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Catégorie : Livres

Centre de documentation pour l'Art Choral, Cahier répertoire : Le mouvement orphéonique français. Dijon, LAB (Liaison Arts Bourgogne) (www.le-lab.info ), n°11, octobre 2015, 43 p. -10 €.

Comme le fait observer Françoise Passaquet, le mouvement orphéonique remonte à la fin du XVIIIe siècle, évolue lors de la Révolution française car le peuple doit chanter aux fêtes particulières — cf. Hymnes d'Étienne-Nicolas Méhul (1763-1817), de François-Joseph Gossec (1734-1829).

Il sera encouragé par l'industrialisation progressive (Schneider, Schlumberger, Renault, Péchiney…) et l'arrivée du chemin de fer permettant aux ouvriers et aux paysans de se regrouper. La création des Orphéons (voix d'hommes, éventuellement d'enfants) encourage l'éducation populaire et l'enseignement mutuel, car les parents peuvent s'associer aux écoliers pour chanter. Ces sociétés chorales réunissant de nombreux corps de métier favorisent l'émulation, l'entraide et le sens moral.

Les diverses rubriques mentionnent les idées de Saint-Simon (1760-1825) et de Guillaume-Louis Bocquillon, dit Wilhem (1781-1842) qui insiste sur le rôle de l'enseignement musical dans les écoles de la Ville de Paris, fonde l'Association des Orphéons et fera appel à des musiciens de talent pour élever le niveau choral. Eugène Delaporte (1818-1886) étend le mouvement à la Province. À titre indicatif, en 1850, quelque 2000 voix sont réunies. En 1870, de très nombreux chanteurs et instrumentistes célèbrent la Sainte Cécile avec concerts, banquets, feux d'artifice et bals. Ces manifestations nécessitent un large répertoire vocal : chants religieux (Messes, Ave Maria, Prières), populaires, militaires et chants de circonstance (H. Berlioz : Chant des Chemins de fer), pour vanter les mérites de l'industrie, encourager les travailleurs et stimuler la fraternité. Après 1870, Orphéons (voix d'hommes) et Fanfares (avec vents, bois, cuivres, fifres, saxophones) coexistent. Pendant la Première Guerre mondiale, le mouvement orphéonique perd de nombreux membres ; l'institution tombera dans l'oubli et les modes de divertissement changeront, notamment avec le lancement des congés payés. Ce rappel historique — allant de la fin du XVIIIe siècle à l'Entre-deux-guerres — a défini le mouvement orphéonique en tant qu'institution, en a précisé l'évolution et démontré son apport pédagogique, didactique, moral, sociologique et politique. D'ailleurs, l'historien Georges Escoffier affirme que « À travers l'exemple de l'orphéon apparaît encore une fois clairement la complexité du champ des interrelations musique-société qui reste largement à explorer » (p. 26). 

Ce « CAHIER RÉPERTOIRE » propose également, à l'attention des enseignants et des chefs, une vaste Bibliographie intitulée « Des œuvres à chanter », classée chronologiquement et alphabétiquement par compositeur, allant du XIXe siècle au début du XXIe, où se côtoient aussi bien Ch. Gounod (1818-1893), C. Saint-Saëns (1835-1921), Jaques-Dalcroze (1855-1950) que Francine Cockenpot (1918-2001) ou encore — plus proche de nous — Jean-Jacques Werner (né en 1935). Excellente mise au point historique et incontournable plaidoyer en faveur du chant choral : hier et aujourd'hui.