Robert SCHUMANN Faschingsschwank aus Wien opus 26. Wiener Urtext Edition UT 50217. Édité d’après les sources par Michael Beiche, Doigtés et Notes sur l’interprétation de Tobias Koch.

Publié en 1841 à Vienne, joué en décembre 1859 par Carl Debrois van Bruyk, puis par Clara Schumann en mars 1860, le « Faschingsschwank est une pièce spirituelle et riche en détails émotionnels » (Schumann avait écrit à Clara : « il t’amusera sûrement beaucoup »), mais qui « n’apporta pas la satisfaction intérieure » au public viennois.
Ce Carnaval, désigné à Vienne par le mot « Fasching », grande « sonate romantique » pour Schumann, est composé de cinq mouvements. Le premier, Allegro, est un rondo où alternent un refrain énergique et cinq couplets parmi lesquels on reconnaît un hommage à Schubert, un autre à Beethoven après sept mesures de la Marseillaise (censurée par Metternich). Le deuxième mouvement est une Romanze au thème plaintif, le troisième un Sherzino espiègle au rythme pointé qui s’achève par une pirouette. L’Intermezzo passionné qui suit, noie sa mélodie dans des triolets de doubles croches, dans un esprit mendelssohnien. Un Finale volubile de forme sonate, dans un tempo extrêmement vif conclut ce Carnaval de Vienne.

Philippe BOESMANS : Tunes pour piano. Éditions Jobert JJ 2218P.

P. Boesmans « intègre […] la référence aux musiques du passé à travers trois gestes compositionnels : l’écriture en palimpseste, les libres réminiscences et les citations assumées » écrit Cécile Auzolle dans un article de 2016 « Composer avec ce qui existe […]».

Cette nouvelle parution Tunes, pour piano, est en fait une reprise remaniée de son Love and Dance Tunes créée en 1993. Cette œuvre pour baryton et piano regroupe sept pièces, trois pour piano solo, quatre pour baryton elles-mêmes inspirées de quelques Sonnets de Shakespeare : « Round », « Sonnet XVII », « About Sonnet CLIII », « Short Dance », « Sonnet LIV », « Ornamented piece », « Sonnet LXII », « Round ». Chaque pièce « pour piano solo revêt la forme d’une danse de caractère différent : joyeuse, grave… ».

Nikolai KAPUTIN : Sonata N° 8 opus 77 pour piano. Éditions Schott ED 22921.

Cent soixante œuvres, dont vingt sonates pour piano, figurent au catalogue de N. Kapustin.
La sonate n° 8, datée de 1995, précédemment éditée par A-Ram Moscow, vient d’être publiée chez Schott, le nouvel éditeur du compositeur russe depuis 2013.
Cette sonate (d’une durée de treize minutes) n’a de sonate que le nom (« sonner »). Elle est formée d’un seul mouvement à trois séquences : une ouverture Allegro, tantôt agito, tantôt tranquillo en forme de rhapsodie aux accents scriabiniens, un sherzo « décalé et capricieux », très jazzy. Suit un largo, écrit comme un adagio varié de Bach, toujours jazzy., puis nous voilà entraînés dans trois mesures de valse à quatre temps (!). Nous plongeons ensuite dans une atmosphère ravélienne avec une agitation qui nous rappelle Laideronnette, Impératrice des pagodes. Un décalage des accents renvoie à Bartok sur une succession de mesures répétitives. Le retour à la première séquence, avec quelques variations dans ’accompagnement conclut cette pièce de niveau difficile.
Sophie Jouve-Ganvert

Nikolai KAPUTIN : Contemplation opus 47 pour piano. Éditions Schott ED 22922.

« Je n’ai jamais été un musicien de jazz. Je n’ai jamais essayé d’être un vrai pianiste de jazz, mais j’y ai été contraint pour mes compositions. L’improvisation ne m’intéresse pas […]. Toutes mes improvisations sont écrites […], cela les a améliorées ».
Cette ballade d’une durée de cinq minutes, composée en 1987, se déroule en trois sections : Lento, Tempo giusto et retour au lento en coda, Come prima. La structure et l’écriture en est classique, le langage harmonique et rythmique jazz.
On notera la précision de l’écriture rythmique et l’abondance des doigtés (pratiquement à chaque note) qui, non seulement guident l’interprète, mais déterminent l’articulation minutieuse voulue par le compositeur : répétition du cinquième doigt sur deux notes conjointes, passage du troisième doigt sur le quatrième doigt, du quatrième sur le cinquième en mouvement ascendant (comme chez les virginalistes du XVIe siècle). On pourrait reprocher la notation excessive des doigtés « évidents » (on pourrait croire qu’il suffit de lire les doigtés et non la musique) qui noie la vision des doigtés « intéressants ».
Sophie Jouve-Ganvert

Ludwig van BEETHOVEN, Grande Sonate in As, « Trauermarsch » opus 26 pour piano. Bärenreiter Urtext BA 11804. Éditée par Jonathan Del Mar.

Esquissée dès 1800, cette Grande Sonate en La b Majeur, dédiée au Prince Charles de Lichnowsky, mécène de Beethoven depuis 1792, est publiée en 1802, chez Cappi, à Vienne. Elle est la seule dont le premier mouvement s’ouvre par un thème varié (cinq variations) : Andante con Variazioni, rappelant ainsi par la forme la fameuse sonate « Alla Turca », K 331 de Mozart et annonçant le thème de l’Impromptu n° 2 D 935 de Schubert. Le Sherzo, au tempo très rapide (Allegro molto) à l’articulation détachée, joue dans un flou tonal avec un ré tantôt bécarre, tantôt bémol. Son Trio en Ré b M tranche par son sempre ligato et renvoie au début du sherzo par un jeu d’articulation et d’harmonies inversées judicieux. Le troisième mouvement Marcia funebre sulla morte d’un Eroe (Marche funèbre sur la mort d’un héros), qui a inspiré Chopin, fut jouée aux funérailles de Beethoven, dans la version qu’il avait lui-même orchestrée (dans cette unique orchestration de l’auteur, les tremolos imagés du piano sont facilement transposés en roulements de tambour). Le quatrième mouvement Allegro est un rondo en arpèges brisés de doubles croches continuelles. [Cette sonate porte le numéro 12 dans les catalogues].
La notation est dans son ensemble conservée. Quelques indications sont modernisées (cresc., soufflets, grupettos, abréviations) et signalées entre crochets. Des liaisons (évidentes) sont ajoutées en pointillés.

Ludwig van BEETHOVEN, Grande Sonate in Es opus 7 pour piano. Bärenreiter Urtext BA 11802 Editée par Jonathan Del Mar.

La seule source de la présente parution, dénommée Grande Sonate par Beethoven lui-même, est la première édition, chez Artaria, à Vienne, en octobre 1797. L’œuvre, dédiée à la comtesse Anna-Luisa de Keglevics (dite Babette), élève talentueuse de Beethoven et dédicataire également du Concerto pour piano n° 1 en Do Majeur op. 15, fut publiée séparément, et non dans un recueil, fait rare à l’époque. Cette sonate [qui porte le numéro 4 dans les catalogues] comporte quatre mouvements :
1. Allegro molto e con brio
2. Largo, con gran espressione
3. Allegro
4. Rondo. Poco allegretto e grazioso

Le premier mouvement, ternaire, à deux thèmes, enchaîne différentes rythmiques, avec sauts d’intervalles redoublés, batteries, accents, interrompues par un bref passage en la mineur et se termine sur une longue coda. Le Largo présente un mélange de texture avec de nombreuses indications de dynamique et des effets orchestraux. L’Allegro, à la carrure de menuet dans son exposition, développe un minore en fougueux triolets aux deux parties. Le Rondo au refrain gracieux joue avec les modulations tandis que les couplets tourbillonnent allègrement.

Arletta ELSAYARY : Norbert le pivert pour piano. Élémentaire. Lafitan : P.L.3245.

Cette courte pièce d'une durée d'une minute vingt est éditée dans la Série « Nos amis les oiseaux ». Très ludique, cette œuvre imaginative dépeint le pivert dans tous ses états : picotant un arbre, câliner, se fâcher, etc. Il y a une certaine égalité technique entre les deux mains, bien que leur indépendance soit mise à l'épreuve. On a, de fait, des articulations contrastées : par exemple pendant que la main droite « picore », la gauche chante. Ou encore on passe d'une nuance forte à un piano subito. Tout cela est facilement amusant.
Marie Fraschini

Célino BRATTI : Le Bal des crinolines pour piano. Élémentaire. Lafitan : P.L.3162.

« La costumière s'est endormie ; toutes les robes à crinolines s'en sont allé... au Bal des crinolines ». Cette valse pédagogique rappelant les bals des années victoriennes, permet sous un air enjoué de travailler plus particulièrement les empreintes à la main droite. En effet au travers d'accords successifs et d'octaves à tenir tout en jouant d'autres accords, la main droite est tout particulièrement sollicitée pendant que la main gauche l'accompagne d'accords ponctuels. De plus cette courte pièce de 2'25'' permet d'accroitre le caractère impétueux du comédien que chaque artiste se doit de faire resurgir en lui !
Marie Fraschini

Antoine REICHA : 57 Variations sur un thème de Grétry op. 102. Édition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0833-9.

On verra dans la présentation toujours aussi pertinente et rigoureuse de Michael Bulley que ce titre traditionnel ne figure pas dans l’édition originale, seule source disponible pour cette édition. Peu importe que ce thème soit de Grétry ou non, ces 57 variations sont aussi variées qu’intéressantes. Elles sont une démonstration à la fois du savoir et du goût de leur auteur. Signalons que l’ensemble de l’œuvre pour piano d’Antoine Reicha a été enregistré par le pianiste Henrik Löwenmark chez Toccata Classics, une maison de disques spécialisée dans les œuvres rares https://toccataclassics.com/product/antoine-reicha-piano-music-two/ . On peut également écouter les enregistrements ou les télécharger sur cette même page.
Daniel Blackstone

Antoine REICHA : 34 Études dans le genre fugué op. 97. Cahier 1 : Livre 1 – Études 1 à 9. Édition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0838-4.
Cahier 2 : Livre 1 – Études 10 à 17. Édition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0839-1

Michael Bulley continue donc sa remarquable édition des œuvres pour piano d’Antoine Reicha. C’est à bon droit que cette édition est qualifiée de « scientifique ». On pourra lire sur le site de l’éditeur la présentation détaillée de la collection et de l’œuvre éditée. Bien sûr, l’analyse pièce à pièce se trouve dans le recueil lui-même. Rappelons que ce compositeur d’origine tchèque a fréquenté Haydn et Beethoven et, qu’émigré à Paris en 1808 et professeur de contrepoint et de fugue en 1818, il a eu pour élèves Berlioz, Liszt, Gounod et Franck… Né en 1770, il meurt en 1736. Il a été naturalisé français en 1829. Cette œuvre très importante mérite vraiment d’être redécouverte. Ces trente quatre études dans le genre fugué recouvrent des pièces très diverses : sous l’apparence de préludes et fugues en toutes les tonalités, elles ne ressemblent en rien au clavier bien tempéré de Bach. Mélodies savantes, airs populaires, le tout fugué canoniquement ou non, se succèdent dans ces études pleines de surprise.
Daniel Blackstone

Olivier GEOFFROY : La musique pour les cinq doigts pour pianistes débutants. Bayard-Nizet : BN1728.

C’est la première fois que nous recevons des partitions de cette maison d’édition belge qui offre par ailleurs des services tout à fait intéressants à découvrir sur leur site : http://www.bayard-nizet.com/Contact_fr.html
Le sous-titre indique le propos du recueil : « Comptines traditionnelles et pièces classiques simples à deux parties sans passage de pouce. » Et l’auteur précise : « Une fois le premier doigt posé, les autres trouvent leur place naturellement ». On retrouve « Fais dodo » mais aussi une « Gavotte » ou « Le bouvier » et même le début du 2ème mouvement de la symphonie du Nouveau Monde. L’ensemble des dix-neuf pièces proposées permet donc au professeur de situer chaque pièce dans l’histoire de la musique et l’intérêt culturel du recueil est certain. Ajoutons que le compositeur nous prouve qu’on peut faire simple sans être simpliste : plus les contraintes sont grandes plus le savoir faire est indispensable, ainsi que le bon goût. Et c’est bien ce que l’on trouve dans ce recueil.
Daniel Blackstone

Ludwig van BEETHOVEN : Sonates op. 31. Bärenreiter : BA 11805 – op. 78 : BA 11807 – op. 79 : BA 11815.

Les éditions Bärenreiter nous offrent donc cinq sonates de Beethoven. L’opus 31 comporte trois sonates : en sol Majeur, en ré mineur (dite « la tempête ») et mi bémol majeur. L’opus 78
est la sonate en fa # Majeur et l’opus 79 la sonate en sol Majeur dite « facile ». Nous ne reviendrons pas sur ces sonates… Ce qui fait l’intérêt de cette édition est d’abord le soin apporté tout simplement à la lisibilité de la partition. Mais c’est aussi et surtout le travail remarquable d’édition réalisé par Jonathan Del Mar. Celui-ci a effectué un travail de première main pour reprendre l’ensemble des sources disponibles et sait allier un vrai travail de musicologue à une réalisation faite pour être jouée. Introduction et préface débouchent sur des conseils d’interprétation très détaillés établis à partir de la critique du texte : quel instrument utiliser, utilisation des pédales, tempo, articulation, accents, trilles et autres ornements, reprises, rien n’est laissé dans l’ombre par Jonathan Del Mar ce qui fait non seulement de ces partitions des outils remarquables mais aussi une plongée passionnante dans l’univers sonore de Beethoven. Même si l’on possède déjà d’autres éditions des sonates de Beethoven, il ne sera pas inutile, loin de là, d’y rajouter celle-ci.
Daniel Blackstone

 

Emil HRADECKÝ : Dvouhlasé klavirni skladbičky na jednu stráku – Miniatures à deux voix sur une page pour piano. Assez facile. Bärenreiter Praha : H 8034.

Précisons tout de suite que cette partition est trilingue : tchèque, anglais et allemand. J’assume la paternité du titre français du recueil. Nous avons ici l’occasion de découvrir ce compositeur tchèque (1913-1974) à travers ces petites pièces très originales qui parcourent tous les styles, du plus classique au tango, au tcha-tcha-tcha, au boogie… le tout dans une dimension miniature, certes, mais pleine de musique. Chaque page est en plus un petit portrait musical. Attention : contrairement à ce qui est écrit parfois, ce n’est quand même pas pour débutant même si c’est le cas pour certaines pièces. D’autres demandent déjà un bon niveau d’instrument. Ajoutons enfin que la présentation et les illustrations contribuent au plaisir qu’on peut avoir à jouer ces pièces même si on est… professeur !
Daniel Blackstone

Uwe Bye : Easy Charts 8, Notes, textes accords – les plus grands succès pour s’amuser au piano. Schott : MF 3508.

Si la partie de piano peut paraître squelettique, ce n’est pas par oubli, mais parce qu’elle demande à être complétée par l’indication des accords et fait appel tout simplement aux capacités d’harmonisation et d’improvisation de ou des interprètes. En effet, ce genre de recueil se prête à de nombreuses variantes pour une orchestration (saxo, clarinette, guitare…), bref, même si on peut l’utiliser tel quel, il pourra constituer un support pour des interprétations variées. Ajoutons que tous ces succès sont donnés avec les paroles. Max Giesinger, Robbie Williams, Mark Forster, Elle King figurent entre autres au sommaire de cet album.
Daniel Blackstone

Monika TWELSIEK – Rainer MOHRS : Easy Concert Pieces for piano. Vol. 3. 1 vol. 1 CD. Schott : ED 22549.

Ce recueil de pièces « de concert », c’est-à-dire utilisables pour les concours et les auditions, est tout à fait honorable : allant de Bach à quelques sages contemporains, il est classé par ordre de difficulté, avec toujours l’aspect subjectif de ce classement. Mais l’ensemble est très judicieux et les pièces très bien choisies. Pour donner une idée du niveau, disons qu’on trouve en début de volume des petits préludes et la Première Invention de Bach et en fin de volume Le petit nègre de Claude Debussy. L’ensemble est très soigneusement édité et doigté. Le CD donne une interprétation tout à fait honorable mais assez neutre de l’ensemble des pièces. Bien loin d’être un défaut, c’est plutôt une qualité : il est important que dans un dialogue constructif, professeur et élève puissent échanger sur l’interprétation et le style de chacune des œuvres. Le CD reste à sa place : non pas un modèle, mais un simple exemple de ce qu’il est possible de faire.
Daniel Blackstone

Wolfgang WIERZYK : Smart Piano. Der schnelle Einstieg ins moderne Klavierspiel. 1 vol. 1 CD. Schott : ED 22565.

Bien sûr, notre seul regret est que ce remarquable ouvrage soit uniquement en allemand. Précisons-en un peu le contenu. Le sous-titre est : « Accès rapide à la pratique moderne du piano. Technique, accompagnement, initiation à l’improvisation, conseils pour l’utilisation du piano numérique. » Quant au titre, il signifie modestement : « Le piano intelligent ». Ajoutons qu’un CD mp3 extrêmement détaillé permet une mise en œuvre de la méthode par des pianistes ayant déjà un petit niveau d’instrument et souhaitant se perfectionner par eux-mêmes. A quand une édition bilingue ou trilingue, comme si souvent chez Schott ? Mais telle quelle, cette méthode est tout à fait utilisable.
Daniel Blackstone

Stéphan PATIN : HAYES le VERNI. Manuel de piano. 101 morcelets, gammes, exercices. . spppo2. 2017, 90 p. (+ IX)  (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). 30 €.

Nos lecteurs ont pu découvrir Stéphan Patin (né en 1966) avec les recensions de son Album pour piano (2015) et de ses 15 chants de table (2016). Enseignant du piano, il s'est lancé dans une aventure "ludico-pédagogique". Initialement, HAYES le VERNI se proposait de fondre en un seul fascicule des exercices rappelant une approche technique systématique à la C. L. HANON (ici donc positivé...) et ceux de C. CZERNY. Finalement : travail des gammes, traits main droite ou gauche seule et, surtout, petits morceaux (« morcelets ») (de 4 à 78 mesures) formant un « cortège » par difficultés croissantes, humeurs, styles et genres divers, guidant l’imagination notamment des apprentis pianistes.

Eric LEBRUN : Visages. . Douze préludes pour piano d’après les toiles de Paul Rambié. Niveaux variés. Chanteloup musique : CMP033.

On pourra s’imprégner de l’ambiance des peintures de Paul Rambié en découvrant sur internet ce peintre des visages. Ce ne sont pas à des descriptions de tableaux que se livre Eric Lebrun, mais à la traduction d’ambiances, de sentiments exprimés et ressentis dans la contemplation de ces toiles. « De courts motifs créent des liens entre ces pièces qui forment une chaine de douze demi tons, de à do# que je qualifierais volontiers de « modalité élargie », ne renonçant comme à mon habitude à aucune technique d’écriture pouvant contribuer à la justesse de l’expression. » Quant aux formes, elles ne renient pas non plus les canons traditionnels. Pédagogiques, certes, ces pièces le sont. Mais c’est avant tout de l’excellente musique qui pourra donner lieu, le cas échéant à des présentations visuelles ou à des mises en scène. L’auteur précise : « On peut à loisir déclamer des poèmes ou des petits contes entre ces pièces en lien avec les expressions suggérées. »

Nacho RIBAS TALENS : Canto mítico pour piano. Chanteloup musique : CMP032.

Laissons le compositeur présenter son œuvre. Après avoir rappelé l’importance du mythe dans toutes les civilisations du monde comme « narration qui donne des réponses sur l’origine, la destination et le devenir actuel de l’homme », il écrit : « Le Canto mítico est dédié au mythe, de manière générique, et, en raison de la proximité et d’une évidente sympathie personnelle, au grand compositeur Manuel de Falla. Sa structure en forme de variations (bien que très contrastées) se saisit aussi du fait répétitif impliquant la transmission de la connaissance mythique. Sans prétendre être descriptif, car il est seulement ouvert et évocateur, Canto mítico est un travail de contrastes allant d’un sentiment intime ou méditatif à des états débordants de conscience ou d’énergie. » Cette pièce techniquement difficile, est absolument passionnante à tous égards. On en attend avec impatience un enregistrement… et bien sûr, des exécutions en concert !

Hector BERLIOZ : Reines d’un cœur. Suite pour piano à six mains. Transcription de Francis Coiteux. Moyen avancé. Delatour : DLT1759.

Bien sûr, Berlioz n’a pas écrit une telle œuvre. Francis Coiteux transcrit avec bonheur un certain nombre d’extraits d’œuvres orchestrales de Berlioz pour illustrer – à bon droit – les quatre grands amours de sa vie. Estelle Fornier est illustrée par le début de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson par Roméo et Juliette, Camille Moke par un extrait d’Harold en Italie et Marie Recio par la Sérénade de Méphisto extraite de la Damnation de Faust. On trouvera dans la présentation tous les détails de ces histoires. L’étude de cette partition devrait être l’occasion d’aller écouter les originaux et ainsi d’en admirer la richesse orchestrale qu’on appréciera d’autant mieux qu’on aura au préalable joué cette transcription. Enfin, il pourra ne pas être inutile de regarder le film de Christian-Jaque de 1942 intitulé La Symphonie Fantastique qu’on peut trouver en DVD et qui, bien que romancé – mais c’est la loi du genre – constitue cependant une excellente plongée dans ce milieu artistique du XIX° siècle.

Rose-Marie JOUGLA : Rencontre océane pour piano. Difficile. Delatour : DLT2755.

Que voici une belle œuvre ! Œuvre à programme ? Certes, l’auteur nous parle d’un « nageur imprudent plongeant dans les flots, de sa rencontre avec une créature semblant inoffensive mais à laquelle il échappera de justesse, sa réflexion sur la mésaventure, et sérénité » mais on pourra se laisser entrainer tout simplement à rêver aux différents paysages sonores que nous offre cette pièce digne de figurer au répertoire d’un concertiste. Le langage en est à la fois atonal et classique. On pense à Debussy ou Ravel, mais c’est vraiment écrit dans un langage original et très séduisant. On peut écouter l’œuvre intégralement sur le site de l’éditeur ou sur You Tube.

Hans-Günter HEUMANN – Rainer MOHRS : Modern Piano 20th Century, Jazz, Blues, Pop, Crossover, New Age, Meditation Music. 90 pièces originales inspirantes pour piano. Facile. Schott : ED21128.

On ne peut que se réjouir de ce genre de compilation. L’ensemble est fait avec beaucoup de soin par des musiciens aux compétences largement reconnues. Le recueil s’ouvre par l’incontournable Petit Nègre de Debussy On y trouve aussi Eric Satie avec son N° 1, Gnossienne n°1, Gymnopédie n°1 mais aussi Gretchaninov, Hindemith, Ligetti et beaucoup d’autres compositeurs. Le recueil est donc aussi riche que varié. Citons la fin de la préface des auteurs : « Il existe en outre de nombreuses pièces intéressantes, qu’il s’agisse de musiciens issus de la pop ou du jazz ou de pédagogues du piano. Les miniatures sélectionnées ici invitent à un voyage de découvertes musicales riches en expériences nouvelles autour de sonorités et de rythmes modernes. » Saluons, comme toujours chez Schott, une édition trilingue, et une graphie d’une grande clarté.