de la musique, ce qui est aussi le cas en philologie allemande avec certains concepts typiques tels que la Sehnsucht ou la Gemütlichkeit pour lesquels il est difficile de rendre le sens précis en français. L'auteur a recherché des parallélismes entre des atmosphères, des sentiments, certains thèmes et les œuvres des compositeurs. Sa démarche — comme jadis Hans Pfitzner dans sa Cantate Von deutscher Seele (1921) [c'est nous qui soulignons] — consiste à vouloir dégager ce qui fait l'âme allemande dans la musique avec la correspondance entre les sons, la langue, les mouvements ; entre « ardeur et mélancolie » notamment.

 

Il ne s'agit pas d'un « guide de voyage », encore moins d'un « mode d'emploi » de la musique, mais d'une série d'impressions situées dans le temps et dans l'espace. L'auteur met l'accent sur l'écoute (et non pas l'analyse desséchante) et insiste sur les effets que procure la musique germanique : sentiment d'exaltation, élévation mystique, élan vers l'inconnu ou « nostalgie d'un retour au bercail » (p. 189), alors que les compositeurs allemands baroques, dans la mouvance du Luthéranisme, traduisent musicalement l'austérité et la mélancolie, mais aussi le sentiment de majesté. Ses judicieuses suggestions et ses constats significatifs en vue de dégager l'identité germanique de la musique allemande nécessitent une solide connaissance des poètes : Heinrich Heine (1797-1856), Johann Gottfried Herder (1744-1803) au sujet du folklore, Joseph Eichendorff (1788-1857), Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), Friedrich Rückert (1788-1866) au sujet des Lieder…, des philosophes : Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), Emmanuel Kant (1724-1804), Friedrich Nietzsche (1844-1900), Novalis (1772-1801) et, bien entendu, des compositeurs, notamment Heinrich Schütz (1585-1672), Jean Sébastien Bach (1685-1750), Joseph Haydn (1732-1809) avec, par exemple : Die Schöpfung, Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Felix Mendelssohn (1809-1847), Johannes Brahms (1833-1897), « archétype allemand romantique et baroque », Franz Liszt (1811-1883) avec ses Années de Pèlerinage ou encore Gustav Mahler (1860-1911) avec ses Rückert Lieder.

Ces exemples, parmi d'autres, ont permis à Hélène Pierrakos de mettre en relief des binômes : solitude et acceptation ; plénitude et manque ; ardeur et joie ; tragique et exaltation et, au final, de souligner la tension entre les deux pôles : entre ardeur et mélancolie, conformément au titre de ce livre pas comme les autres. À lire avec grande curiosité d'esprit et intérêt soutenu.

 

Édith Weber