Anna KAVALEROVA : Thèmes & Variations. SCHUMANN-RACHMANINOV-KAPUSTIN. SOLO MUSICA (www.solo-musica.de). 2019. SM324. TT : 57’ 42.

Pour son premier enregistrement, la jeune pianiste russe Anna Kavalerova, formée à Moscou et en Israël, assumant une carrière internationale, s’attaque à Robert SCHUMANN, Sergei RACHMANINOV et fait découvrir Nikolaï KAPUSTIN (né en 1937 en Ukraine, à Gorlovka) arrangeur, interprète et compositeur russe, jazzman malgré lui (car il réfute l’improvisation non écrite).
Son disque, placé sous le signe Thèmes & Variations, s’ouvre sur les célèbres 16 Études symphoniques (op. 13) de Robert SCHUMANN, très élaborées, qu’elle enchaîne avec maîtrise et détermination. Suivent les Variations sur un thème de Corelli (op. 42) — véritable somme pianistique — composées en 1931 par Sergei RACHMANINOV. L’intérêt de ce redoutable programme est encore rehaussé par les Variations (op. 41) de Nikolaï KAPUSTIN, compositeur russe à découvrir, qui n’a rien à envier à George Gershwin (qui meurt l’année de sa naissance)… ; il préconise une structure relativement classique marquée par des accents aux rythmes de jazz et une certaine dose d’humour.
Tout au long de ces trois œuvres enregistrées en Israël, Anna Kavalerova met en valeur les sonorités si prenantes du Piano Steinway D ; elle y déploie sa technique brillante, sa maîtrise à toute épreuve et sa maturité émotionnelle. Une valeur déjà sûre.

Édith Weber
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Cyprien KASTARIS, Sir Neville MARRINER Ludwig van BEETHOVEN : Concerto n°5... PIANO21 (www.cyprienkatsaris.net). 2019. P21/051-N. TT : 75’ 35.

Voici une intéressante confrontation : le Concerto n°5 « Emperor » (op. 73) de Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) et — en premier enregistrement mondial — l’arrangement par Cyprien Katsaris pour piano solo (enregistré en 2013 sur un Grand Piano E-272 Steingraeber & Söhne). Elle s’ajoute aux nombreuses parutions prévues en 2020 pour le 250e anniversaire de la naissance du compositeur. La version originale pour piano et orchestre est placée sous la direction de Sir Neville Marriner (1924-2016) à la tête de l’Academy of St Martin in the Fields, orchestre prestigieux fondé en 1959. Cyprien Katsaris (né en 1951, pianiste lauréat de nombreuses distinctions internationales) — qui a beaucoup admiré l’enregistrement (vinyle) interprété par Vladimir Horowitz et le RCA Victor Symphony Orchestra dirigé par Fritz Reiner — rappelle qu’en tant que pianiste, il a « toujours ressenti une certaine frustration concernant le magnifique tutti introductif du premier mouvement, qui est l’apanage exclusif de l’orchestre », qu’il a déploré en conséquence « le fait de ne pas le retrouver dans le texte pianistique » et qu’il a « décidé de satisfaire un besoin (il est vrai, égoïste !), vieux de 55 ans, en effectuant cette transcription » (p. 13). Voici un défi visant à une autre approche de ce célèbre concerto permettant de revaloriser l’apport du pianiste.

Édith Weber
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Jean MULLER : MOZART Sonatas, Vol. 2. HÄNSSLER Classic (www.haensslerprofil.de). HC 19074. Distribution Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). TT : 68’ 28.

La mode est actuellement aux Intégrales (BACH, BUXTEHUDE, orgue ; HAYDN, piano. Voici W. A. MOZART par le pianiste Jean Muller, qui a sélectionné les Sonates K. 311, K. 282, K. 279 et K. 284.
La Sonate en majeur (K. 311), composée en 1777 à Mannheim, est tripartite : 1. Allegro con spirito avec des thèmes chantants passant d’une main à l’autre, un mouvement lent central Andante con espressivo et un Presto, genre de rondo plus original, annonçant quelque peu Schubert.
La Sonate en Mi b majeur (K. 282) a été composée pendant un voyage à Munich, à l’automne 1774. Elle comprend un Adagio sombre, faisant preuve d’ingéniosité ; les Menuetto I (Si b majeur) et II (Mi b majeur) ; l’Allegro final est très redevable à Joseph Haydn, avec des rythmes marqués, de nombreuses doubles croches.
La Sonate en Ut majeur (K. 279), écrite en 1774 à Salzbourg, comporte 3 mouvements : 1. Allegro, caractérisé par un motif avec basse d’Alberti et un grand mouvement descendant de la main gauche ; 2. Andante en Fa majeur, avec des arpèges modulants, des triolets assez mystérieux, 3. Allegro conclusif, un peu ironique, suivi d’un Fugato.
Enfin, la Sonate munichoise enmajeur (K. 284), datant de 1775, dédiée à son commanditaire : le Baron Thaddäus Wolfgang von Dürnitz, est plus exigeante. Elle est structurée en 3 mouvements : Allegro ; Rondeau en polonaise : Andante en La majeur avec 2 thèmes contrastants ; Thema con [12] variazioni nécessitant une grande maîtrise pianistique, avec basse d’Alberti en doubles croches, octaves brisées, arpèges, tierces…
Jean Muller, pianiste précoce, formé au Conservatoire de Luxembourg, puis par de nombreux maîtres à Bruxelles, titulaire de très nombreux Prix internationaux, a précédemment réalisé une Intégrale des Sonates de Beethoven. Professeur de piano dans le même Conservatoire, il se produit dans de nombreuses salles prestigieuses à travers le monde. Dans le 2e volume de cette Intégrale, le pianiste virtuose fait montre des mêmes qualités, conciliant dextérité la plus vive, musicalité la plus haute et une élégance des phrasés qui le font survoler ces pages du jeune Mozart avec grâce et recul. Époustouflant.
Édith Weber
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Patrick LOISELEUR : APORIE. TRITON (www.disques-triton.com ). TRIHORT 570. 2019. TT : 57’ 16.

Patrick Loiseleur, à la fois ingénieur de recherche, compositeur au rayonnement international et chroniqueur de radio, a collaboré avec Marie Olivon (piano), Sabine Revault d’Allones (soprano) et L’Oiseleur des Longchamps (baryton) pour réaliser ce CD. Le mot aporie évoque une « difficulté à résoudre un problème ». En fait, dans le cas présent, il s’agit d’un élément de sa vie privée « avec une conclusion tragico-comique », selon ses propres termes. À défaut de mots, d’amour et d’espoir : il reste toujours la musique. Une quinzaine de textes allant du XVIe siècle : Philippe Desportes (1546-1606) et Louise Labé (v. 1524-1566) jusqu’à Guillaume Apollinaire (1880-1918 — dont les 6 À la Santé évoquent la célèbre prison —) et Marguerite Yourcenar (1903-1987) ont été mis en musique.
Le langage de Patrick Loiseleur excède l’univers tonal en exploitant des accords de 5, 6 et 7 sons ; le musicien spécule sur la dialectique consonance/dissonance et joue de l’opposition entre tonalité et atonalité. Les 17 « stations » jalonnant son errance personnelle sont aussi saisissantes que déroutantes. Aporie appartient à cette production artistique déconcertante et difficilement catégorisable. Les émotions charriées par le duo vocal abondent, par défaut et excès d’une retenue conventionnelle ; l’auditeur est ballotté d’une référence à une autre. Entre-deux tragicomique que l’Oiseleur des Longchamps achève par Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do, en voix de fausset… Pour le moins original.

Édith Weber
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Artur CIESLAK : Selected Works. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0456. 2019. TT : 59’ 23.

Artur CIESLAK (né en 1968 à Szrzecin) est un pianiste formé notamment à l’Académie Chopin de Varsovie, Docteur en composition de l’Université Chopin de cette ville. Ce disque réunit des pages pour piano seul (et pour la main gauche), violoncelle seul, violoncelle et piano et enfin trio (clarinette, violoncelle et piano). Dans son Choral Prélude pour piano (1999), le compositeur, d’emblée, use des résonances et des demi-tons, en un langage très personnel. À remarquer ses trois œuvres pour la main gauche : Grotesque (2008-9…, 4e version) où il met en valeur percussivité et accentuation ; Épigramme (2009), de la même veine, à l’écriture très allusive ; sa Sonate pour piano n°1 Post-Neo (2013, révisé 2014), exploitant les contrastes entre traits incisifs et longues tenues d’accords recherchés. Cadence pour violoncelle (2004) et Cellophony (2014, rév. 2017) démontrent sa connaissance intime de l’instrument et la pleine exploitation de ses capacités expressives. Au programme, figurent encore Understatements (Sous-estimations) pour violoncelle et piano (2006, rév. 2007) ainsi que le riche Trio pour clarinette, violoncelle et piano (2018, 1ère version). Pas moins de 3 pianistes : A. Lewicka-Capiga, M. Palkaj et D. Maciaszczyk ; 2 violoncellistes : N. Weslowska et Kl. Swidrow ; et 1 clarinettiste : B. Jakubowski se sont mis au service de cette musique qui interpellera les mélomanes.

Édith Weber
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Hommage à Patrick BOCHERENS. VDE GALLO (www.vdegallo.com ). CD 1573. 2019. TT : 47’ 07.

Les universitaires offrent à leurs collègues partant à la retraite des Mélanges (Birthday Offering, Festschrift) ; les musiciens réalisent un Hommage (post mortem) pour les compositeurs avec des extraits de leurs œuvres. Le Label VDE GALLO, toujours soucieux de promouvoir le patrimoine musical suisse en particulier, fait revivre la mémoire de Patrick BOCHERENS, né en 1957 et mort en 2013. Il a conjugué les activités de compositeur, d’enseignant, d’accordéoniste virtuose, également de guitariste, pianiste, théoricien, chef de chœur, doté de l’oreille absolue et d’une excellente mémoire.
70 choristes motivés et engagés appartenant au Chœur mixte de Carrouge (Canton de Vaud), fondé en 1950, placés sous la direction de Gérard Morier-Genoud et des instrumentistes triés sur le volet (piano, violons, flûte, percussion) donnent un éloquent aperçu de sa production. Ses sources d’inspiration procèdent de la musique populaire : française (Noël provençal ; Chant des Cigales ; La Révolution française…) et suisse (Mon pays de Fribourg) ; ou encore d’un état d’esprit (« Être ou paraître »). Les 19 plages comportent des pièces brèves et originales, extraites du Chant des Cigales ; La Vie de château ; La Vieille ; La Ballade imaginaire. À noter : Partir, suivre un nouveau chemin et changer d’horizon pour l’inconnu… (plage 7) qui fait dialoguer voix féminines et masculines.
Son affirmation : « La création musicale est exigeante, mais ce qui compte c’est de rester authentique » est valable pour cette personnalité suisse hors du commun, prématurément disparue. Grâce à cet émouvant hommage, son « œuvre » le suivra.
Édith Weber
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Philippe HERSANT : 34 Duos. TRIHORT (www.disques-triton.com ). TRIHORT 566. 2019. TT : 69’ 26.

Né le 21 juin 1948 à Rome, Philippe HERSANT a étudié la composition au CNSM avec André Jolivet. Il a séjourné à la Casa Velasquez, puis à la Villa Médicis et a été résident au CRR de Boulogne-Billancourt. Il est titulaire de 9 Grands Prix et de nombreuses autres distinctions. Il a composé plus de 150 œuvres pour des formations très variées. Ce disque révèle 34 Duos pour violon et violoncelle, piano à 4 mains, 2 violes de gambe, alto et basson, violoncelle et accordéon, 2 violoncelles, clarinette et piano, avec le concours d’interprètes très motivés. Dans ces œuvres, il jongle habilement avec les timbres et les sonorités. Il en résulte un paysage timbrique particulièrement original et exceptionnel, dont la révélation revient au Label TRITON.
À remarquer, en première mondiale, les 11 Haïkus, pages brèves sur le thème de l’évanescence ou de caractère descriptif (libellule, rossignol, automne, hiver) ou encore lyrique (amour, rêve). La pièce la plus ancienne : L’oiseau de la nasse : Un oiseau crie/Le bruit de l’eau noircit/Autour de la nasse, est dédiée à Henri Dutilleux (1916-2013). Philippe HERSANT convie les mélomanes à la Taïga sibérienne, au Japon : La Souris et le Koto (cithare japonaise d’origine chinoise permettant de modifier la hauteur des sons), notamment à Kyoto. Il exploite des sons multiphoniques, des trémolos entre grave et aigu, un folklore imaginaire.
Révélation de morceaux rares et mise en valeur des talents multiples de Philippe HERSANT. Inouï et époustouflant.

Édith Weber

Lucien DUROSOIR (1878-1955) : Dejanira. CASCAVELLE. VEL 1568. (www.vdegallo.com ). 2019. TT : 57’ 12.

Pendant la Première Guerre Mondiale, la musique n’était absente ni dans les tranchées, ni à l’arrière au repos. Il ressort de sa correspondance que Lucien DUROSOIR avait sollicité l’envoi de partitions pour les Poilus et même constitué un quatuor avec Henri Lemoine (2d violon), André Caplet (alto) et Maurice Maréchal (violoncelle). Né à Boulogne-sur-Seine en 1878 et mort à Bélus en 1955, dès son jeune âge, il pratique le violon et, à 19 ans, figure parmi les premiers violons de l’Orchestre Colonne. Compositeur, il privilégiera les instruments à cordes et déploiera une grande activité créatrice entre 1927 et 1937.
Le titre Dejanira se réfère aux Trachiniennes de Sophocle (-495;-406). Il s’en inspire en 1923 pour son Étude symphonique, spéculant sur les différents timbres de l’orchestre symphonique. Grâce, brio, allégresse mais aussi éclat et mystère alternent dans cette Étude qui a valeur de légende. Elle est interprétée par le Taurida International Orchestra sous la baguette énergique de Mikhail Golikov, alors que l’Adagio pour cordes (1921), page très expressive, mélancolique, avec chromatismes, ostinato au violoncelle et un lento plaintif, est rendu avec sensibilité par les Salzburg Chamber Soloists.
Pour son Poème pour violon et alto avec accompagnement d’orchestre (datant de 1920), au langage harmonique si luxuriant, L. DUROSOIR s’inspire du Centaure de Maurice de Guérin (1810-1839). Sa Suite pour flûte et petit orchestre, dernière œuvre pour orchestre (1931), se présente comme une synthèse esthétique. L’apport des cordes est plus modeste qu’à l’accoutumée, et il fait appel à la virtuosité de la flûte soliste (Varvara Vorobeva) surtout dans l’aigu. L’œuvre, d’une grande richesse d’écriture, est structurée en 4 mouvements : Prologue impressionniste ; Divertissement très découpé, dans lequel alternent tendre jubilation et discours plus affirmatif ; Chant Élégiaque où bois et cuivres se compénètrent en une élégante et profuse nostalgie ; enfin, le bref Épilogue redonne la primeur à la flûte qui finit par dompter l’agressivité de l’orchestre.
Dans le livret quadrilingue — ce qui est rare — (français, anglais, allemand et russe), Georgie Durosoir propose une présentation circonstanciée de ce musicien représentatif de l’école orchestrale française du début du XXe siècle, dont l’œuvre attachante mérite amplement d’être plus largement diffusée.

Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

WAGNER-TARNOWSKI-STOJOWSKI-MORAWSKI : Quatuors à cordes. ACTE PRÉALABLE. (www.acteprealable.com ). AP 0459. 2019. TT : 65’.

Encore un premier enregistrement mondial à l’actif du Label polonais et de son directeur artistique, Jan A. Jarnicki, découvreur débordant d’enthousiasme qui réunit trois compositeurs polonais et un allemand : Richard WAGNER (1813-1883) avec un Quartet Mouvement (restitué par Gerald Abraham), vibrant de sensibilité ; le Comte Wladyslaw TARNOWSKI (alias Ernest Bulawa, de son nom de plume, né à Wroblewice en 1836-mort à San Francisco en 1878), pianiste et poète polonais, avec son Quatuor en Ré Majeur : Allegretto – Adagio molto – Menuetto — Finale-Scherzo ; le pianiste et compositeur Zygmunt STOJOWSKI (né à Strzelce en 1870-mort à New York en 1946), avec ses attachantes Variations et Fugue (op. 6) ; Eugeniusz MORAWSKI (né à Varsovie en 1876-mort dans cette ville en 1948) — tombé dans l’oubli —, avec son éloquent Quatuor à cordes tripartite : Andante Notturno, Andante-La preghiera (La Prière) et Moderato. Il levare del sole (Le lever du soleil – inspiré d’une peinture bucolique). Grzegory Witek (2d violon), Beata Raszewska (alto), Lukasz Tudzierz (violoncelle) appartenant au « Four Strings Quartett » (1er violon : Lucyna Fiedukiewicz), ainsi qu’au « Tono Quartet » (1er violon : Nikola Frankiewicz) font chanter ces pages expressives : à apprécier dans leur diversité.

Édith Weber
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August REINHARD : Chamber Music and Sonatines. Vol. 5. VDE GALLO (www.vdegallo.com ). Coll. Référence Harmonium. CD 1569-70. 2019. 2 CD. TT : 61’ 18 ; 73’ 01.

La Collection « Référence Harmonium » réhabilite la « pompe à cantiques » de jadis, devenue — grâce à la facture Mustel, avec Alphonse Mustel (1873-1936), aidé par son père Auguste puis son fils Charles, qui ont développé l’« orgue expressif » inventé en 1842 par A.-Fr. Debain ainsi que le typophone (célesta) — un véritable instrument de concert.
Le compositeur allemand August REINHARD, né à Ballenstedt (dans le Harz) en 1831, mort dans sa ville natale en 1912, a été au service de la Cour du Duc d’Anhalt-Bernburg et du Comte de Wittgenstein. Il s’est consacré à la composition et à la promotion de l’harmonium, convenant parfaitement à la musique concertante et assumant à la fois le rôle du piano et du violoncelle. Joris Verdin (né en 1952), organiste, compositeur et pédagogue belge, a retenu le MUSTEL Harmonium d’Art (version sophistiquée 1922) pour les Trios et Sonates (CD I-II) et le MUSTEL Orgue-Célesta 1900 pour les Sonatines (CD II).
Le CD I permet de découvrir 3 Trios pour violoncelle, harmonium et piano : en Fa majeur (op. 28), fa mineur (op. 30) et Sol majeur (op. 46), avec le concours de J. Verdin (harmonium), Marie-Noëlle Bette (Piano Steinway 1875) et Tine Van Parys (violoncelle). D’emblée, le gain timbral opéré par l’harmonium au sein du trio saute à l’oreille, la prévention contre l’instrument désuet disparaît et l’onctuosité sonore joue en sa faveur. Le CD II offre 2 Sonates pour harmonium et piano (op. 84 et 85), assez développées, en Do majeur et mineur, tripartites avec mouvement central lent et méditatif, de facture classique, évoluant dans une atmosphère romantique ; les 3 Sonatines illustrent les possibilités et timbres variés de l’Orgue-Célesta à 2 claviers (le premier correspondant à l’harmonium ; le second au célesta), avec accouplement et de nombreux registres, par exemple : harpe éolienne, cor anglais, percussion ; fifre, hautbois, musette, voix céleste (en fait, comme à l’orgue). Joris Verdin exploite au maximum les timbres de l’instrument de sa collection personnelle.
Les organologues apprécieront ces 3 instruments historiques ; les discophiles cette intéressante réhabilitation de l’harmonium en tant qu’instrument de concert.
Édith Weber
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BERLIOZ : Enregistrements inoubliables. Unforgettable Recordings. Beecham/Martinon/Monteux/Münch/Scherchen. CASCAVELLE (www.vdegallo.com ). VEL 1590. 2019. 11 CD.

Pour les 150 ans de la mort du musicien, l’objet discographique en question est exceptionnel : il réunit non seulement l’essentiel de l’œuvre berliozienne, mais encore interprétée par des solistes incontournables, des orchestres prestigieux dirigés par des grands maîtres. Par exemple : l’Enfance du Christ (Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, dir. A. Cluytens) ; la Damnation de Faust (London Symphony Orchestra, dir. P. MONTEUX ; deux enregistrements historiques live de la Symphonie Fantastique (1960 : Boston Symphony Orchestra, dir. Ch. MÜNCH ; 1962 : Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, dir. P. MONTEUX) ; le Requiem (Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, dir. H. SCHERCHEN ; extraits des Troyens à Carthage (Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, dir. H. SCHERCHEN…) ; Te Deum (Royal Philharmonic Orchestra, dir. Th. Beecham).
Le livret bilingue (français, anglais) détaille la programmation de chaque CD, puis Laurent Worms dresse un bilan éloquent de l’engagement des chefs pour la diffusion du compositeur romantique longtemps dédaigné dans son propre pays, parmi lesquels Pierre Monteux (1875-1964), Charles Münch (1891-1968), Sir Thomas Beecham (1879-1961), Hermann Scherchen (1891-1966), André Cluytens (1905-1967), Herbert von Karajan (1908-1989), Philippe Entremont (né en 1934)…, ainsi que des interprètes phares : Suzanne Danco (soprano), Régine Crespin (soprano), Jean Giraudeau (ténor), Michel Roux (baryton)…
Un document historique du plus grand intérêt, à verser à l’histoire de mentalités et des sensibilités. Une somme de talents au service d’un génie créateur français controversé enfin en voie de complète réhabilitation. Indispensable.
Édith Weber
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Robert SCHUMANN : Myrten (op. 25). ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0455. 2019. TT : 50’ 59.

Très différent du Voyage d’Hiver ou de La Belle Meunière, le Cycle de mélodies Myrte (fleur) se présente comme un dialogue reflétant les étapes de la vie conjugale avec ses hauts et ses bas. Pour ces 26 miniatures de son opus 25, Robert SCHUMANN (1810-1856) emprunte des textes allemands au poète Friedrich RÜCKERT (1788-1866) notamment pour la Dédicace et la conclusion.
Parmi les sources littéraires, figurent des lettres de R. Schumann à Clara (Wieck), des lettres de Goethe à Marianne von Willemer, dévoilant les sentiments de l’amant et de sa bien-aimée. Le compositeur exploite également des poèmes en langues étrangères : anglaise de Robert Burns (1757-1796) adapté en allemand par Wilhelm Gerhard par exemple Hochländisches Wiegenlied (Berceuse) ; de Thomas Moore (1779-1852) : Lied vénitien (1et 2) ; des chants hébraïques de Lord Byron (1788-1824) adaptés en allemand par Theodor Körner : Mein Herz ist schwer (Mon cœur est lourd)… L’atmosphère du Cantique des Cantiques est rendue avec Du bist wie eine Blume (Tu es comme une fleur) de R. Schumann et Heinrich Heine (1797-1856), en étroite liaison avec le titre du Cycle.
Sylwia Burnicka-Kalischewska (soprano) et Michal Landowski (piano) font revivre intensément les situations émotionnelles si différentes de ce Cycle exceptionnel. De plus, elle a rédigé le remarquable texte de présentation. À ces divers titres, ils méritent aussi des fleurs…
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

Les vacances zones ABC (et les Dom Tom et la Corse aussi)  (Rit Qui Qui) / DSY-L’Autre Distribution, 12 € 99. A partir de 6 ans.

Voilà un disque qui n’engendre pas la mélancolie ! Il n’est pas si fréquent de trouver une telle qualité musicale dans un album destiné véritablement aux enfants… mais qui enchantera aussi certainement leurs parents. Parcourant un peu tous les styles, les sept musiciens confirmés passent sans difficulté, comme en s’amusant, du jazz et des musiques des caraïbes au funk du désopilant Super flemmard sans oublier la complainte du Programmateur et la triste histoire de Médusa… Mais c’est chaque titre qu’il faudrait commenter ! Pour en savoir plus et découvrir le côté visuel de cette joyeuse bande, vous pouvez la retrouver sur leur site http://www.ritquiqui.dsyparis.com/ et leur chaine YouTube. Comment ne pas être d’accord avec Télérama qui vient de leur décerner ses ffff !


Daniel Blackstone

BEETHOVEN : Symphonies 6/8. WIENER SYMPHONIKER. Distribution : Laurent Worms (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). WS016. 2019. TT : 65’ 22.

Dans le cadre de l’Intégrale discographique des Symphonies de Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827), la Sixième et la Huitième viennent de paraître en mai 2019, en enregistrement « live » par l’Orchestre Symphonique de Vienne (Wiener Symphoniker). Son directeur (jusqu’en 2020) Philippe Jordan (né en 1974 à Zurich) est le fils du chef d’orchestre bien connu, Armin Jordan. Il a étudié au Conservatoire de Zurich, été maître de chapelle du Théâtre d’Ulm, dirigé en Suisse romande, à Hambourg, Berlin, Londres, Rome et aux Etats-Unis… Il est également directeur musical de l’Opéra National de Paris depuis 2009. Le dernier volume avec la Neuvième Symphonie doit sortir encore fin 2019, en prélude aux deux concerts des Wiener Philharmoniker qui seront donnés à la Philharmonie de Paris le 18 janvier 2020 avec, au programme, les Symphonies 5 et 6, la Messe en Ut, Ah perfidoFantaisie pour piano, chœur et orchestre : événement à suivre impérativement.

Concerto grosso : un émigré aux Îles britanniques. MUSO (www.muso.com ). MU 030. 2019. TT : 63’ 56.

Ce titre quelque peu énigmatique appelle des précisions : le Concerto grosso connaît — au début du XVIIIe siècle — une grande vogue en Angleterre et en Irlande (loin de la concurrence entre la musique italienne et française). L’émigré en question n’est autre que Francesco SCARLATTI — à ne pas confondre avec son frère aîné Alessandro (1660-1749). Né en 1666, à Palerme, mort à Dublin en 1741), il a séjourné à Londres et Dublin. 

Jean-Nicolas DIATKINE : SCHUBERT : Quatre Impromptus, op. 142 – BRAHMS : Sonate n°3, op. 5 Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). PARNASSE Éditions. PAR 75. TT : 76’ 42.

Jean-Nicolas Diatkine se considère comme un « pianiste humaniste » menant de front son perfectionnement artistique et les valeurs essentielles humanistes qui président à sa vocation de médecin. Il a commencé l’apprentissage du piano à l’âge de 6 ans, puis bénéficiera des conseils d’éminents musiciens. Depuis 1999, il se produit comme concertiste en Belgique et en France, par exemple dans le Cycle « Autour du piano ». 

Franz SCHUBERT : Violon Sonatas op. 137. MUSO (www.muso.mu ). mu-029. Diffusion : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . 2019. TT : 68’ 15.

Stéphanie Paulet a retenu un violon David Teccler (1737), et Daniel Isoir un piano Schott (1835) pour redonner vie à 3 Sonates de Franz SCHUBERT (1797-1828). Datant de 1816, ses œuvres de jeunesse se détachent de l’influence de W. A. Mozart, leur langage harmonique se fait plus audacieux, tout en respectant la structure quadripartite (cf. J. Haydn) traditionnelle de la forme ; elles opposent mouvements rapides et lents, avec un Menuet dans la Sonate en sol mineur (D. 408). L’atmosphère quelque peu romantique et viennoise de ces pages composées à l’âge de 19 ans laisse pressentir ses talents novateurs de composition. En outre, la Sonate en la mineur (D. 835) annonce déjà son esthétique dixneuvièmiste. L’intérêt de ce disque est encore rehaussé par les Treize Variations sur un thème en la mineur d’Anselm Huttenbrenner (D. 576) dans lesquelles il exploite les divers registres d’un instrument presque contemporain de leur date de composition. La violoniste Stéphanie Paulet — formée au CNSMDP —, 1er violon de l’Insula Orchestra (dir. : Laurence Équilbey), encourage l’usage des instruments historiques ; Daniel Isoir, passionné par le pianoforte et les œuvres classiques et romantiques, a étudié en France et à Hambourg auprès des meilleurs maîtres. Ils conjuguent leurs talents au service du jeune Franz Schubert.

Airs à 4 parties du Sieur DASSOUCY. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 169. 2019. TT : 66’ 35.

Une découverte et une première mondiale : après avoir été retrouvés en parties séparées, voici les Airs (1653) du Sieur Charles COYPEAU D’ASSOUCY (1605-1677), poète lyrique, compositeur, luthiste et théorbiste virtuose, ami de Cyrano de Bergerac et de Molière. Marco Horvat — musicien polyvalent spécialisé en chant, théorbe, guitare, vièle… — les restitue avec le concours de l’Ensemble Faenza qu’il a fondé en 1998, avec voix (soprano, mezzo-soprano, ténor, basse) et instruments (flûte, violon, violes, basse de viole, théorbe). Il leur tient à cœur de pratiquer à juste titre le « chant auto-accompagné » traditionnel.

Isabelle et Florence Lafitte : Essaimer… aux confluences des mondes. SOUPIR ÉDITIONS. S248. Distribution : Laurent Worms (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). 2018. TT : 63’ 28.

Le Duo Lafitte, composé des sœurs pianistes Florence et Isabelle Lafitte, propose, selon leurs propres termes, « un programme musical où l’histoire du monde s’écoute des sources aux estuaires, ouvrant sur l’océan bigarré des influences et des héritages ». Il s’agit d’arrangements d’œuvres orchestrales ou vocales appartenant à « la mémoire collective du monde », avec des extraits, entre autres, de Shéhérazade (N. Rimsky-Korsakov), La Flûte enchantée (W. A. Mozart), la Symphonie du Nouveau Monde (A. Dvorak), Souvenirs de Rio et Libertadora n°5 (D. Milhaud) ; plus proches de nous, d’Astor Piazzolla (1921-1992), avec des arrangements bien connus de Milonga del Angel et Libertango et celui d’Isabelle Lafitte de la chanson : Le Jazz et la Java (Cl. Nougaro/J. Datin). Émotions transmuées en énergie ouvrant des mondes les uns aux autres (selon les deux pianistes) dans ce petit tour du monde à l’instrument-monde…
Édith Weber

Marylise Florid-Sylvain Luc : D’une rive à l’autre. JADE (www.jade-music.net ).CD 699 902-2 . 2019. TT : 52’ 01.

Selon Richard Galliano (2018) : « Marilyse Florid et Sylvain Luc forment un duo idyllique, d’une grande pureté, d’une musicalité rare, d’une osmose réciproque et profonde ». Tout est dit et se vérifie à travers 16 œuvres variées : Valse, Sarabande, Choros, Romance, Âmes d’antan, Andalise… Formée au Conservatoire de Marseille, à l’École Normale de Musique de Paris, auprès d’Alberto Ponce, Marilyse Florid est à la fois concertiste, enseignante et compositeur. Sylvain Luc, violoniste, violoncelliste et guitariste classique, a bénéficié d’une formation très éclectique. Ensemble, ils proposent « une passerelle entre jazz et classique, entre improvisation et partition », leurs compositions et des improvisations libres en duo, enregistrées par Joël Fajerman. Heureuse initiative du Label JADE.
Édith Weber

Kanae Endo : Escapades. GRIEG – BORODINE RHENÉ-BATON. FORLANE Production et distribution exclusive Disques DOM (www.domdisques.com ). FOR 16889. 2019. TT : 67’ 49.

En introduction de son site, la jeune pianiste confie : « La musique… a enrichi ma vie. (…) Pour moi, faire de la musique et jouer du piano sont deux raisons de vivre importantes… partager cette passion me procure une joie profonde. La musique possède le pouvoir merveilleux de transmettre les émotions sans avoir besoin des mots. Je souhaite à tous la chance de recevoir ce sublime cadeau de la vie ». Après ses débuts au Japon, Kanae Endo poursuit sa formation musicale à l’École Normale de Musique de Paris auprès de France Clidat, mais aussi de Bruno Rigutto et Paul Blacher. 1er Prix du Concours International d’Île de France et du Rhodes International Piano Competition et lauréate de nombreux concours, elle se consacre à l’accompagnement (à l’ÉNM, à la Schola Cantorum…), et est l’accompagnatrice officielle du dernier concours de violon Long-Thibaud-Crespin.

Élégies. BRIDGE, CRAS, FARRAR, KELLY, DE LA PRESLE. HORTUS (www.editionshortus.com ). Les Musiciens et la Grande Guerre XXXIV. HORTUS 734. TT : 49’ 30.

Le dernier CD de la Collection (déjà signalée) « Les Musiciens et la Grande Guerre » reposant sur de solides recherches d’archives et documents authentiques, réunit 5 compositeurs qui, selon le texte de présentation, « ont voulu traduire leurs émotions face à la disparition d’êtres chers : qu’ils soient des personnes nommément désignés (pour Franck BRIDGE (1879-1941) et Frederick Septimus KELLY (1881-1916)) ou un groupe immense de soldats morts (pour Ernest Bristow FARRAR (1885-1918)). Ce sentiment élégiaque s’étend aux enfants dont le marin Jean CRAS (1879-1932) (Âmes d’enfants) s’est vu alors séparé. Jacques de LA PRESLE (1888-1969), lui, partage au jour le jour avec sa fiancée son horreur de la guerre » (Soir de Bataille (1915 ?-1918) — premier enregistrement — réalisés un siècle après, en 2018, par l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon, sous la direction sensible de Pierre Dumoussaud.